Vara Céline · Ständerat · 2024-02-27
Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2024-02-27
Wortprotokoll
En Suisse, 80 pour cent de notre eau potable provient de nappes souterraines, et celles-ci sont durablement polluées par des pesticides de synthèse, notamment par des pesticides qui ont été interdits il y a plus de dix ans. Ces molécules synthétiques, qui n'existent pas à l'état naturel, sont si persistantes que même en traversant toutes les couches terrestres, nous les retrouvons, des années après, intactes dans l'eau de nos nappes [PAGE 28] phréatiques. Ces substances portent considérablement atteinte à la qualité des eaux souterraines, en particulier sur le Plateau. Pourtant, conformément à l'ordonnance sur la protection des eaux, les eaux souterraines ne doivent pas contenir de substances de synthèse persistantes. Selon les statistiques, en 2020 déjà, dans les régions vouées à une agriculture intensive, les métabolites, à savoir les produits de dégradation de pesticides, étaient largement répandus et régulièrement détectés dans des concentrations excédant la norme légale. Sur le Plateau, ils dépassaient la valeur légale à plus de 60 pour cent des stations de mesure et, à l'échelle nationale, cette valeur s'élevait à une station de mesure Naqua sur trois.
Pourquoi est-ce que je vous rappelle cette réalité, chères et chers collègues? Parce que la problématique de la pollution due aux pesticides de synthèse ne s'est pas évaporée avec le refus des deux initiatives contre ces produits toxiques. Bien au contraire, la qualité de notre eau potable est un sujet de préoccupation majeure. Vous avez reçu, chères et chers collègues, comme moi, un courriel de l'Association professionnelle pour le gaz, l'eau et la chaleur (SVGW), qui représente à elle seule les entreprises suisses d'approvisionnement en eau à hauteur de 70 pour cent de ses membres. Cela veut dire que les membres de cette association fournissent l'eau potable de plus de 70 pour cent de la population suisse. Autant dire qu'ils savent de quoi ils parlent. Et que nous disent les représentants de la SVGW? Ils nous disent, et je cite: "les distributeurs d'eau potable voient dans la reprise automatique des décisions d'homologation de l'Union européenne pour les produits phytosanitaires, sans examen approfondi par les autorités suisses, un risque élevé pour la qualité de l'eau potable." Vous avez reçu ce courriel, vous l'avez lu, comme moi, et vous avez lu ces mises en garde que les professionnels du secteur de l'eau potable nous ont envoyées pour nous informer des conséquences en cas d'acceptation de cette motion.
Les pesticides de synthèse et leurs produits de dégradation ne peuvent être éliminés des ressources en eau potable que par des procédés de traitement disproportionnés, gourmands en énergie et très, très coûteux, traitements qui n'existent pas aujourd'hui dans la majorité des stations d'épuration. Aucun motif de productivité ne peut justifier que nous prenions ce risque majeur d'atteinte à la santé des Suisses et des Suissesses. Le meilleur moyen de garantir la résilience des cultures face au réchauffement climatique, c'est de préserver la vitalité des sols et leur capacité de rétention d'eau. Cela nécessite de changer de pratiques, et non pas d'utiliser davantage de pesticides de synthèse. Je rappellerai aussi que, comme l'a très bien mentionné notre collègue Tiana Moser, représentante de la minorité, la révision de l'ordonnance sur les produits phytosanitaires est en cours. La consultation, qui prend déjà en considération les préoccupations de l'auteur de la motion, se terminera à la fin mars de cette année. L'acceptation de cette motion s'avérerait ici complètement prématurée et inopportune, sans parler du fait que, même dans l'Union européenne, ces produits sont aussi homologués au niveau national - ce fait est très important et a été mentionné par Mme Moser. Il n'y a pas de reprise automatique des homologations des pesticides de synthèse par les pays membres de l'Union européenne. Cela n'existe pas. Ce serait un non-sens complet d'imaginer qu'en Suisse, nous puissions utiliser sans contrôle préalable ces produits, alors que même les pays membres de l'Union européenne ne prennent pas ce risque. Enfin, vu la situation inquiétante de nos ressources en eau, tant du point de vue des périodes de sécheresse, qui vont s'intensifier, qu'en raison de leur pollution au plastique, aux PFAS et aux pesticides, il serait bien plus judicieux que nous renforcions leur protection, notamment en mettant en oeuvre les motions 22.3873 et 22.3874, ainsi que la motion Zanetti 20.3625. S'il était encore là aujourd'hui, notre ancien collègue n'aurait pas manqué de prendre la parole pour vous parler des poissons, avec humour et pertinence, ainsi que de l'importance de préserver nos cours d'eau.
Je vous invite donc à garder la tête froide et à ne pas mettre en péril notre eau potable. Merci de soutenir la proposition de la minorité.