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Vara Céline · Ständerat · 2022-09-27

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2022-09-27

Wortprotokoll

Vous le savez, depuis plus d'une vingtaine d'années, les indicateurs de température montrent des changements majeurs en Suisse. En été, le nombre de jours tropicaux, qui ont une température maximale supérieure ou égale à, respectivement, 25 et 30 degrés augmentent fortement, tandis que les jours sans dégel et les jours de gel, qui ont une température maximale inférieure à 0 degré, ont fortement diminué. Le réchauffement climatique et la chaleur qui l'accompagne mettent en péril notre équilibre, notre rythme de vie et notre survie.

Il est prouvé que la mortalité a augmenté durant les mois d'été extrêmement chauds des années 2003 et 2015, et les premiers résultats pour l'année 2022 - l'été qui vient de s'achever - nous mènent à la même conclusion. La population des villes et des agglomérations est particulièrement touchée par ses infrastructures. Ce phénomène est observé aux quatre coins du monde, et plusieurs pays prennent des mesures urgentes pour lutter contre ces fameux îlots de chaleur. Ces mesures permettent de réduire la mortalité, notamment des personnes âgées, qui supportent mal la chaleur. Mais elles permettent aussi, à un coût raisonnable, de maintenir une certaine productivité au travail et de faire en sorte tout simplement que ces endroits restent vivables. La France vient d'accepter un crédit de 500 millions de francs en faveur des villes et des agglomérations pour ces mesures efficaces qui profitent à toutes et tous.

Mais ces mesures, quelles sont-elles? Ce sont des mini-jardins, des bordures, des espaces verts partout où c'est possible, dans lesquels on conserve la fraîcheur et l'eau de pluie pour éviter qu'elle ne parte dans les égouts. On s'adapte au format des rues, on y met des plantes grimpantes qui ensuite peuvent complètement recouvrir les rues et constituer des espaces ombragés. L'humidité qui vient des plantes permet de réduire la température.

On humidifie les sols autant que possible. Le goudron emmagasine la chaleur, qui est ensuite relâchée la nuit et empêche les températures de baisser. On doit donc privilégier des pavés enherbés plutôt que du goudron. L'eau pénètre dans le sol, nourrit les végétaux et les arbres qui sont autour, qui assurent ombre et fraîcheur. Il faut désimperméabiliser les villes en remettant la nature là où c'est possible. Mais il s'agit aussi de développer les parcs existants, en bichonnant les arbres qui sont déjà là et en en plantant de nouveaux, en augmentant leur superficie et en en facilitant l'accès, pour que chacun et chacune puisse venir s'y rafraîchir. On peut rendre à la nature les zones industrielles qui ne sont plus exploitées en plantant des arbres, des végétaux, en aménageant ces zones pour qu'elles puissent fournir humidité, ombre et fraîcheur.

Le Conseil fédéral s'oppose à cette motion en précisant que les mesures mentionnées relèvent de la compétence des cantons. Bien entendu, mais le propos n'est pas là. Il ne s'agit pas de soustraire cette compétence aux cantons au profit de la Confédération, mais bien plutôt de la renforcer dans sa mise en oeuvre, une mise en oeuvre qui n'est possible que si des fonds sont mis à disposition. Autrement dit, il ne s'agit pas que la Confédération prenne des mesures à la place des cantons et des villes mais qu'elle soutienne financièrement ces démarches. Cela existe déjà dans le domaine du bâtiment [PAGE 946] où les cantons sont compétents alors que la Confédération les soutient financièrement dans le cadre du programme Bâtiments pour la promotion de l'assainissement énergétique.

Oui, c'est juste, la Confédération assume d'ores et déjà la tâche de coordination en matière d'adaptation aux changements climatiques. Il serait donc tout à fait judicieux qu'elle intègre à ce plan d'action des mesures financières fortes et efficaces dans un fonds destiné à soutenir les adaptations climatiques dans les villes. Comme autre exemple que le programme Bâtiments, on peut mentionner le fait que la Confédération cofinance l'adaptation climatique des forêts.

Le fonds qui est ici sollicité est un fonds urgent qui doit donc être mis rapidement à disposition. Il n'est pas superfétatoire de préciser ici que nous sommes dans une situation d'urgence et qu'il s'agit de sauver des vies durant les étés qui nous attendent.

C'est un défi sociétal d'envergure, oui, mais nous pouvons et nous avons les moyens en Suisse, de, d'ores et déjà, prendre des mesures propres à soulager une grande partie de la population. Enfin, faut-il rappeler que le Giec considère comme très insuffisants les moyens alloués à la lutte contre le réchauffement climatique et ses effets? Nous devrions mettre quatre fois plus d'argent dans cette mission pour espérer être efficaces! C'est un investissement pertinent que nous avons les moyens de faire.

Le Conseil fédéral se réfère aux fonds qui sont déjà alloués à la biodiversité. Certes, il y a des synergies évidentes et positives entre ces deux intérêts primordiaux que sont la sauvegarde de la biodiversité et la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ces fonds existants doivent servir en priorité leur fonction première. Toutes les mesures nécessaires et efficaces pour lutter contre les îlots de chaleur ne sont pas nécessairement une plus-value pour la biodiversité. Je pense notamment aux éléments d'ombrage comme les pergolas, les toits volants, les pavillons et les voiles d'ombrage - qui ne sont pas végétaux.

Telle que formulée, la motion laisse une large - large! - marge de manoeuvre au Conseil fédéral ainsi qu'au Parlement, pour définir le montant de ce fonds et les conditions d'octroi. Raisonnable, pertinent, efficace: un tel fonds est aussi une nécessité face à la réalité dans laquelle nous nous trouvons.

Je vous invite donc à soutenir la motion.

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