Walder Nicolas · Nationalrat · 2022-03-10
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2022-03-10
Wortprotokoll
Le postulat qui vous est soumis aujourd'hui demande simplement au Conseil fédéral d'élaborer un rapport sur les effets de la pandémie sur la vitalité du réseau international en Suisse. Il l'invite également à proposer des pistes pour asseoir et développer de façon proactive et créative la politique d'Etat hôte, qui est aussi chère à notre pays qu'elle est vitale pour l'économie des localités concernées.
Si le gros de la pandémie de Covid-19 semble derrière nous, il n'y a pas moins urgence à dresser un panorama des conséquences durables que cette crise sanitaire aura sur le fonctionnement des agences onusiennes, des organisations internationales et non gouvernementales ainsi que des fédérations ou instances sportives supranationales établies sur notre territoire.
Nous l'avons toutes et tous vécu à titre individuel, à l'échelle de nos familles ou de la vie de notre quartier ou commune, ces deux dernières années, nos habitudes professionnelles et sociales ont été bouleversées. Et le retour relatif à la normale nous montre à quel point notre vie aujourd'hui n'a, en de nombreux domaines, plus grand-chose à voir avec le fameux monde d'avant.
Ces mêmes questions doivent aussi nous interroger lorsqu'il s'agit de mesurer l'impact de la pandémie sur les organisations et fédérations internationales qui ont leur siège en Suisse, et cela dépasse très largement mon canton de Genève.
Car la pandémie de Covid-19 laissera assurément des traces durables sur la manière dont les organisations internationales fonctionnent, à l'instar des changements observés dans les entreprises.
Si le télétravail des salariés d'une PME vivant en Suisse n'aura qu'un impact très limité, le "home office" depuis les pays d'où viennent les milliers de fonctionnaires internationaux et la diminution des assemblées en présentiel en Suisse pourraient signifier un affaiblissement drastique du réseau international en Suisse et occasionner des pertes considérables sur le plan économique pour les régions concernées. A cela s'ajoutent des demandes de plus en plus insistantes afin de revoir les modes opérationnels des organisations internationales en favorisant une décentralisation des prises de décision et, par voie de conséquence, un potentiel affaiblissement des pouvoirs jusque-là dévolus au siège implanté en Suisse.
Mais la Suisse devrait pouvoir s'appuyer sur des tendances plus prometteuses comme celle visant à une meilleure coordination et collaboration entre les agences humanitaires de développement et de promotion de la paix. Cette tendance qui vise à renforcer la convergence de leurs actions plaide en faveur de notre pays, qui offre aujourd'hui un maillage inégalé d'acteurs internationaux.
Enfin, cette période présente plusieurs défis majeurs qui nécessiteront d'intensifier la coordination internationale, par exemple pour faire respecter le droit international, garantir la protection de l'environnement, favoriser la promotion de la paix ou encore la numérisation. Si notre pays arrive à se profiler, à tirer profit de son excellence et à développer encore son maillage tout en restant très concurrentiel, ce seront autant d'opportunités pour lui et sa politique d'Etat hôte.
Vous le comprenez, dresser un état des lieux est nécessaire, comme l'est travailler sur les options possibles, en vue d'adapter au mieux l'offre de structures et de services aux besoins du monde international de demain.
Pour cela, il faut s'interroger dès aujourd'hui sur les outils à mettre en place pour assurer la qualité des activités et des rencontres de ces organisations, qu'elles se déroulent en présentiel, à distance ou de manière hybride.
Avec le soutien apporté à ce postulat par des membres issus de tous les groupes politiques représentés dans notre conseil, le Conseil fédéral a recommandé son acceptation en se proposant d'y répondre dans le cadre de la stratégie de politique d'Etat hôte pour la période 2024-2027, ce qui semble en effet très pertinent.
Je vous appelle dès lors à accepter ce postulat, qui participera, j'en suis sûr, à identifier les moyens susceptibles de consolider notre politique d'Etat hôte, une politique qui offre toute sa crédibilité à notre neutralité, une neutralité qui est extrêmement souvent évoquée ces derniers temps.