Bendahan Samuel · Nationalrat · 2022-05-09
Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-05-09
Wortprotokoll
Si nos débats parlementaires avaient lieu sur Facebook, nous gagnerions tous les votes sur nos propositions avec des majorités écrasantes. Pourquoi? Parce que Facebook et beaucoup d'autres réseaux sociaux ne sont que le reflet de nous-mêmes. Ce que nous défendons, ce que nous pensons, ce que nous choisissons de consulter nous est remontré. C'est la fameuse bulle. Un algorithme décide de ce qu'il va me montrer et ne pas me montrer. Ce serait plus agréable, évidemment, d'avoir l'impression que tout le monde me donne toujours raison.
Les réseaux sociaux, les plateformes, ont le droit de fonctionner comme elles le souhaitent. Toutefois, le fonctionnent de ces algorithmes n'est pas anodin dans la formation de l'opinion. Ces algorithmes sont conçus d'une manière qui n'est pas forcément expliquée de façon transparente. Ainsi, ce que nous voyons lorsque nous consultons des sites, lorsque nous interagissons sur les réseaux sociaux, qui nous voyons, comment, quelles sont les descriptions que nous avons, quels sont les contenus qui nous sont montrés, tous ces éléments sont choisis par des algorithmes qui ne sont pas totalement neutres.
C'est de cette thématique de la neutralité des algorithmes dont il est question dans mon postulat. Lorsque je choisis par exemple d'aller voir une information, la manière dont elle est présentée, la première chose que je vois ou les choses que je vois le mieux ne sont pas anodines et sont généralement conçues pour moi. Il y a des façons de contrer cette problématique ou au moins d'y sensibiliser les gens. C'est toute la logique de la transparence dans la formation de l'opinion et donc dans la question du fonctionnement des algorithmes.
Une meilleure neutralité des algorithmes garantirait la libre formation de l'opinion. Si je défendais une opinion qui n'est pas partagée, je serais exposé à la fois à des gens d'accord avec moi et à des gens qui ne le sont pas. Je comprendrais mieux le monde dans lequel je vis. Si, en défendant une position radicale, différente, je ne vois en retour que des positions identiques à la mienne, cela peut me donner une image différente du monde, voire me diriger vers des sites plus discutables, pas forcément fiables.
La diversité des opinions accessibles est un critère important. C'est là qu'il importe d'analyser la situation. Aujourd'hui, on constate que très peu de moyens sont mis en oeuvre pour comprendre l'impact des algorithmes non neutres sur l'évolution de la démocratie et de la formation de l'opinion. C'est un postulat que je défends. Il ne s'agit pas de réguler directement les algorithmes, mais de conduire une réflexion sur cette question absolument fondamentale: quelle influence, nous, citoyennes et citoyens, souhaitons-nous exercer sur l'information qui nous est montrée et sur les algorithmes?
Ce n'est pas seulement une question d'algorithme de recherche comme celui de Google ou ceux des réseaux sociaux qui contiennent cette fonctionnalité. C'est aussi une question de sexisme et de discrimination. On s'est rendu compte que, de par les algorithmes, voire de par l'interaction des humains avec les algorithmes, il y a de nombreuses situations où, par exemple, l'égalité entre hommes et femmes est combattue par le fonctionnement des technologies. Ainsi peut-on voir apparaître des biais de genre sur des sites [PAGE 654] pourtant très bien, comme Wikipédia - qui est le résultat d'une création collective - et dans les résultats fournis en réponse à nos requêtes.
Ce que je demande dans mon postulat, que le Conseil fédéral propose d'ailleurs d'accepter, c'est simplement de lancer une réflexion afin d'aboutir à une transparence du fonctionnement des algorithmes. Il ne s'agit pas, à ce stade, de changer les choses, même s'il serait intéressant de pouvoir le faire, mais simplement d'étudier le phénomène, de comprendre la problématique de la neutralité des algorithmes, son impact sur la formation de l'opinion et sur les gens. Cela nous permettrait d'être mieux informés et de bien nous assurer que les citoyennes et les citoyens du pays puissent vivre dans un monde dans lequel ils savent à quelle sauce ils sont mangés lorsqu'ils sont sur les réseaux sociaux.
Aujourd'hui, ce travail d'étude et de recherche est important. Ce travail de réflexion par notre gouvernement est important. Je trouverais dommage qu'on n'aille pas dans cette direction, en étudiant cette problématique fondamentale, soit le fait que, malheureusement, les algorithmes sont complexes et ont un impact direct sur notre quotidien. Si quelque chose a un impact direct sur le quotidien des gens, c'est le devoir du politique de l'étudier, de le comprendre et, pourquoi pas, de réfléchir en vue d'agir.