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Pointet François · Nationalrat · 2023-09-26

Pointet François · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2023-09-26

Wortprotokoll

En Suisse, il est autorisé de chasser des animaux menacés qui figurent sur liste rouge ou sur la liste des espèces prioritaires pour une conservation ciblée. En bref, nous dépensons de l'argent pour sauvegarder de certaines espèces, mais nous laissons les chasseurs tirer de tels animaux.

Loin de moi l'idée de tenir des propos antichasseurs, et je déclare mes intérêts: je suis un mangeur assidu de sanglier vaudois - il y en a bien assez et les dégâts qu'ils causent aux cultures me permettent de les déguster sans arrière-pensée. Mais quand je pense à la bécasse des bois, par exemple, ce sont d'autres images qui me viennent à l'esprit.

Selon l'article 5 alinéa 6 de la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages, il est possible de protéger les espèces menacées de la chasse. Par [PAGE 1953] cette motion, je n'exige donc pas la lune, mais j'appelle au respect de l'esprit de la loi.

La réponse donnée à la question 21.8208 est des plus surprenantes: "La liste rouge est établie pour toute la Suisse. Le niveau de menace d'une espèce peut cependant différer d'un canton à l'autre. Si la liste rouge déterminait le caractère chassable d'une espèce, celle-ci ne pourrait plus être chassée dans l'ensemble du pays. Or certaines espèces figurant sur la liste rouge ne sont pas menacées dans certains cantons, leur exploitation durable y est donc possible."

Comment peut-on avoir des espèces menacées sur le plan suisse qui ne le seraient pas localement? Le territoire suisse n'est pas si grand; il est difficile de comprendre qu'il soit possible de chasser une espèce dans un canton alors que cette espèce serait menacée de disparition dans le canton voisin. De plus, en ce qui concerne la bécasse, nous limitons la chasse temporellement, car nous prétendons limiter la chasse aux animaux de passage. Je n'ai jamais vu les bécasses des bois autochtones arborer un pavillon suisse pour être reconnues, mais le nombre de bécasses chassées augmente, on le constate dans les statistiques. Une pesée d'intérêts doit être faite entre une atteinte à une liberté et un intérêt public. L'interdiction de chasser les espèces menacées sur liste rouge toucherait une centaine de chasseurs; ceux-ci seraient privés non pas d'un revenu déterminant pour leur famille, non pas d'une nourriture indispensable à leur survie, non pas d'une activité économique, mais d'un plaisir sportif.

Et on ne toucherait qu'un nombre restreint d'animaux, que l'on sortirait des cibles de la chasse. Sur le site de l'OFEV, sous la rubrique "Etat de la diversité des espèces en Suisse", il est écrit: "Les résultats montrent que les efforts consentis jusqu'à présent sont insuffisants pour préserver durablement la diversité des espèces en Suisse. Des espèces disparaissent à l'échelle locale, régionale et nationale." L'avis du Conseil fédéral à l'interpellation Pointet 22.4031, "Le nombre de bécasses des bois chassées augmente. Quid des mesures?", montre qu'une coordination des règlements de chasse est nécessaire si l'on veut régler le problème.

Comment est-il possible de justifier la chasse d'espèces menacées pour le plaisir face à la perte de notre biodiversité? Pour mémoire, le Tribunal fédéral a imposé la suppression de deux éoliennes sur six dans le parc de Granges à cause d'un couple de faucons - deux individus -, car cette espèce figure sur la liste rouge. Dans le même temps, il est toujours possible de chasser des espèces menacées qui se trouvent sur cette liste rouge. Où est la logique? Il est grand temps de faire preuve de cohérence. Merci pour votre soutien à cette motion.