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Vara Céline · Ständerat · 2022-03-15

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2022-03-15

Wortprotokoll

L'interpellation qui nous occupe porte sur les capacités de défense de l'armée suisse au regard de l'invasion en cours en Ukraine depuis bientôt deux semaines. L'auteur demande qu'on s'interroge sur les risques que court la population suisse sur le plan sécuritaire. Cependant, il me paraît évident que, dans la mesure où l'armée produit régulièrement des rapports complets sur les menaces potentielles, elle n'a pas attendu cette guerre pour se poser ces questions.

Comme cela a été dit, il n'y a pas d'urgence à revoir nos capacités armées. Aujourd'hui, il n'est ni prioritaire ni nécessaire de revoir entièrement le mode de fonctionnement de notre armée. Chaque année, l'armée suisse évalue minutieusement les menaces les plus importantes et probables pour les Suissesses et les Suisses. La situation actuelle ne change en rien les conclusions formulées dans le dernier rapport sur la politique de sécurité, soit le fait qu'un conflit armé sur notre territoire est hautement improbable. Tout observateur averti, et même moins averti, peut affirmer sans ambages qu'avant d'arriver chez nous les tanks et divers véhicules russes devraient déjà traverser plusieurs territoires souverains et notamment ceux de pays membres de l'Otan. La mobilisation des troupes de l'Alliance atlantique renforce la sécurité de la Suisse et, comme l'a réaffirmé le DDPS à plusieurs reprises ces derniers jours, un tel risque reste improbable.

Reste la menace aérienne. Les F-35 auxquels il est fait allusion dans l'interpellation, dont l'auteur somme le Conseil fédéral d'étudier les possibilités d'accélérer leur achat, ne sont même pas encore construits. A la vitesse à laquelle la menace russe avance, ils sont tout autant improbables que celle-ci. Même si on imagine contourner les voies de droit démocratiques de notre pays nous permettant de nous prononcer encore une fois sur cet achat, lesdits avions ne nous seront pas livrés avant plusieurs années. Il nous faut donc compter sur nos voisins européens à ce titre. Cette affirmation est d'autant plus pertinente que, comme les tanks, les avions russes doivent avant tout traverser une partie de l'Europe pour arriver sur notre territoire.

Si urgence de protéger notre espace aérien il devait y avoir, alors le Conseil fédéral devrait obtenir des garanties de l'Europe à ce titre. Des démarches relevant de la diplomatie et du droit international donc, qui ont le mérite d'être efficaces, rapides et bien moins coûteuses que ces avions de combat.

Quelles sont les menaces les plus tangibles auxquelles notre pays doit aujourd'hui faire face? D'une part, la menace informatique prenant la forme de cyberattaques et pour laquelle nous nous sommes dotés d'une force spéciale. Je ne m'étendrai donc pas davantage là-dessus. D'autre part, la menace principale, dès les premiers jours de la guerre, a assurément été la menace nucléaire civile. L'Ukraine dispose de quinze réacteurs nucléaires répartis sur quatre sites, en plus de Tchernobyl, des bombes à retardement qui menacent[NB]des[NB]millions de personnes et qui, si elles venaient à exploser, causeraient une catastrophe environnementale sans précédent.

L'armée russe a pris possession de la centrale de Tchernobyl qui est, selon les dernières informations, probablement coupée de toute source d'énergie permettant d'assurer le refroidissement de la matière active. Les équipes opérationnelles ukrainiennes prises en otage au sein de la structure assurent seules le maintien de celle-ci depuis deux semaines, ce qui occasionne très probablement fatigue, stress et, peut-être, erreurs. Si l'Agence internationale de l'énergie atomique tente de rassurer le monde sur les risques que cette coupure d'électricité engendre, force est de constater que plus personne ne parvient à obtenir des informations indépendantes sur son état, et que la situation n'est pas tenable à court terme.

Plus grave encore, la prise par l'armée russe de la centrale de Zaporijia. Il y a un peu plus d'une semaine, il s'en est fallu de peu pour que la plus grande centrale nucléaire d'Europe soit la cible des tirs qui ont fait rage à ses abords, et ne cause ce qui aurait été et pourrait être une explosion nucléaire aux conséquences dévastatrices pour l'Europe tout entière. Une analyse fine des images de vidéosurveillance a montré que les forces russes ont tiré volontairement avec des armes lourdes en direction des réacteurs de la centrale. Deux des quatre lignes à haute tension qui alimentent le système de refroidissement de la centrale ont été endommagées lors de cette attaque. [PAGE 169]

Ces lignes sont essentielles à la sécurité des opérations de la centrale. Après cet incident alarmant, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique s'est entretenu avec les responsables russes et ukrainiens. Il n'est pas parvenu à un accord pour éviter de futures attaques contre les autres centrales nucléaires, notamment les trois centrales situées plus à l'ouest du pays, qui n'ont pas la même capacité de résistance que celle de Zaporijia. Nous n'avons donc aucune garantie que les forces armées russes n'attaqueront pas prochainement une nouvelle centrale nucléaire. Voilà ce qui doit réellement nous inquiéter. Dans ce cas, quelles sont les meilleures armes de la Suisse? quelles sont les compétences qu'elle peut le mieux mettre à profit pour contrer ces risques? Sans aucun doute, la diplomatie active.

En tant qu'Etat neutre, la Suisse est réputée, à juste titre, pour ses bons offices. Comme elle l'a fait à de nombreuses reprises par le passé, elle doit aller à la rencontre des belligérants pour favoriser la paix. La Suisse doit absolument en faire une priorité et tenter d'obtenir, par des prises de contact répétées et soutenues, des accords visant une désescalade, la fin du conflit armé et, à plus long terme, un désarmement nucléaire.

Nous savons que les principaux facteurs de paix et de sécurité en Suisse sont un ordre international stable, des organisations supranationales fortes - l'ONU, l'OSCE -, et le respect du droit international et des droits de l'homme. Par ailleurs, la Suisse doit de toute urgence et par tous les moyens contribuer à la mission de l'Agence internationale de l'énergie atomique, en permettant l'envoi d'équipes d'experts et d'expertes neutres sur tous les sites nucléaires ukrainiens, afin d'assurer leur sécurité. Elle doit à ce titre obtenir de la Russie des garanties quant au respect du droit international et s'assurer activement et publiquement que l'absolue nécessité d'assurer la sécurité de ces centrales est prise en compte par la Russie.

Enfin, il est primordial d'accélérer autant que possible la sortie de notre dépendance aux énergies fossiles. Encore une fois, cette dépendance aux énergies sales et polluantes, qui viennent en majeure partie de l'étranger, nous a plongé dans une crise énergétique et environnementale dont on ne peut ressortir qu'en misant massivement sur les énergies renouvelables et indigènes, comme le solaire, l'éolien, la géothermie et, dans une certaine mesure, l'hydraulique.

Et maintenant, cette dépendance conduit vers des difficultés économiques notamment celles et ceux qui n'ont pas pu s'affranchir de ces énergies et qui en dépendent pour se chauffer et se déplacer. S'il fallait encore le rappeler aujourd'hui: le nucléaire n'a jamais été et ne sera jamais sûr.

Au regard de ce qui précède, Madame la conseillère fédérale, il vous a été transmis, voilà deux semaines, des questions au sujet de la menace nucléaire civile, sur l'engagement du Conseil fédéral et ses bons offices pour garantir la sécurité de la population suisse à ce propos. Je vous remercie d'ores et déjà pour vos réponses.

Je terminerai cette prise de parole par une pensée particulière et sincère pour toutes celles et ceux qui, depuis deux semaines, doivent fuir leur pays, manquent d'eau, de nourriture et de soins. La solidarité dont font preuve les Suisses et les Suissesses à travers des actions personnelles doivent nous inspirer dans notre travail de parlementaires et nous inciter, au travers de nos propos, de nos actions et de nos votes, à toujours servir la paix.

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