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Nidegger Yves · Nationalrat · 2023-03-09

Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2023-03-09

Wortprotokoll

Comme vous le voyez, la vitalité et la santé de la Commission de politique extérieure sont excellentes. Il n'y a pas de domaine dans lequel cette commission ne vient pas dire au Conseil fédéral ce qu'il doit faire, comment il doit le faire et la manière dont il peut encore améliorer ses performances. Notre conseil s'est exprimé sur les droits humains et la démocratie en Iran la semaine passée et a adopté une déclaration à ce sujet (23.020). Aujourd'hui, c'est une motion pour le Conseil fédéral sur la question iranienne.

La confrontation entre une partie de la société civile iranienne et le régime a pris un tour tellement visible et choquant au cours des derniers mois, à cause des répressions des manifestations où ce régime montre sa nature, nature qui n'a pas évolué fondamentalement, mais qui ne se révélait pas de manière si démonstrative devant les caméras jusqu'à présent que cela provoque des réactions d'indignation de par le monde, y compris en Suisse, qui sont tout à fait compréhensibles, naturelles et légitimes. Le Conseil fédéral est d'ailleurs intervenu sur ces questions très largement. Il a également repris toute une partie des sanctions de l'Union européenne.

Ce qui est reproché par la majorité de la commission au Conseil fédéral, et la minorité vous demande de ne pas la suivre, c'est de ne pas avoir repris absolument toutes les sanctions décidées par l'Union européenne. Pourquoi la Suisse devrait-elle reprendre absolument toutes les sanctions de l'Union européenne? La Suisse reprend les sanctions de partenaires importants comme l'Union européenne dans la mesure où elle le veut bien, sur une base autonome.

Je vous rappelle qu'en matière de sanctions la Suisse n'a pas toujours eu la même attitude. Durant toute la guerre froide, nous nous tenions à l'écart des sanctions de peur de ne pas être considérés comme suffisamment neutres dans la confrontation Est-Ouest. Nous en tirions le bénéfice que c'était à Genève que l'on discutait de ce qui comptait le plus à l'époque, c'est-à-dire la peur de tous disparaître dans un conflit thermonucléaire si quelqu'un pesait sur le mauvais bouton, ce qu'on appelait la "mutual assured destruction".

A partir de 1990, la Suisse a commencé à reprendre sur une base autonome les sanctions prononcées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. A partir de 2002, elle les a reprises de manière systématique, puisque nous sommes devenus membre des Nations Unies. Nous sommes aujourd'hui, s'agissant des sanctions de l'Union européenne, dans une situation où nous les reprenons sur une base autonome et sans aucune obligation de le faire. Ce n'est pas uniquement pour ses bons offices que la Suisse a décidé de se démarquer, mais pour toute sorte d'autres raisons qui lui appartiennent.

Hurler avec les loups, c'est une possibilité qui nous est donnée, bien sûr. Pousser les mêmes hurlements, avec les mêmes décibels, avec la même intensité et sur les mêmes modulations, est-ce véritablement nécessaire? Partout où vous pouvez aller dans le monde, pour rencontrer des gouvernements, des diplomates, des ministres, des parlementaires, partout la Suisse est extrêmement bien connue et parfaitement identifiée comme un pays qui, malgré sa toute petite taille, jouit d'une influence énorme. Comment la Suisse est-elle identifiée partout dans le monde? Comme quelque chose de différent et pas comme quelque chose d'identique à quoi que ce soit d'autre. Et c'est notre différence, notre particularité, qui fait que nous pouvons parler de bons offices, parler avec l'Iran, et que d'autres ne le peuvent pas.

Lorsqu'un forcené s'est retranché quelque part et menace de tuer les otages, on cherche un médiateur, quelqu'un qui puisse aller parler au forcené. Ce n'est évidemment pas le chef de la police - enfin, cela peut l'être accessoirement -, mais c'est généralement quelqu'un qui, pour une raison ou pour une autre, peut établir une relation avec le forcené. Et c'est bien dans des moments de crise qu'il importe non pas de condamner comme tous les autres, afin d'être traité [PAGE 364] ensuite comme tous les autres, mais qu'il est nécessaire que quelqu'un soit un peu différent pour que, sur la base de cette petite différence, cette personne puisse parler là où d'autres ne peuvent plus rien dire.

Pour toutes ces raisons, chers collègues, ne soutenez pas cette motion qui vous pousse au mimétisme, alors que la Suisse n'a d'importance et d'utilité pour le monde que par ses différences.