Marty Dick · Ständerat · 2003-03-10
Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2003-03-10
Wortprotokoll
M. Cottier l'a dit, il ne s'agit pas de mettre en discussion le principe de la distribution contrôlée d'héroïne; il ne s'agit pas de mettre en discussion la politique suisse de la drogue. Je veux bien le croire. Mais en fait, cette motion met bel et bien en discussion la politique suisse de la drogue, qui est une politique pragmatique et qui, surtout, a eu d'importants succès ces dernières années. Le nombre de décès dus à l'abus de drogues a continuellement diminué, et les chiffres de l'année dernière en sont encore une illustration; le nombre de toxicomanes liés à la criminalité a nettement diminué; le nombre d'héroïnomanes qui ont pu être intégrés au monde du travail grâce à ces programmes a augmenté de façon spectaculaire.
Cette politique suisse, qui avait été accueillie avec beaucoup de scepticisme sinon d'hostilité dans les milieux internationaux, est de plus en plus objet d'étude, d'imitation, voire d'admiration à l'étranger. Encore tout récemment, au Conseil de l'Europe, j'ai entendu un député britannique parler longuement en des termes très favorables de la politique suisse et du courage que notre pays avait démontré en cette [PAGE 115] matière, et surtout du courage d'innover, de suivre de nouveaux chemins dans un domaine où, jusqu'à présent, on n'a compté que des échecs cuisants.
Pourquoi cette motion met-elle en péril cette politique, et je répète, cette politique de succès? Parce que cela déléguerait le financement à l'assistance, aux services sociaux, donc à des solutions différentes de canton à canton, sinon de commune à commune. Cela toucherait évidemment tout particulièrement les centres urbains, et on ne ferait qu'ajouter des problèmes à d'autres problèmes, sans pour autant résoudre le problème de l'assurance-maladie. Donc, je crois que nous devons être très prudents et très conscients de ce que nous faisons. Cette motion est extrêmement dangereuse pour la politique en matière de drogue que nous avons suivie ces dernières années.
Le rapporteur l'a très bien dit, il y a un argument qui me paraît absolument indiscutable, et là la minorité n'a absolument rien dit: pourquoi fait-on une distinction entre la méthadone et la diaphine, alors que les deux substances sont des produits de substitution? Nous savons que la méthadone n'est pas autre chose qu'une forme synthétique de morphine et que l'héroïne n'est qu'un dérivé de la morphine. Par cette motion, nous introduisons une distinction qui est totalement arbitraire, qui n'a aucune validité scientifique et qui est donc absolument inacceptable. Ce serait comme si tout à coup on disait: "Les caisses-maladie vont rembourser le Temesta mais pas le Seresta." Ce n'est pas exactement la même chose, mais ces deux médicaments sont des benzodiazépines et ont des effets sinon identiques du moins assez semblables.
Quant au caractère social de la toxicomanie, alors je peux dire que, dans le cas de l'alcoolisme et de la dépression, on a aussi exactement ces mêmes composantes sociales et que, souvent, l'activité ou l'intervention du médecin n'est en fait qu'une thérapie de nature sociale.
Ce que je ne peux pas accepter, Monsieur Jenny, c'est qu'on dise dans cette salle que la "Sucht" n'est pas une maladie. Alors, ça, c'est vraiment trop dur à avaler. Il est sûr que l'héroïnomanie est une maladie, comme l'est l'alcoolisme. Ce sont des maladies qui doivent être reconnues, et je ne crois pas qu'on puisse dire que ce sont des choses librement choisies. C'est, je crois, mettre à la poubelle toutes les connaissances scientifiques que nous avons accumulées sur ces phénomènes.
Je vous invite donc instamment à rejeter cette motion, qui est dangereuse et qui remet en question quelque chose d'important que nous avons pu atteindre, par ailleurs grâce à l'appui massif du peuple suisse qui a parfaitement compris quelle est la démarche en matière de drogue, que nous suivons depuis quelques années.