Vara Céline · Ständerat · 2023-09-19
Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2023-09-19
Wortprotokoll
Ne quittez pas la salle, nous restons dans le domaine des ressources vitales - les ressources essentielles à l'être humain. D'ailleurs, nous sommes toutes et tous d'accord sur un point: les épisodes de sécheresse ne sont plus un phénomène météorologique rare en Suisse. Ils s'intensifieront et sont déjà bien présents. L'eau manque, et l'eau manquera toujours plus à certaines périodes de l'année. Les tensions entre les différents usagers sont déjà palpables.
D'ailleurs, lorsque ces tensions seront trop fortes et que l'eau manquera trop, pour autant qu'on puisse véritablement répartir l'eau - il faudrait encore pouvoir la stocker et la transporter facilement -, qui va-t-on privilégier? L'agriculture, car sans elle, nous ne pourrions pas produire notre nourriture? Les privés, qui l'utilisent pour se laver, pour boire, pour arroser leur jardin qui, pour beaucoup d'entre nous, est aussi une ressource d'alimentation importante? Les entreprises, qui fonctionnent bien évidemment avec une ressource en eau qu'elles estiment pour l'instant illimitée? Ou bien la nature, qui assure la survie de nos écosystèmes? Peut-on imaginer aujourd'hui vider nos lacs et nos rivières, et nous retrouver face à des paysages désertiques?
Aujourd'hui, la législation suisse n'encadre que très peu l'utilisation de l'eau potable. Rien n'est prévu pour que cette ressource vitale soit intelligemment utilisée et répartie - et encore moins pour qu'elle ne soit pas gaspillée. Nous utilisons l'eau potable - c'est-à-dire que l'on peut boire - pour nos toilettes. En moyenne, nous utilisons neuf litres d'eau à chaque fois que nous tirons la chasse; neuf litres d'eau qui vont directement dans les eaux usées.
Cela représente en moyenne 36 litres par personne et par jour, uniquement pour nos toilettes. Avons-nous vraiment besoin d'eau potable, donc propre à la consommation, pour nos toilettes, pour arroser notre jardin ou encore pour remplir notre piscine? Avons-nous vraiment besoin d'eau potable pour nettoyer nos véhicules? La réponse est non; évidemment, non. Nous n'avons pas besoin d'eau potable pour ces utilisations. Que peut-on faire ou, finalement, que doit-on faire, si nous voulons utiliser cette ressource efficacement? Il faut utiliser l'eau de pluie où elle tombe. Cela paraît évident et cela est quand même beaucoup plus sensé de récupérer cette eau sur place pour l'utiliser, par exemple, dans ses toilettes, comme je l'ai mentionné avant; cette eau, qui va ensuite dans le réseau d'eau et qui reste ainsi dans le système d'évacuation des eaux comme nous le connaissons.
Nous pourrions tout à fait faire un parallèle avec l'énergie dont nous venons de débattre pendant plus d'une heure. Nous mettons, comme pour le solaire, nos surfaces à disposition - les toits de nos maisons - pour récolter l'eau qui tombe du ciel et que nous captons en quelque sorte comme l'énergie du soleil au travers de nos panneaux solaires. C'est exactement pareil, mais dans le cas du solaire, vous recevez des subventions pour vous encourager à mettre des panneaux solaires et à capter cette énergie, alors que cela n'est pas du tout le cas pour l'eau, qui est pourtant une ressource vitale. En effet, aujourd'hui, la législation suisse dissuade, voire interdit l'installation de moyens de captage, de rétention et d'utilisation de cette ressource à titre privé et par les entreprises. On est donc vraiment dans une situation particulièrement paradoxale. Je pense que nous n'avons pas encore vraiment saisi la situation dans laquelle nous nous trouvons et ce qui nous attend en termes de manque d'eau.
L'eau, l'accès à l'eau, et notamment à l'eau potable, va devenir la première préoccupation mondiale au fur et à mesure que les conséquences du réchauffement climatique vont se faire sentir. Elle l'est d'ailleurs déjà, c'est une préoccupation première pour un certain nombre de pays déjà aujourd'hui. Ce sera aussi le cas en Suisse. C'est même déjà aujourd'hui une préoccupation première en Suisse. Lors des derniers étés que nous avons vécus, nous avons manqué d'eau, de manière assez concrète, à plusieurs endroits de notre pays. Finalement, il n'y a qu'à voir l'état de nos forêts aujourd'hui, à la fin de l'été, qui ont soif et tous ces arbres qui ont déjà perdu leurs feuilles, parce qu'ils manquaient d'eau.
En acceptant cette motion, nous n'enlevons aucune prérogative aux cantons. Au contraire, nous donnons des moyens légaux et un cadre général qui permettent de faciliter et d'encourager toutes les actions possibles des cantons et des communes, mais aussi des privés, en faveur d'une utilisation rationnelle, d'une utilisation efficace et judicieuse des eaux de pluie. Cette motion me paraît être vraiment du bon sens pur. Nous sommes encore aujourd'hui dans la situation où nous pouvons anticiper ce manque d'eau et le préparer dans les meilleures conditions qui soient.
Pour ce faire, nous devons donner le mandat au Conseil fédéral de nous préparer un cadre légal qui répond à ce besoin et à ces attentes.
Je vous invite vraiment à accepter cette motion.