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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2023-06-05

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-06-05

Wortprotokoll

Cette initiative vise donc à ce que l'âge de la retraite soit fixé à 66 ans pour les femmes et les hommes, et à ce qu'il soit ensuite indexé sur l'espérance de vie. Le premier but de ce texte visait à supprimer l'inégalité de traitement entre les sexes dénoncée par les initiants. Cette soi-disant inégalité a été dans l'intervalle malheureusement réglée l'année passée, malgré les efforts de celles et ceux qui considéraient que, sans égalité véritable des salaires, cette réforme était profondément injuste.

Par ailleurs, par la même occasion, on nous avait vendu la réforme de stabilisation de l'AVS - AVS 21 - comme une solution susceptible de stabiliser les comptes de l'AVS pour plusieurs années, au moins pour la prochaine décennie. Chevauchement des calendriers oblige, la présente initiative tombe aujourd'hui fort mal: ses auteurs, en proposant tout simplement de durcir le système, en retardant d'une année et plus éventuellement par la suite, l'âge d'accès à la rente en remettent une couche supplémentaire. Et cela pour protéger le premier pilier, nous dit-on, vu l'évolution démographique annoncée et l'augmentation attendue de l'espérance de vie. Mais en fait, j'estime que cette démarche vise en premier lieu à tout faire pour ne pas mettre plus de moyens financiers à la disposition de ce premier pilier. Les initiants préfèrent la méthode simpliste de la baisse des prestations en reculant l'âge d'accès à la rente, plutôt que de trouver des solutions socialement acceptables au financement futur de l'AVS.

L'AVS est une magnifique conquête sociale, et le socle même de notre Etat social. A l'origine, son but constitutionnel était de permettre à chacune et à chacun, la retraite venue, de vivre décemment avec cette rente. Mais aujourd'hui, on en est loin. En l'absence d'autres compléments de revenu ou sans l'aide des prestations complémentaires, les personnes disposant de la rente AVS comme unique revenu resteraient loin du compte. Et aujourd'hui, les revendications du monde du travail portent en premier lieu sur une juste revalorisation des rentes, et même sur l'introduction d'une treizième rente AVS. En fait, je pense que les milieux de droite n'apprécient pas l'AVS: ils font tout pour limiter au maximum son importance. Ce printemps, le Parlement, dans sa majorité, a même réussi à refuser une pleine et entière adaptation des rentes au renchérissement, soit quelques francs par assuré et par mois, alors que dans le même temps, on ouvrait, sans sourciller, les cordons de la bourse fédérale pour venir à la hâte au secours du système bancaire, afin d'éviter une débâcle au Credit Suisse.

La droite n'est pas fan de l'AVS parce que cette dernière représente un formidable outil de redistribution des richesses. Chaque franc gagné dans ce pays est taxé, et les hauts revenus cotisent donc beaucoup plus que les plus humbles, et en fin de compte les prestations offertes sont plafonnées.

On cite souvent le cas d'un ancien patron de l'un de nos fleurons de l'industrie chimique bâloise, un homme qui gagnait un salaire de quelque 20 millions de francs par année. Il devait donc s'acquitter d'un million de francs de cotisation AVS, mais ne pouvait espérer au mieux, la retraite venue, toucher que la rente entière maximale de l'AVS.

Grâce à ce système, plus de 90 pour cent des cotisants sont gagnants: ils cotisent au total moins que ce qu'ils vont finalement toucher, et les quelques pour cent des salaires les plus hauts renflouent la caisse pour permettre d'augmenter les prestations offertes aux personnes touchant les plus bas revenus. Un système social parfait, juste et équitable.

Alors pour moi aujourd'hui il ne doit pas être question de durcir encore plus le système. Les revenus du travail ont fortement progressé au fil des années; il faut réfléchir au moyen de renforcer encore le financement de ce premier pilier. Aucune proposition en la matière ne doit être considérée comme taboue, d'autant plus que, dans le même temps, la droite s'acharne à vouloir réduire les prestations du deuxième pilier.

Aujourd'hui, l'avenir de notre Etat social, bien malmené par les velléités de la droite, est menacé, et le peuple suisse aura à faire, le dimanche 3 mars 2024, des choix cruciaux en la matière. Ce dimanche sera celui de tous les espoirs. En effet, ce jour-là nous voterons simultanément sur le référendum relatif à la réforme de la prévoyance professionnelle, LPP 21, sur l'initiative populaire pour une treizième rente AVS et sur l'initiative populaire "Maximum 10 pour cent du revenu pour les primes d'assurance-maladie". Comme par hasard, on semble avoir éloigné autant que possible ces différents votes populaires des échéances fédérales d'octobre prochain.

Dans l'attente de ces combats, je vous enjoins aujourd'hui, chers collègues, à déjà recommander le rejet de cette [PAGE 1101] initiative qui vient au mauvais moment et en plus avec un mauvais contenu.