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Juillard Charles · Ständerat · 2024-03-06

Juillard Charles · Ständerat · Jura · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2024-03-06

Wortprotokoll

Selon la statistique officielle de l'Office fédéral de la statistique, il y aurait environ 4,7 millions de voitures automobiles qui circulent sur les routes de notre pays. Ce chiffre est établi d'après le nombre de permis de circulation délivrés par les offices cantonaux de la circulation. Mais ce chiffre ne regroupe pas la totalité du parc automobile, car il ne prend pas en compte les véhicules d'occasion stationnés sur les parcs des garages du pays. La motion Bauer vise à ce que les véhicules d'occasion soient aussi recensés par la statistique. Il s'agit de se faire l'image la plus fidèle possible du nombre de voitures automobiles effectivement présentes sur territoire national.

Mais à quoi cela servirait-il, me direz-vous? Ce texte part d'un constat: le secteur automobile constitue l'un des piliers de la mobilité en Suisse et il a des conséquences importantes sur la politique environnementale nationale. C'est également un élément important de l'économie, et comme il n'est pas possible aujourd'hui de dire exactement combien il y a de véhicules dans notre pays, combien reposent dans des parcs ou combien ont disparu de la circulation, il est difficile de mener une politique publique efficiente en la matière. Par exemple, selon les chiffres des professionnels du recyclage, il y aurait eu en 2019 plus de 64[NB]000 véhicules qui auraient disparu complètement des écrans radars parce qu'ils auraient été retirés de la circulation, mais ne seraient pas entrés dans les usines de recyclage.

Il y a deux motifs majeurs à soutenir la motion proposée. Il y a un élément économique et un élément environnemental. Sur le plan économique tout d'abord, le secteur automobile regroupe un grand nombre de petites et moyennes entreprises (PME) - de petits et moyens garages. Ce sont elles qui ont pour tâche d'absorber les véhicules non immatriculés, et donc non comptabilisés, qui correspondent pour la plupart au parc d'occasion du pays. Or, de plus en plus de ces PME se trouvent devant des difficultés financières du fait de la capacité immobilisée sur leur parc d'occasions, qui coûte cher en intérêt et perd chaque jour de la valeur. Toutes ces liquidités stagnantes vident les PME de leur substance financière pourtant nécessaire à leur fonds de roulement et aux[NB]investissements[NB]indispensables au bon déroulement de l'entreprise.

Ainsi, plus le parc d'occasions augmente, plus les charges y relatives deviennent pesantes pour la santé économique de ce secteur. Se pose donc la question de la taille du parc d'occasions. Est-elle en augmentation? Actuellement, il n'est pas possible de connaître le nombre exact de véhicules que regroupe le parc d'occasions, ni d'en mesurer l'évolution et d'en estimer la valeur financière. Connaître le nombre de véhicules d'occasion permettrait, d'une part, de montrer la tendance réelle et, d'autre part, d'analyser la masse financière que cela représente. Cette clarification permettra de réguler la situation. Ainsi, en cas de déséquilibre, il serait possible d'élaborer des solutions-cadres qui permettront de fluidifier ces capitaux figés, par exemple en valorisant ou en favorisant l'achat de véhicules d'occasion parfaitement entretenus conformément aux normes légales suisses, plutôt que d'augmenter le parc automobile avec des véhicules neufs.

Il est également intéressant de lire la lettre que nous avons reçue de l'Union professionnelle suisse de l'automobile, notamment de ses représentants du canton de Vaud et du canton de Genève, qui ont été très nombreux - plusieurs centaines - à signer cet appel. Ils disent en substance que le parc d'occasions procure du travail en quantité aux garagistes, ce qui leur permet d'améliorer la rentabilité de leur entreprise. L'expérience a d'ailleurs été faite durant la période du COVID-19. L'absence de certaines pièces détachées ou de certains composants nécessaires pour les véhicules neufs a contribué à assécher le marché des véhicules d'occasion, ce qui leur a donné une nouvelle vie à des prix plus intéressants pour le secteur de la branche automobile. Cela a également permis de limiter la construction de véhicules neufs à propulsion fossile ou électrique.

Il est vrai que les importateurs et les grands garagistes sont opposés à cette transparence parce que ce qu'ils souhaitent, eux, c'est vendre des véhicules neufs, peu importe ce que deviennent les véhicules d'occasion à la charge des petits et moyens garagistes.

Mieux maîtriser le nombre de véhicules d'occasion qui ne sont pas répertoriés aujourd'hui permettrait de mieux réguler le marché des véhicules automobiles dans notre pays en améliorant la rentabilité des petites et moyennes entreprises que comprend, en grande majorité, le secteur de la branche.

Sur le plan environnemental, sur le site de l'Office fédéral de l'environnement, on peut lire, je cite: "D'un point de vue écologique, il est en général plus judicieux de réutiliser les véhicules usagés - pour la même fonction que celle d'origine - que de les éliminer. En effet, la charge environnementale liée à la fabrication d'un nouveau véhicule est souvent plus grande que l'économie d'impact réalisée lors du remplacement précoce d'un véhicule plus ancien." Il y a d'ailleurs à travers le monde de nombreuses études qui tendent à confirmer cette affirmation. En l'absence de recensement des véhicules d'occasion, il est impossible de définir si les véhicules qui sont envoyés à la casse pourraient encore être mis en circulation ou si, justement, ils ne sont pas démolis trop vite. Mieux valoriser le parc automobile d'occasion permet d'éviter le gaspillage d'énergie utilisée pour la construction de nouveaux véhicules ou la démolition de voitures d'occasion. Ici, il n'est pas même encore question des véhicules qui sont exportés, légalement ou non, sous d'autres latitudes, et dont la durée de vie est prolongée sans se soucier de la pollution qu'ils génèrent, car ils ne sont pas entretenus aux mêmes normes que celles que nous connaissons dans notre pays. A noter que le secteur du recyclage soutient cette motion, car il s'interroge aussi sur la disparition de ce grand nombre de véhicules.

En ce qui concerne la faisabilité de cette statistique, il faut rappeler que chaque véhicule est accompagné d'un permis de circulation. Il est donc assez facile d'assurer la traçabilité du véhicule grâce aux permis de circulation répertoriés dans les bases de données des offices cantonaux des automobiles. Ce n'est de loin pas aussi compliqué que ce que le [PAGE 140] Conseil fédéral voudrait nous faire croire. On le fait d'ailleurs déjà pour les véhicules en leasing.

Lors de sa séance du 16 janvier dernier, la Commission des transports et des télécommunications de notre conseil a examiné la motion. Elle vous propose, par 5 voix contre 5 et 1 abstention, avec la voix prépondérante de sa présidente, d'adopter la motion. Une minorité, par contre, recommande son rejet, à l'instar du Conseil fédéral.

La majorité de la commission partage les arguments économiques et écologiques en lien avec l'utilité de recenser également les véhicules d'occasion qui, aujourd'hui, ne sont plus en circulation et qui n'entrent plus dans la statistique officielle.

De son côté, une minorité estime que la charge administrative serait trop importante et que la récupération des[NB]véhicules[NB]est[NB]déjà prise en compte dans les mesures globales destinées à l'économie circulaire, dont la promotion a été acceptée dans le cadre de l'initiative parlementaire 20.433.

Au nom de la majorité de la commission, je vous recommande d'adopter la motion.