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Bauer Philippe · Ständerat · 2022-03-15

Bauer Philippe · Ständerat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2022-03-15

Wortprotokoll

Beaucoup de choses ont déjà été dites, et passablement de choses ont été bien dites. D'autres étaient franchement, à mon sens, hors sujet.

Nous ne discutons en effet pas, aujourd'hui, de menaces sur l'approvisionnement alimentaire, ni de sécurité nucléaire, mais d'une interpellation qui pose la question du renforcement de la capacité de défense de l'armée suisse. Et je crois que c'est sur cette question que nous devons aujourd'hui nous focaliser.

Nous avons vécu, pendant une quarantaine d'années, heureusement, dans un système de paix. On l'a appelé "paix relative", on l'a appelé "paix guerre froide", mais cela demeurait un système de paix. Or j'ai le sentiment qu'il y a eu, au sein de notre Parlement et au sein de la population, un certain nombre de personnes qui auraient pu faire leur la chanson que certains chansonniers français reprenaient dans l'entre-deux-guerres: "Tout va très bien, Madame la Marquise".

Aujourd'hui, nous sommes toutefois rattrapés par la réalité, confrontés à cette guerre qui se déroule à nos frontières. Pour moi, les questions qui se posent véritablement - et ce sont les questions que soulève M. Dittli - visent à savoir si, aujourd'hui, nous avons les moyens de faire ce que les Ukrainiens essaient de faire; ce que les Ukrainiens font et font bien. Est-ce que nous avons des budgets suffisants pour notre armée? Est-ce que nous avons des budgets suffisants pour équiper notre armée en armes antichar? en armes de défense antiaérienne à courte portée ou à longue portée? Est-ce que nous avons des forces aériennes qui nous permettent de remplir nos missions?

Parce que, vous l'avez entendu, le président Zelensky a dit que ce qui l'intéressait n'était pas d'avoir des taxis, mais d'avoir des avions et la supériorité aérienne. Ce sont les questions que pose avec raison M. Dittli et auxquelles nous devons donner des réponses.

Hier aussi, M. Cassis nous l'a dit, il est illusoire de vouloir rester seuls. Par contre, nous devons faire notre part de l'effort commun. Faire notre part signifie aussi que nous ne nous contentions pas de bénéficier, comme on l'a entendu dire ici, du fait qu'avant que des forces étrangères n'arrivent chez nous, elles aient dû traverser les pays membres de l'Otan, ce qui fait que finalement, notre armée ne servirait à rien. Non, nous devons avoir notre défense, nous devons assurer notre défense. C'est l'une des missions de notre neutralité.

Et c'est pour cela que je vous invite, une fois encore, à obtenir les réponses aux interrogations de M. Dittli, de manière à ce que nous sachions ce que notre armée doit faire, comment notre armée doit être équipée et, vraisemblablement aussi, comme le font tous les autres pays européens, admettre que nous avons des lacunes et qu'il s'agit de les combler.

Et je vous rappellerai pour terminer une pensée de Blaise Pascal qui, s'agissant des beaux discours, disait que "la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique". C'est à cela que je ne veux pas arriver.