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AB 323774

Pointet François · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2023-06-15

Wortprotokoll

L'alimentation de l'armée et de la protection civile est un serpent de mer qui semble faire peur. C'est un peu pour cela que nous traînons. Il nous semble aussi que l'analyse est menée avec des lunettes déformantes et avec un manque de vision d'ensemble qui bloquent la réflexion et attisent les tensions.

En bref, nous avons trois acteurs: l'armée, la protection civile et le service civil; et nous avons trois lobbys qui défendent leur église en montrant du doigt les autres. Il est temps de prendre du recul et de garder la tête froide. Nous avons un problème d'alimentation de l'armée, et, encore pire, un problème d'alimentation de la protection civile qui risquent d'empêcher ces deux organisations de remplir leur mission; difficile de ne pas les voir.

Mais nous pouvons aussi jeter dans l'arène quelques problèmes qui sont mal mis en avant dans le rapport, à savoir: premièrement, l'armée revoit la notion d'aptitude au service en diminuant les exigences physiques. Alors, c'est bien, pas besoin d'être un champion aux perches pour apporter ses capacités, par exemple cyber, au service de l'armée. Mais, comme toute médaille, celle-ci a deux faces, et les conséquences négatives existent. Par exemple, ces nouveaux conscrits aptes au service militaire ne sont plus reversés dans la protection civile. On voit là un phénomène de vases communicants.

Deuxièmement, il n'est pas possible à une personne refusant de faire l'armée d'aller en direction de la protection civile, pourquoi? Les femmes ne peuvent pas choisir de servir dans la protection civile - ni dans le service civil d'ailleurs -, là aussi, pourquoi? Rajoutez là-dessus une sacrée salade de chiffres, aussi bien pour l'armée que pour la protection civile, et la confiance dans le processus engagé s'étiole.

Si nous nous penchons maintenant sur les deux modèles finalistes, à savoir "l'obligation de servir dans la sécurité" et "l'obligation de servir axée sur les besoins", nous constatons le manque de courage dans cette tentative de restructuration de notre obligation de servir. Les besoins en sécurité sont plus larges que de se limiter à ces deux modèles, et si nous sommes favorables à la fusion du service civil et de la protection civile - cela un peu plus rapidement que ce que propose le Conseil fédéral -, c'est aussi dans l'optique de se diriger vers un service citoyen avec libre choix, quitte à élargir la liste des prestations, par exemple, avec les services du feu ou l'appui aux services sanitaires civils.

L'armée ne doit pas avoir peur de la liberté du choix, qui existe d'ailleurs déjà, avec une pénalité, certes, mais, elle existe. L'armée a les capacités d'être attractive. Nous ne devons pas craindre d'analyser des modèles disruptifs pour l'avenir de notre obligation de servir.

Je ne peux conclure sans ajouter que nous avons besoin de plus de femmes dans les organisations de sécurité. Pas seulement pour respecter les exigences de l'ONU et pouvoir continuer à participer aux missions de maintien de la paix - ce qui nous tient particulièrement à coeur -, mais surtout pour, comme cela se voit dans les entreprises, apporter un point de vue novateur pour l'avenir de notre architecture de sécurité.

Je vous invite à prendre acte de ce rapport, en appelant le Conseil fédéral à être plus courageux en proposant de vraies nouveautés et à agir plus vite.