Hurni Baptiste · Nationalrat · 2022-03-17
Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-03-17
Wortprotokoll
La pêche professionnelle est une branche en crise en Suisse, qui est menacée dans son existence même. Malgré la demande en poissons lacustres locaux en très nette augmentation, les pêcheurs professionnels ne peuvent plus y satisfaire complètement, faute de poissons en suffisance dans les lacs suisses.
Le rapport en réponse au postulat 15.3795, "Etat des lieux de la situation des lacs et cours d'eau de Suisse en matière de pêche", publié le 30 janvier 2019, dresse un constat alarmant sur cette profession, qui fait pourtant intrinsèquement partie de notre culture gastronomique et professionnelle. Malheureusement, les causes sont multiples et les problèmes ne sauraient être résolus d'un coup de baguette magique. Il y a évidemment la question des espèces invasives, notamment la prolifération du cormoran, mais il serait très réducteur de penser que la diminution de la quantité de poissons dans nos lacs n'est pas liée à d'autres facteurs. Parmi ceux-ci, on citera notamment le réchauffement des eaux - conséquence directe du réchauffement climatique -, la modification chimique de la composition des eaux et la présence de micro et de macropolluants.
Pour tous ces éléments, le Conseil fédéral propose un certain nombre de mesures qui nous semblent intéressantes. Néanmoins, la diminution du nombre de poissons a pour conséquence immédiate et drastique la diminution alarmante du nombre de pêcheurs. On l'a déjà dit, la pêche professionnelle est pourtant importante dans notre paysage gastronomique helvétique, mais aussi pour son offre touristique. Plus [PAGE 538] encore, il s'agit d'une garantie pour le consommateur d'un produit régional obtenu en conformité avec des normes environnementales strictes. Il s'agit donc ni plus ni moins que d'un patrimoine historique et culturel pour nos régions lacustres.
La disparition de la pêche professionnelle est pourtant quasiment programmée si l'on ne fait rien. Aujourd'hui, plus de la moitié des pêcheurs professionnels a plus de 60 ans et les jeunes renoncent à exercer cette profession, car les revenus sont trop faibles.
La présente motion propose au Conseil fédéral d'agir rapidement pour offrir un avenir à ce métier séculaire en Suisse. Il convient, à l'instar de l'agriculture, de soutenir financièrement la pêche professionnelle par le truchement d'une aide d'urgence, et uniquement d'urgence, en premier lieu pour que les pêcheurs en situation de crise ne se voient pas contraints de cesser une activité qui relève aujourd'hui plus du sacerdoce que du simple métier.
Par ailleurs, on doit tenir compte du rôle des pêcheurs en tant que sentinelles des lacs dont les observations nous renseignent rapidement sur la biodiversité et les effets du changement climatique. On pourrait d'ailleurs imaginer la création d'une veille scientifique devant être financée et coordonnée au niveau national en rassemblant le monde scientifique, les pêcheurs, qui sont sur le terrain, ainsi que les inspecteurs cantonaux. Ainsi, des mesures plus incisives pourraient être prises pour revitaliser les lacs suisses et ne pas laisser la pêche aux seuls mers et océans. Si nous ne faisons rien, demain nous n'aurons plus de pêche professionnelle en Suisse, et ce serait regrettable.