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Clivaz Christophe · Nationalrat · 2024-02-28

Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2024-02-28

Wortprotokoll

J'ai quelques minutes pour essayer de vous convaincre, afin que la subvention que la Confédération donne à Suisse Tourisme ne soit utilisée que pour la promotion du tourisme suisse sur le marché domestique et sur les marchés proches, et pas sur les marchés lointains.

Le budget de Suisse Tourisme se compose non seulement de fonds attribués par la Confédération, mais aussi de fonds provenant d'autres partenaires. La contribution de la Confédération représente environ 60 pour cent du budget de Suisse Tourisme. En moyenne, Suisse Tourisme consacre un peu plus de 50 pour cent de ses moyens au marché suisse, un peu moins de 30 pour cent aux marchés européens - qui sont proches - et environ 20 pour cent aux marchés lointains. Depuis avril 2021, notre Roger Federer national a rejoint l'équipe de Suisse Tourisme en tant qu'ambassadeur de la marque, avec comme but d'inciter les habitants du monde entier à venir en Suisse, avec un succès certain, vu les dizaines de millions de vues de chacune des vidéos tournées avec des stars américaines. La clientèle des USA a d'ailleurs passablement augmenté ces deux dernières années.

Dans le même temps, Suisse Tourisme a lancé le programme Swisstainable, qui entend faire de la Suisse la destination la plus durable au monde. Ce programme s'inscrit parfaitement dans la stratégie touristique de la Confédération de 2021, qui s'axe davantage sur la durabilité que les stratégies touristiques précédentes. Cependant, il est contradictoire de promouvoir d'un côté un tourisme durable et peu émetteur de gaz à effet de serre et d'encourager de l'autre, à coups de millions de francs, la venue de touristes lointains, qui viennent tous en avion.

Je vous donne quelques chiffres pour mettre les choses en perspective concernant le bilan carbone des vols aériens. Selon le site internet Myclimate, un voyage aller-retour en classe économique Pékin-Zurich, de 16[NB]000 kilomètres, correspond à l'émission de 3 tonnes de CO2. Pour le même vol en première classe, c'est cinq fois plus, soit 15,1 tonnes. Un voyage aller-retour Los Angeles-Genève, c'est 19[NB]000 kilomètres, ce qui correspond à 3,8 tonnes en classe économique et 19,1 tonnes en première classe. Tant la Chine que les Etats-Unis font partie des marchés prioritaires de Suisse Tourisme. Ces chiffres doivent être mis en perspective avec les 5,5 tonnes émises annuellement en moyenne par chaque habitant de notre pays. Il est vrai que ces chiffres ne tiennent pas compte des émissions liées au trafic aérien et maritime, qui ne sont pas comptabilisées dans cette statistique, comme les émissions générées à l'étranger par les produits et services que nous importons.

Il n'en reste pas moins qu'un seul de ces allers-retours Pékin-Zurich ou Los Angeles-Genève, en classe économique, correspond à plus de la moitié des gaz à effet de serre émis en [PAGE 81] moyenne annuelle sur le territoire suisse par une personne habitant dans notre pays. Quant aux mêmes trajets effectués en première classe, ils correspondent à trois à quatre fois plus que cette moyenne annuelle par habitant. Les vols aériens ont un impact carbone énorme, souvent sous-estimé. De plus, alors que nous ne pouvons pas attendre pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, il n'existe aucune solution dans la décennie qui vient pour remplacer à grande échelle l'utilisation des carburants fossiles dans l'aviation par des carburants synthétiques, et encore moins par des avions électriques ou à hydrogène.

Dans ce contexte, la promotion faite par Suisse Tourisme sur les marchés lointains contribue à l'émission de quantités importantes de gaz à effet de serre. Ceci n'est pas compatible avec les objectifs climatiques de la Suisse et accélère le réchauffement et ses conséquences négatives pour le tourisme lui-même. On peut penser à la raréfaction de la neige, à la disparition des glaciers qui sont constitutifs de l'imaginaire touristique suisse, mais aussi à l'augmentation des dangers naturels, qui impactent des pratiques touristiques comme l'alpinisme ou le ski de randonnée. Dans la pesée des intérêts à faire entre l'apport économique que représente la clientèle des marchés lointains pour certaines destinations de notre pays et les conséquences négatives pour le tourisme suisse d'une augmentation du réchauffement, c'est ce dernier point qui devrait aujourd'hui avoir la priorité.

Je vous prie par conséquent, chers collègues, de faire preuve de cohérence et d'adopter ma motion afin que le tourisme suisse puisse devenir, comme il le souhaite, plus "swisstainable".