Vara Céline · Ständerat · 2023-12-07
Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2023-12-07
Wortprotokoll
Vous le savez, depuis le temps, mais j'annonce mes liens d'intérêt: je suis membre du comité central de Pro Natura Suisse, qui est l'une de la cinquantaine d'organisations qui ont soutenu l'initiative biodiversité et du groupe bien plus grand qui soutient le contre-projet. Ce contre-projet est soutenu notamment - je le mentionne parce que je pense qu'il est extrêmement important de rappeler qui soutient ce contre-projet - par la Conférence des directeurs cantonaux de l'agriculture, la Conférence pour forêt, faune et paysage, l'organisation faîtière de l'économie des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique, Construction Suisse, le Groupement suisse pour les régions de montagne, Swisscleantech et toutes les organisations environnementales, et j'en oublie, évidemment. C'est dire la sensibilité derrière ce contre-projet que je vais vous inviter à soutenir, je vais vous expliquer pourquoi.
La menace qui pèse sur la diversité biologique en Suisse et à travers le monde est claire; elle est documentée scientifiquement et, heureusement, je crois que personne ici ne le remet en question. Nous devons maintenant décider si nous voulons prendre des mesures pour préserver la source de la vie et la base des fondements de notre existence: la biodiversité. On m'a demandé encore ce matin: "est-ce que vous pourriez expliquer, Mme Vara, ce qu'est la biodiversité?" La biodiversité est le fondement, la base de la vie sur Terre et de notre existence. Nous pouvons décider d'agir et d'apprendre des erreurs que nous avons commises par le passé - je dois notamment faire un parallèle avec le réchauffement climatique, car, au vu de ses répercussions, nous nous rendons compte aujourd'hui avec violence que nous n'avons pas pris en considération cette problématique lorsqu'il le fallait, il y a de cela 20 à 30 ans. Si nous n'agissons pas aujourd'hui, cela nous coûtera des milliards, voire des dizaines de milliards de francs. Le Conseil fédéral le relève d'ailleurs très clairement: 14 à 16 milliards de francs par année au minimum d'ici à 2050 pour la Suisse. Mais ce ne sont que des chiffres.
La valeur des espèces, qui, lorsqu'elles s'éteignent, jour après jour, à travers le monde et en Suisse, nous rapprochant, nous, espèce humaine, inéluctablement, de notre extinction, est inestimable. On ne remplace pas une espèce qui disparaît. Nous perdons des milliards d'années de miracles de la nature que ce monde a construit, particule après particule, et qui font tout ce que nous connaissons de ce monde. C'est la biodiversité.
Il est urgent d'agir. Je réponds directement à mon collègue Damian Müller; dommage qu'il ne soit pas dans la salle. Il est urgent d'agir et c'est la raison pour laquelle les initiants ont effectivement, à la condition que nous entrions en matière sur ce contre-projet, laissé entendre qu'ils seraient prêts à retirer l'initiative. C'est une question de temps. Si nous agissons maintenant pour préserver toutes ces prestations de la nature essentielles à notre survie, comme la pollinisation animale, dont la valeur s'élève quand même à plus de 500 millions de francs par année rien que pour l'agriculture, selon Agroscope - que je dois citer -, la purification de l'air, la purification de l'eau, la protection contre les crues et les glissements de terrain, si nous agissons, nous pouvons empêcher que la problématique s'accentue à l'avenir. Nous pourrions même viser que la nature se restaure. C'est donc maintenant que nous décidons.
Le rapporteur nous dit que si nous n'entrons pas en matière sur ce contre-projet, ce ne sera pas fini. Mais la question de la biodiversité n'a même pas commencé. Concernant le Plan d'action Biodiversité de la Suisse que nous avons voté il y a de cela maintenant plus de 20 ans, pas un seul objectif n'a été atteint, faute d'avoir investi les moyens financiers nécessaires et faute de volonté politique. Nous en sommes là aujourd'hui, pas même à zéro: à moins dix.
Les initiants ont confirmé qu'ils étaient prêts à retirer leur initiative si le Parlement adoptait le contre-projet. En l'occurrence, le contre-projet reprend la proposition du département, du Conseil fédéral et de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Cet état d'esprit très constructif de la part des initiants démontre que nous avons toutes et tous un intérêt à prendre des mesures efficaces maintenant. C'est vraiment une question de délai. Si nous entrons en matière sur le contre-projet, nous pourrons rapidement nous mettre à l'oeuvre pour mettre en place ces mesures. Ce sont des mesures pragmatiques. C'est un processus qui s'est créé autour d'une collaboration entre le département et les associations environnementales. C'est donc extrêmement positif.
Si le contre-projet, aujourd'hui, ne passe pas la rampe, si nous n'entrons pas en matière, que se passera-t-il? Sachez d'ores et déjà que toutes les associations et tous les milieux concernés mettront des moyens conséquents en oeuvre pour aller devant le peuple et pour gagner cette initiative, parce que la défense de la nature est notre mission principale, et nous l'amènerons jusqu'au bout, avec force, pour la population et, bien sûr, pour la nature. Je rappelle que la question de la biodiversité et du climat reste l'une des préoccupations majeures pour la population suisse. L'OFEV a élaboré des propositions dont la commission pourrait rapidement discuter. Cela simplifierait passablement le travail de la commission pour l'élimination des divergences, avec le Conseil national, qui est - cela a été rappelé par le rapporteur - favorable à l'entrée en matière, comme la grande majorité des membres de la commission de l'environnement du national.
La proposition de compromis qui est aujourd'hui sur la table, menée par l'OFEV, se fonde sur trois éléments. Premièrement, l'amélioration de la qualité des surfaces existantes. Il est urgent d'agir, parce que seulement un sixième des biotopes d'importance nationale a actuellement la qualité requise. Dans les milieux où nous devrions avoir une biodiversité riche, malheureusement, seul un sixième de ces milieux a donc vraiment l'objectif que nous souhaitons atteindre de valorisation de la biodiversité. C'est l'OFEV qui le dit.
Deuxièmement, la proposition traite des surfaces existantes qui doivent être mises en réseau. Il n'y a aucune nouvelle compétence pour la Confédération. Ce sont les cantons qui ont la compétence et qui sont libres de choisir la manière dont ils les mettent en réseau.
Enfin, l'une des volontés - je l'ai entendu plein de fois cette semaine - de notre chambre était d'avoir un focus extrêmement clair sur le milieu bâti, sur les villes, pour qu'il y ait un équilibre avec ce qui est demandé aujourd'hui aux milieux agricoles. On met les zones bâties et les zones agricoles sur un pied d'égalité en reconnaissant les efforts déjà fournis par l'agriculture.
J'ai vraiment le sentiment, sincèrement, que nous devons saisir aujourd'hui cette opportunité qui nous est donnée pour la vie. Je pense qu'il est vraiment fondamental que nous prenions aujourd'hui nos responsabilités et que nous entrions en matière sur le contre-projet.
Je vous invite évidemment, dans ce cas, à soutenir la proposition de la minorité.