Français Olivier · Ständerat · 2022-06-02
Français Olivier · Ständerat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2022-06-02
Wortprotokoll
Après ce plaidoyer de stratégie militaire de notre collègue, j'aimerais vous faire part de quelques réflexions plus personnelles. Que se passe-t-il en ce moment? En ce moment, nous vivons dans l'émotion et nous vivons une remise en cause de certaines stratégies qui ont existé dans le message sur l'armée.
Madame la conseillère fédérale, vous avez dit que le message sur l'armée avait tout prévu. Je me permets de vous dire que, personnellement, je ne partage pas votre avis. Ce n'est qu'une question d'appréciation et de quelques détails. Certes, il y a bien des choses qui sont écrites et selon lesquelles il pourrait peut-être se passer quelque chose. Mais il faut quand même admettre qu'il y a bien des scenarii qui sont écrits, sur la base desquels on pensait que certaines choses n'arriveraient pas. Qui pensait que, aujourd'hui, un pays proche de nous allait être attaqué par un autre pays et que l'on allait utiliser des armes de guerre et non pas seulement rechercher quelques parties de territoire? Ce qui se passe actuellement en Ukraine, ce n'est pas uniquement la recherche d'une partie de territoire, mais c'est l'exercice de la volonté de mettre une barrière entre le monde occidental et, je ne dirais pas le monde oriental, mais une autre partie du monde.
Et cela, honnêtement, il faut l'admettre, on ne s'y attendait pas. Certains estimaient que la stratégie développée durant ces cinq ou six dernières années, prévoyant 100[NB]000 hommes et 5 milliards de francs de dépenses annuelles, était tout à fait suffisante pour que la Suisse soit prête à faire face à un conflit. Certains se réveillent. Certains disent: "Finalement, désarmons complètement la Suisse et soyons complètement neutres." C'est le discours - que j'ai résumé de manière peut-être un peu simpliste - qui a été tenu par notre collègue Zopfi. D'autres envisagent peut-être un surarmement. Non, on n'arrivera pas à 6 pour cent du PIB ni à 2 pour cent.
Il serait important à nos yeux de participer de manière active au renouvellement d'un certain matériel que chacun d'entre nous trouve désuet et, plus particulièrement, les gens qui sont actifs aujourd'hui sur le terrain. C'est cela, l'objectif. Rappelons que si l'on était complètement désarmé, on pourrait stratégiquement être une plaque tournante de celui qui viendrait nous envahir. En effet, il n'y a pas besoin de beaucoup: l'Ukraine est plus près de la Suisse que le Portugal. Donc, à mes yeux, il est fondamental que l'on dispose des moyens suffisants pour se défendre, j'insiste bien, pour se défendre. Le principe même de notre neutralité est d'avoir une armée défensive. C'est important.
Par contre, il est pour nous complètement inacceptable de regarder des gens s'entretuer. Donc, il y a plusieurs actions qui sont menées. Ici, on parle du message sur l'armée pour préparer son avenir. Si on demande tout simplement une réévaluation des moyens à mettre à disposition de l'armée, c'est qu'on admet que nous vivons dans un monde où l'un ne veut pas toujours le bien de l'autre et qu'il ne faut pas croire que nous n'avons pas des biens à protéger dans notre pays, bien au contraire. En cela, la volonté d'exercer un pouvoir sur l'autre et, surtout, la prise des biens de l'autre sont des menaces réelles. Certes, ce n'est peut-être pas concret aux yeux de certains, mais ce qui est sûr, c'est que faire croire que la défense peut être assurée par nos pays voisins revient à montrer à l'autre notre détresse en matière d'autodéfense et, surtout, à ne pas garantir notre sécurité intérieure.
Voilà, c'est cela le message qui est donné.
Maintenant, comme cela a été dit très justement par M. Dittli, ce que nous définissons aujourd'hui, c'est un objectif. Nous ne définissons pas les moyens exacts à dépenser à l'avenir. Mme Gmür-Schönenberger a dit à peu près la même chose. Rappelons que nous développons une stratégie, que nous allouons les moyens. C'est budget par budget que nous attribuerons ce qui sera réellement dépensé, et ce sur la base d'un projet qui doit être préparé par le chef de l'armée et approuvé par le Conseil fédéral. C'est cela, la décision que nous prenons aujourd'hui. Nous demandons tout simplement que le Conseil fédéral nous présente un projet pour moderniser notre armée et assurer la défense de notre pays, et cela sur la base de l'expérience acquise.
Madame la conseillère fédérale, il y a un service spécialisé, de renseignement, au sein de l'armée, qui a récolté sans doute beaucoup d'informations. La commission ressent de la frustration. On ne nous soumet pas d'analyse sur les raisons qui font que l'armée russe met autant de temps pour envahir le pays voisin, certes grand, mais qui semblait complètement désarmé. Après avoir pris la Crimée et toute la flotte - parce que, en fait, c'est ce qui s'est passé: les Russes ont envahi la Crimée et se sont emparés de toute la flotte -, les Russes pouvaient penser que ce serait facile - je me mets un peu dans la tête des stratèges russes -, qu'ils pourraient envahir l'Ukraine à partir de différents points à la frontière et en particulier par la mer. Or, ils ont été obligés de se rendre compte qu'étant donné l'évolution de l'armement, de la technologie de l'armement, c'était plus compliqué que cela. Donc cela devrait nous inciter, justement, à poser la question de savoir si la technologie de notre armement n'est pas désuète pour mener une guérilla urbaine telle qu'elle s'est développée ces dernières années, et si les moyens pour nous défendre sont suffisants.
La proposition présentée par votre commission consiste tout simplement à fixer un objectif stratégique dans le budget de 1 pour cent du PIB pour les dépenses consacrées à l'armée à partir de 2023. Ce serait cohérent. Selon l'évolution de notre économie et de la géopolitique, nous dépenserons ce que nous devrons dépenser sur la base d'analyses sérieuses. Ce ne serait pas une dépense immédiate, mais une dépense qui devrait être faite à terme. En tout cas, c'est la volonté de la commission.
On peut bien sûr regretter qu'il y ait eu un changement de paradigme. A l'époque, nous pensions plutôt aller vers un désarmement, mais nous devons admettre qu'aujourd'hui de nombreux pays qui nous entourent, les européens en général, modernisent leur armement. Nous devons nous assurer d'une collaboration avec nos voisins; cela n'impliquera pas une adhésion à des organisations militaires fortes, mais une coopération, en tout cas active avec eux, tout simplement pour assurer une défense coordonnée, afin d'éviter de rester sur le porte-bagages de la sécurité et de laisser le soin aux autres de garantir notre sécurité, comme certains le voudraient. Nous devons faire un effort, en tout cas sur ce point.
Voilà, je ne peux que vous recommander d'adopter la motion de la commission.