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Vara Céline · Ständerat · 2023-06-15

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2023-06-15

Wortprotokoll

Cela été dit à plusieurs reprises, la production de foie gras a été interdite sur le sol suisse depuis quarante ans. Pourquoi? Parce que cette pratique est cruelle et indéfendable. Tel en a décidé le législateur et, donc, nos prédécesseurs, à juste titre. Pourtant, nous continuons à importer ce produit comme si, effectuée hors de nos frontières, ladite pratique en était moins contestable. Nous pouvons tenter, au moyen d'arguments maladroits, de trouver des raisons impératives de continuer d'importer cette souffrance, que nous ne tolérons pourtant pas ici. Le fait est que nous cautionnons ainsi le gavage violent d'animaux uniquement pour en manger le foie rendu malade.

En 2008, le Conseil fédéral a expressément interdit le gavage, reconnaissant qu'il s'agissait d'une pratique qui ne respecte pas la dignité des animaux et qui doit être considérée comme une maltraitance. Mais en 1978 déjà, en raison de l'interdiction générale de la maltraitance animale, le gavage était interdit sous le régime de la loi fédérale sur la protection des animaux, édictée cette année-là.

La production de foie gras d'oies et de canards gavés est d'une brutalité inouïe. Les animaux concernés sont gavés deux à trois fois par jour avec un tube introduit dans l'oesophage. Il s'agit d'une torture pour les animaux, ce qui est d'ailleurs reconnu scientifiquement depuis des années. A la fin de ce processus, les foies des canards pèsent jusqu'à 700 grammes au lieu des 70 à 80 grammes habituels, ce qui cause des douleurs à l'animal, exerce une pression sur d'autres organes et provoque des difficultés respiratoires.

En 1991 déjà, une motion pour l'interdiction de l'importation de foie gras produit de manière cruelle sur les animaux avait été déposée au Conseil national. Pas moins de 32 ans plus tard, la Suisse en est à peine à élaborer les bases d'une déclaration obligatoire. Il est temps d'agir et de prendre nos responsabilités, comme l'a fait le Conseil national en adoptant cette motion à une majorité des deux tiers, tous partis confondus.

Ces derniers mois, j'ai entendu dire qu'il en allait de notre "patrimoine culinaire", que les restaurateurs ne pourraient pas s'en passer. J'ai même entendu que cette interdiction d'importation allait causer la faillite de nombre d'entre eux. J'aimerais rendre au patrimoine culinaire suisse l'importance qu'il a réellement dans le débat. En Suisse alémanique et au Tessin, le foie gras n'est le fruit d'aucune tradition, je ne vous apprends rien. Nous ne sommes pas en train de parler du cervelas ou de la raclette. En Suisse romande, il n'est rien d'autre que la conséquence d'un marketing transfrontalier au sein d'une même aire linguistique et en aucun cas un héritage culturel. Ainsi peut-on rassurer celles et ceux qui, visiblement, à les entendre, ne peuvent s'en passer au petit déjeuner.

Cette interdiction ne porte que sur l'importation de foie gras provenant d'animaux gavés, laissant sauf le territoire suisse et ses produits. Par ailleurs, la motion ne porte pas sur les produits issus d'animaux non gavés. Souvenez-vous du Salon international de l'alimentation où, en 2006 - cela date, je l'avoue -, le prix du meilleur foie gras avait été remporté par une entreprise suisse qui confectionne ses produits sans aucun gavage. Non seulement le gavage n'est pas une condition nécessaire à la fabrication du foie gras, mais surtout les alternatives s'en accommodent déjà jusqu'à remporter des prix.

Non seulement cette motion interdirait l'importation de produits dont l'éthique et la pratique sont fortement contestées, mais elle permettrait l'essor d'un marché propre, qui nécessite un savoir-faire d'ores et déjà pratiqué par des entreprises suisses. Cette motion n'est rien d'autre qu'un condensé de bon sens et d'opportunité au bénéfice en premier lieu d'animaux maltraités.

La restauration suisse n'a absolument rien à craindre de cette interdiction d'importation. Les gens vont évidemment continuer d'aller au restaurant et s'accommoderont sans problème d'une absence de foie gras sur la carte, voire ne la remarqueront pas. Les restaurateurs qui souhaitent continuer à en proposer pourraient faire appel aux alternatives, suisses ou étrangères, issues d'élevages non gavés.

Est-ce que quelques Suisses et Suissesses iront en manger en France? Peut-être, mais ce sera une infime minorité de frontaliers et frontalières, qui le font d'ailleurs déjà. Je suis prête à parier qu'il n'y aura absolument aucune conséquence sur le chiffre d'affaires de la restauration suisse.

D'ailleurs, j'aimerais me pencher sur ce soi-disant report des consommateurs et consommatrices suisses sur les marchés étrangers. En 2018, l'étude Demoscope évaluait que seuls 38 pour cent des consommateurs actuels iraient en acquérir sur le marché français. Ces chiffres établis dans une situation où le produit est encore consommé, où les alternatives n'ont pas encore fleuri, laissent à penser que l'effet de cette interdiction serait durablement constaté, alors que plusieurs dizaines de millions de francs de recettes seraient perçus pour la vente de produits agricoles suisses.

A l'heure des réflexions autour de la souveraineté alimentaire, il est clair que cette motion concourt à promouvoir la production et la consommation de produits suisses par l'ouverture de marchés bien plus éthiques. Ainsi, dans un monde où la tendance est au déclin du foie gras, en interdire [PAGE 670] l'importation ne résoudrait pas seulement la posture inconsistante qui est la nôtre: l'interdiction promouvrait également les alternatives durables et éthiques. Elle dynamiserait l'économie suisse en ouvrant aux producteurs des marchés d'innovation alimentaire et elle contribuerait à réduire le nombre d'environnements de production, qui constituent régulièrement des foyers propices à l'émergence de zoonoses.

Pour toutes ces raisons, je vous prie de suivre la minorité Graf Maya.