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Hurni Baptiste · Nationalrat · 2022-05-31

Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-05-31

Wortprotokoll

"Faites vos jeux, rien ne va plus", cette assertion nous évoque le casino, l'appât du gain, le hasard ou même l'addiction, mais pas vraiment le financement du système de santé. Et pourtant, "Faites vos jeux, rien ne va plus", dit le croupier à son aréopage de suiveurs incapables de détacher leur regard de la boule folle, braqués qu'ils sont sur le hasard qui leur sourira ou non.

Eh bien, cette scène, Monsieur le vice-président, Monsieur le conseiller fédéral, chères et chers collègues, n'est pas sans nous rappeler le financement du système de santé.

Oui, à la table de cette monstrueuse mécanique que rien n'arrête, il y a d'abord celles et ceux qui n'ont d'autre choix que d'y siéger. Celles et ceux qui sont dépendants, soit les patients. Ils doivent payer leurs primes qui ne cessent d'augmenter - 5 pour cent, 10 pour cent par année, parfois plus, parfois un peu moins. Aucun choix en la matière. Et puis, il [PAGE 829] y a les fournisseurs de prestations, eux aussi dépendants de la roulette du Tarmed ou des Swiss DRG, mais qu'ils ne négocient pas, cet exercice étant laissé à de hautes sphères. Et, enfin, le croupier, le Conseil fédéral, anime ce jeu malsain mais ne le pilote qu'insuffisamment, attendant simplement de voir qui gagne et qui perd.

Le financement du système de santé en Suisse a bel et bien quelque chose du casino. Et comme au casino, à la fin, ce sont les joueurs qui paient la note, qui trinquent. A la grande différence néanmoins que les joueurs, ici, c'est nous toutes et tous. Ce n'est pas un choix ou encore moins une addiction, c'est une obligation légale.

L'initiative du Parti du Centre a le grand mérite de tenter de mettre en place un mécanisme de régulation. Les coûts devraient évoluer conformément à l'économie nationale et aux salaires. En bref, si les salaires augmentent de 1 pour cent, les coûts et les primes ne devraient pas dépasser cela. Mais, car il y a toujours un mais, c'est là ou le bât blesse pour deux raisons qui nous semblent rédhibitoires.

D'abord, l'initiative ne pipe pas mot du coeur du problème, car nous sommes tous d'accord de limiter les coûts. Mais c'est sur la question de savoir comment les limiter que nous nous écharpons. C'est donc une initiative du type "il faut qu'on fasse ci", "il n'y a qu'à faire cela" mais qui ne dit jamais ce qui fâche, soit la manière de poursuivre l'objectif. Et quand je vois comment cette assemblée a balayé des mesures simples et efficaces avec un gros potentiel d'économie, du type du prix de référence des médicaments, je ne peux pas m'empêcher de sourire et pensant que même si l'initiative venait à passer, son effet serait plus que limité.

Autre problème conceptuel grave de l'initiative: elle ne tient pas compte de la réalité démographique. Ainsi, en simplifiant, si on réduit l'application de l'initiative à un groupe de 100 personnes, dont 80 travaillent et 20 sont à la retraite, et que, après dix ans, la proportion des retraités, dont les besoins de santé sont statistiquement plus importants, passe à 40 pour 60 personnes qui travaillent, alors inévitablement les coûts de la santé progresseraient davantage que les salaires. Dans ce cas, que ferait-on? Rationnerait-on les soins? Diminuerait-on le tarif? Mais ce serait une injustice que de pénaliser les praticiens ou les patients qui, dans mon exemple, n'auraient pas fait de la surfacturation, n'auraient pas "surbénéficié" de prestations et n'auraient pas été poussés à la consommation médicale. Les praticients se retrouveraient uniquement avec une population qui a plus besoin de soins.

Faites vos jeux, rien ne va plus! La machine à hasard des coûts de la santé ne s'arrêtera pas de s'emballer grâce à cette initiative mal conçue, ni même avec le contre-projet, mais celui-ci, qui dit davantage quoi faire, ralentirait un peu cette mécanique infernale dont les pires accélérateurs, il faut bien le dire, sont définitivement l'autorégulation, un libéralisme de mauvais aloi et une concurrence d'opérette.

Je vous enjoins donc de suivre la majorité de la commission, de rejeter l'initiative, d'entrer en matière sur le contre-projet et, surtout, de voter les mesures en faveur de la médecine de premier recours qui elle seule peut contribuer à limiter quelque peu les coûts dans le domaine de la santé.