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Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2022-09-27

Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-09-27

Wortprotokoll

Les violences gynécologiques et obstétricales sont révélatrices d'une inégalité de genre profondément ancrée dans nos sociétés. La parole des femmes n'est pas écoutée. Elle est même considérée comme étant de moindre importance. Les violences obstétricales et gynécologiques sont une forme de violence restée longtemps cachée. Dans l'intimité d'une consultation médicale ou d'un accouchement, des femmes sont victimes de pratiques violentes - ou perçues comme telles. Il s'agit d'actes non appropriés ou non consentis, tels que des épisiotomies, ou la non-utilisation de l'anesthésie pour des interventions douloureuses ou encore des comportements sexistes. Ces violences reflètent une culture patriarcale encore dominante dans la société, aussi dans le domaine médical. Les mesures préventives nécessaires devraient être prises pour que la dignité humaine et les droits humains de toutes soient respectés, y compris dans le contexte des soins de santé.

Ce sont les raisons qui m'ont amenée à déposer il y a deux ans le postulat que nous traitons, qui charge le Conseil fédéral de présenter un rapport sur les violences gynécologiques et obstétricales subies en Suisse sur le modèle de la France, qui l'a fait dès 2018 sous l'égide du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes. L'objectif est de dresser un bilan et une liste de recommandations pour mettre fin à ce phénomène apparemment répandu, qui affecte durablement les victimes.

La coercition obstétricale est commune en Suisse, comme l'a montré l'enquête de la Haute école spécialisée bernoise sur l'expérience de l'accouchement entre 2018 et 2019 de plus de 6000 femmes, une première, dont les résultats sont édifiants: en Suisse, plus d'un quart des femmes a subi la coercition informelle pendant l'accouchement. En clair, 27 pour cent des femmes ayant accouché se sentaient mal informées, sous pression, intimidées ou n'étaient pas d'accord avec une décision de traitement. Au-delà de la coercition informelle, 10 pour cent des femmes ont déclaré que les spécialistes ont fait des remarques insultantes envers elles.

Malgré ces résultats qui devraient l'interpeller, le Conseil fédéral préfère botter en touche, en proposant de rejeter ce postulat. Comme il le fait en général pour les questions de santé, il invoque la responsabilité des sociétés médicales et des cantons pour se défiler.

Le problème est que toute forme de coercition informelle viole les droits fondamentaux de la personnalité et que le Conseil fédéral laisse la gestion de la violence que je dénonce à une partie des auteurs de cette violence: les médecins. Quant aux cantons, ils se sentent peu concernés par une question qu'ils connaissent mal.

Les spécialistes de la santé doivent se rendre compte que même des actes supposés insignifiants peuvent perturber les femmes et, dans certains cas, les conduire à la dépression, notamment post-partum. Ils doivent aussi garder à l'esprit que les femmes mettent souvent plusieurs mois à assimiler leur accouchement, et que certaines femmes méritent un suivi, même si aucun besoin de médiation n'est exprimé immédiatement après l'accouchement.

Pour toutes ces raisons et pour faire avancer la lutte contre ces violences insidieuses, la Suisse a besoin d'un rapport sur les violences gynécologiques qui dressera un bilan national du problème. Côté médical et infirmier, les spécialistes doivent prendre conscience de la portée désastreuse que leurs actes peuvent avoir pour les femmes.

Pour conclure, je vous invite à soutenir ce postulat.