Piller Carrard Valérie · Nationalrat · 2022-12-14
Piller Carrard Valérie · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-12-14
Wortprotokoll
Cette initiative populaire me semble cruciale pour la dignité de notre population.
Aujourd'hui, les rentes AVS sont non seulement trop basses, mais perdent aussi de leur valeur. La rente AVS maximale s'élève à 2390 francs, mais dans les faits la moitié des personnes parties à la retraite en 2017 doivent s'en sortir avec 1777 francs par mois, ou moins. La rente LPP apporte un maigre complément aux personnes qui ont la chance d'avoir gagné assez pour accéder au deuxième pilier. Mais la réalité, c'est que près d'une personne sur dix, aujourd'hui, dans notre pays, a besoin de prestations complémentaires dès la retraite, parce que les rentes ne suffisent pas pour vivre.
Ce constat est choquant! La Constitution prévoit depuis un demi-siècle que les rentes AVS doivent couvrir le minimum vital. Il est vraiment temps d'agir, ce d'autant plus que les rentes LPP s'effondrent depuis dix ans, que les gens cotisent toujours plus et touchent toujours moins. Depuis 2005, les rentes du deuxième pilier ont subi une baisse réelle de 8 pour cent en moyenne, et cette diminution s'accélère, parce que ces rentes reposent sur un système par capitalisation, qui souffre des taux d'intérêt bas. Le deuxième pilier est en crise, sans que cela semble inquiéter la majorité de ce Parlement.
Pour beaucoup de citoyens et citoyennes, les plateaux de la balance ne sont plus équilibrés: ils font face à de gros renchérissements avec de maigres rentes, qui faiblissent avec l'inflation. Le coût de la vie augmente grandement, au niveau de l'énergie, des loyers, des primes d'assurance-maladie - cela a déjà été répété à plusieurs reprises -, et les personnes qui peinaient à joindre les deux bouts sont en train de perdre pied.
L'initiative populaire baptisée "Mieux vivre à la retraite" a pour objectif le versement d'une rente de vieillesse supplémentaire, soit une augmentation de la rente de 8,33 pour cent. Grâce au caractère redistributif de l'AVS, ce sont les bas et moyens revenus qui en profiteraient le plus, le but étant que les personnes les moins bien loties sentent une véritable amélioration. Les bénéficiaires de prestations complémentaires doivent aussi pouvoir toucher cette treizième rente.
Chaque personne ici présente connaît de près ou de loin des personnes âgées qui peinent à vivre dignement de leurs rentes. Personnellement, cela me touche. Je trouve particulièrement cruel de demander à des personnes qui ont travaillé dur toute leur vie de se serrer la ceinture une fois à la retraite. L'injustice la plus criante, c'est l'écart important qu'on observe aujourd'hui au niveau des rentes des femmes. Certes, elles gagnent toujours moins que les hommes, mais cela ne veut pas dire qu'elles travaillent moins. Les femmes continuent à être les premières à s'occuper des enfants, des parents âgés, et à assumer la plus grande partie du travail domestique. C'est en cela que l'AVS est plus juste que la LPP. Toutes ces activités non rémunérées - mais ô combien essentielles à la société - sont reconnues comme travail par l'AVS. Cela entraîne par conséquent de meilleures rentes.
Chers collègues, vous êtes nombreux à affirmer que cette initiative n'est pas finançable, que l'AVS est au bord du gouffre. Sous cette coupole, la pression est toujours plus forte sur l'âge de la retraite, les prestations de vieillesse et d'autres assurances sociales. Pourtant les comptes de l'AVS sont bénéficiaires depuis plusieurs années, et ils continueront à l'être avec l'acceptation de la réforme AVS 21.
Mais tout est question de perspective. Nous, socialistes, estimons que l'AVS se porte bien et constatons que les sombres prévisions économiques dont vous êtes friands sont le plus souvent démenties par la suite. Le Parti socialiste estime que dans un pays riche comme la Suisse, une treizième rente AVS est non seulement possible, mais est aussi nécessaire et urgente pour les personnes les plus démunies de ce pays.
Au nom de la solidarité - je rejoins les propos de mon préopinant, la génération que je représente a aussi besoin que les personnes qui arrivent aujourd'hui à la retraite puissent vivre dignement -, je dirai un grand oui à cette initiative et vous invite à en faire de même. [PAGE 2345]