AB 297483
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-03-09
Wortprotokoll
Aux abords immédiats de la Grande Cariçaie, une réserve naturelle d'importance nationale dont vient de parler notre collègue Hurni, les Forces aériennes effectuent régulièrement des tirs dans le lac de Neuchâtel. A ce jour, on estime que 5000 tonnes de munitions se sont accumulées au fond du lac. On prétend que, comme ces munitions ont été tirées et se sont progressivement enfouies dans la vase, cela ne devrait pas représenter de danger pour l'environnement. Des analyses d'échantillons d'eau sont effectuées sur le site et semblent ne pas montrer de problème.
Mais est-il réellement acceptable de continuer à bombarder à proximité de l'un des joyaux naturels de notre pays? Il s'agit d'une zone protégée au point que les propriétaires d'anciennes petites maisons sises au bord du lac, à quelques encablures de points d'impact, vont être expropriés pour rendre leur terrain à la nature sauvage afin de protéger nature et biodiversité.
Les mauvais choix en matière de dépôt d'agents divers, militaires ou toxiques, pullulent dans notre pays: munitions jetées à l'époque dans certains lacs, dépôt de munitions de Mitholz, dans la région jurassienne, la fameuse décharge de Bonfol, qui a dû être assainie à grands frais. Le principe de précaution s'est invité dans les réflexions et les prises de décision nécessaires des autorités depuis que l'on se préoccupe enfin de l'environnement, ce bien si précieux que nous avons hérité de nos parents et que nous sommes responsables de léguer dans le meilleur état possible à nos enfants. Nous savons que nous avons déjà failli dans cette mission.
Tirer des munitions dans un endroit si merveilleux, haut lieu de la biodiversité, paraît à l'évidence une aberration, et aucune justification même militaire ne devrait l'imposer. Par ailleurs, l'entraînement des tirs air-sol du bombardement a peu de justification dans un pays où l'aviation militaire est chargée de protéger et de surveiller l'espace aérien et non de bombarder le territoire, car nous ne sommes pas censés attaquer les pays voisins.
Le Conseil fédéral a proposé, le 19 mai 2021, le rejet de la motion considérant qu'il ne voyait aucune raison de cesser les tirs.
On apprenait dans une communication du DDPS, le 30 septembre 2021, que des échantillons d'eau et de sédiments prélevés fin mars 2021 sur le site n'avaient révélé aucune trace d'explosif, mais que des questions relatives notamment [PAGE 282] aux effets sur la flore et la faune ainsi que sur les sédiments restaient ouvertes et que des analyses supplémentaires étaient prévues afin de pouvoir tirer un bilan complet. Par ailleurs, le DDPS précisait que la conseillère fédérale Amherd avait chargé l'armée de reconsidérer la nécessité d'organiser des exercices de tir avec des avions de combat. Ces dernières phrases sont tirées du Teletext de RTS Un du 30 septembre 2021.
J'attends donc avec intérêt les explications du Conseil fédéral et vous invite d'ores et déjà à accepter cette motion.