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Mugny Patrice · Nationalrat · 2003-03-20

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2003-03-20

Wortprotokoll

Ainsi, George W. Bush a déclaré la guerre. Ainsi, parce que cet homme a décidé que cette guerre devait avoir lieu, la population irakienne sera bombardée. Des milliers, peut-être et probablement plus certainement des dizaines de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes seront tués ou blessés. Ainsi, parce que George Bush l'a décidé, le droit international est bafoué, l'ONU est ignorée, et l'immense majorité du peuple humain simple spectateur d'un massacre sciemment voulu depuis des mois. Soyons clairs: il s'agit d'un crime et de l'inquiétante émergence d'une nouvelle forme de grand banditisme international.

Par le passé, les Etats-Unis n'avaient déjà pas hésité à moult reprises à violer le droit et la morale les plus élémentaires pour imposer leur loi à des populations. Qui ne se souvient du Chili! Mais ils n'avaient pas osé jusqu'ici présenter ces exactions comme des oeuvres du bien. Aujourd'hui, M. George Bush arrive à présenter un massacre délibéré comme une oeuvre de salubrité publique.

Que l'on nous comprenne bien, le régime irakien et son dictateur, M. Saddam Hussein, sont ignobles. Leur fin constituerait effectivement un progrès pour l'humanité, de la même manière que la chute de tous les régimes oppresseurs serait un bienfait pour l'humanité, régimes dont il faut rappeler que plusieurs sont aujourd'hui soutenus par ce même gouvernement américain. Un gouvernement qui dénonce aujourd'hui - à juste titre - le gazage de villages kurdes par Saddam Hussein; mais à l'époque, les Etats-Unis n'avaient pas pipé mot! Il faut dire qu'à ce moment-là, M. Hussein était un ami!

Nous ne défendons donc aucunement M. Saddam Hussein; mais ce qui se déroule sous nos yeux est révoltant.

Premièrement, les Etats-Unis n'ont aucune légitimité pour jouer au chevalier des droits humains, qui plus est en passant outre à la volonté de la communauté internationale.

Mais, deuxièmement, rien ne justifie tout à coup l'urgence d'aller aujourd'hui bombarder des populations civiles pour soi-disant les libérer. L'exemple de l'Afghanistan, où les bandes armées criminelles ont remplacé le régime honni des talibans, montre à l'évidence que, pour les Etats-Unis, les droits humains relèvent plus du prétexte que d'un réel souci humaniste.

Nous savons tous, dans cette salle et en dehors, qu'entre la défense concrète des principes et les soi-disant nécessités de la realpolitik, la plupart des gouvernements ne choisissent en général pas les droits humains. Mais en déclarant ainsi cette guerre, M. Bush franchit un pas supplémentaire. Il prétend combattre les voyous de l'humanité, mais il vient de prouver qu'il est un des pires voyous que cette planète comprend aujourd'hui.

Gardons cependant l'espoir que de cette tragédie sorte une Europe plus forte et plus cohérente politiquement, capable de proposer au monde d'autres perspectives que celle imposée aujourd'hui.

Comme l'a déjà dit Cécile Bühlmann, le groupe écologiste espère que le Conseil fédéral appliquera très strictement l'interdiction de survol de notre territoire par des avions militaires, à l'exception bien sûr des convois humanitaires et des transports de blessés. Nous demandons également de cesser immédiatement toutes les exportations et importations d'armes avec les pays agresseurs. Enfin, le groupe écologiste demande au Conseil fédéral de rappeler ses diplomates en poste dans ces pays, et il soutiendra la campagne de boycott lancée par le Centre Martin Luther King.