Couchepin Pascal · Bundesrat · 2002-12-11
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2002-12-11
Wortprotokoll
Il faut reconnaître en toute honnêteté que la proposition de minorité Beerli a [PAGE 1256] beaucoup pour elle-même, si on écoute les craintes d'un certain nombre de gens qui disent: "Qu'est-ce qui se passera le jour où les contingents ne seront plus fixés par l'Etat?" Bien sûr, dans toute solution, il y a des risques et des chances. Les chances sont beaucoup plus grandes et vous avez eu raison de suivre le projet du Conseil fédéral, mais il y a aussi un certain nombre de risques.
Le risque, c'est d'abord, pour certaines catégories de produits laitiers qui ne sont pas nécessairement liées à la qualité du lait lui-même, que tout d'un coup il y ait une extension démesurée de la production. Ce n'est pas le cas pour le fromage où on peut exiger le non-ensilage, où on peut exiger ceci ou cela, mais c'est par exemple le cas pour le lait de consommation courante. Toutes les possibilités sont ouvertes et certains ont craint que l'on aille vers une agriculture qui deviendrait quasiment inhumaine avec la transformation du bétail et avec ces vaches qui sont capables de produire au-delà de 12 000 kilogrammes de lait par an, comme il y en a un certain nombre sur d'autres continents, et peut-être aussi sur notre continent.
Il y a aussi ceux qui craignent, et cela a été évoqué - M. Bieri était très critique à l'égard de cette remarque, mais ça existe quand même -, de voir un certain nombre de gens qui se mettraient à produire du lait le long des autoroutes, comme on dit, avec des produits importés. J'ai même lu que, dans je ne sais quel pays, on avait décidé de faire une sorte d'usine à lait flottante. On y met les vaches et on les nourrit artificiellement. Elles ne bougent pas et le lait est immédiatement transporté par bateau à partir de la "plate-forme de laitage" qui serait ainsi créée au large de tel ou tel pays maritime!
Il ne faut donc pas avoir une vision trop simple des chances et des risques du futur. Il y a des chances, mais il y a aussi un certain nombre de risques. Alors, voyons quels sont les risques des deux solutions.
Si on va dans le sens du maintien systématique des soutiens à la production, le risque, c'est qu'on vise justement ces trop hautes performances qui risquent de tuer l'"appeal", l'intérêt pour le produit, parce que le produit est fait à partir de vaches qui n'ont plus beaucoup de rapport avec ce qui fait la poésie, la poésie qui incite à acheter, la poésie liée à la production indigène. Cela, c'est le risque si on va vers le soutien à la production exclusivement. Si on va dans l'autre sens, le sens proposé par Mme Beerli, on risque en effet de diminuer l'incitation pour les professionnels de haut niveau qui sont désireux d'améliorer les prestations systématiquement et qui ont une vision très productiviste; on risque de diminuer leur intérêt. Nous ne voulons pas les favoriser à tout prix, mais nous voulons qu'il y ait une amélioration.
On nous dit: "C'est une politique de stop-and-go." On nous dit: "C'est appuyer sur le frein et sur l'accélérateur en même temps." Il y a des mesures qui, de toute évidence, signifient qu'on appuie sur le frein et l'accélérateur; ce serait le cas si on donnait une prestation par vache de 200 ou 300 francs et que, en même temps, on voulait réduire la production. Ce n'est pas possible. Mais ici, on reste dans le cadre de la politique voulue par la constitution, par la population et par l'immense majorité des Suisses, c'est-à-dire une politique qui tient compte de toute une série d'éléments; et tenir compte de ces éléments, c'est remplir le mandat constitutionnel, ce n'est pas mener une politique de "stop and go".
C'est la raison pour laquelle je crois que, si vous voulez soutenir la proposition de la majorité, qui suit le projet du Conseil fédéral dans son texte, la seule raison, c'est celle de dire - mais c'était curieux de l'entendre de la bouche de M. David, je vous dirai pourquoi - que ça devient peut-être un peu trop avant-gardiste. Probablement qu'on va dans ce sens-là. Si l'OMC nous y force, probablement qu'on ira dans ce sens-là.
Je suis surpris, Monsieur David - pour vous dire les choses très franchement et de manière très discrète - de vous entendre dire qu'on veut avancer, que c'est peut-être révolutionnaire, alors que - je vous ai observé - vous avez été presque constamment pour le refus d'avancer ce matin - si j'ai bien suivi votre intervention et je m'intéresse à vous, comme vous le savez. Alors, il faut savoir si on veut faire encore ce pas. Peut-être que vous avez raison, sur ce point-là, de dire que faire ce pas, ça risquerait de provoquer des émotions et de faire des difficultés extraordinaires au sein de la population. Mais, je crois savoir que l'Union suisse des paysans pense que c'est une bonne solution. Est-ce qu'il faut la choisir maintenant ou pas?
Si j'étais député, je soutiendrais cette proposition de minorité; comme conseiller fédéral, je vous incite à la rejeter.