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Marra Ada · Nationalrat · 2022-12-14

Marra Ada · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2022-12-14

Wortprotokoll

Permettez-moi de rester brève, d'en rester aux concepts, pour éviter l'enfumage du slogan qui prétend: "Il n'y a pas d'argent dans les caisses", quand on sait que c'est un choix politique.

Etre Suisse, c'est ce que chacune et chacun dans cet hémicycle essaie de définir lors de tous les discours du 1er août: définir ce qui caractérise son pays; définir ce qui a construit notre pays. L'AVS en fait partie. Cette assurance a permis de garantir une vie digne à des centaines de milliers de personnes à la fin de leur vie active. Cette assurance est si bien faite qu'elle permet une merveilleuse solidarité entre son financement et sa distribution. L'AVS a perdu le poids qu'elle avait dans la construction de la prévoyance vieillesse en général. Face au deuxième et au troisième piliers, elle a perdu de sa force. Une rente AVS ne suffit plus[NB]pour[NB]vivre,[NB]contrevenant[NB]ainsi à l'esprit même de la Constitution.

On s'est dirigé de plus en plus vers une prévoyance vieillesse qui dépend de la force individuelle et non plus collective. Or il est des habitantes et des habitants de notre pays qui vivent chichement avec leur rente AVS et leur deuxième pilier très maigre parce qu'ils n'ont pas pu cotiser ou que très peu. Ces gens ont besoin de plus d'argent, ces gens ont besoin de retrouver une AVS qui leur permette de vivre une vie digne. Avec quel courage la droite de cet hémicycle, dont le premier pilier sera sûrement des "peanuts" dans sa prévoyance générale, vient dire que celles et ceux qui en ont besoin doivent se serrer la ceinture! Quelle preuve de cynisme dans ce Parlement de tout faire pour remplir les poches des assureurs du troisième pilier et de ne pas consolider l'AVS aux dépens des personnes à petit revenu qui ne peuvent de toute façon pas se payer un troisième pilier!

"Mère patrie", elle est bien belle cette expression. C'est un sentiment, celui de savoir que, quoi qu'il advienne, notre propre pays nous protègera, prendra soin de nous, celui de savoir que, si on est malade à l'étranger, on nous rapatriera, celui de savoir qu'en cas de coup dur, elle nous aidera, celui enfin de savoir qu'après une vie de travail, on pourra se reposer. [PAGE 2350]

Or, pour beaucoup de Suissesses et de Suisses, de travailleurs et de travailleuses qui ont bâti notre pays, à l'heure de la retraite c'est comme si on leur demandait implicitement de s'en aller. Le choix est simple: vivre pauvre en Suisse ou décemment à l'étranger. C'est ce que l'on constate, des concitoyennes et des concitoyens qui partent parce qu'ils n'ont pas les moyens de vivre en Suisse à leur retraite. Je suis désolée, mais nous devrions en avoir honte!

Cette initiative populaire "pour une 13e rente AVS" ne vise que le minimum que nous puissions donner à nos retraités. Ce n'est pas encore la solution qui consisterait en une reconsolidation du premier pilier, mais c'est un début. Cette initiative, permet de retrouver un peu de suissitude, la solidarité générationnelle; ce n'est pas le discours libéral consistant à dire qu'il ne faut pas remettre une dette financière, en rabotant sur le bien-être de nos concitoyennes et concitoyens; c'est équilibrer le privé et le public. Aujourd'hui, il faut rééquilibrer le public, il faut recommander le oui à cette initiative de l'USS.