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Roduit Benjamin · Nationalrat · 2024-03-12

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2024-03-12

Wortprotokoll

Ma motion révèle un problème grave et d'actualité: nous manquons de médecins en Suisse. Les médecins prennent de l'âge et travaillent de plus en plus à temps partiel. Selon la statistique médicale 2022 de la FMH, les chiffres 2023 n'étant pas encore disponibles, près de 40 pour cent du corps médical vient de l'étranger. De plus, la situation non seulement chez les médecins de famille, mais aussi chez les spécialistes dans les zones périphériques, est particulièrement problématique. Cela fait plusieurs années que leur densité se situe à 0,8 équivalent plein temps par 1000 habitants, ce qui est inférieur à la valeur recommandée par la Confédération. Pour y remédier, il faut absolument passer par une meilleure offre de places d'études et de stages cliniques.

Dans son avis, qui date déjà de mai 2023, le Conseil fédéral partage le constat selon lequel la formation d'un nombre suffisant de médecins en Suisse est une préoccupation majeure. Il s'appuie cependant sur les efforts faits afin d'augmenter le nombre de diplômes de master en médecine humaine à environ 1300 d'ici 2025 et se contente de relever que les limitations de l'accès aux études de médecine, que ce soit au moyen d'un test d'aptitudes ou d'un numerus clausus, sont appropriées et relèvent de la compétence des hautes écoles universitaires. De plus, il renvoie aux cantons la compétence des formations postgraduées.

Face aux nombreuses interventions parlementaires exigeant des mesures efficaces et immédiates, le Conseil fédéral a concédé dans l'intervalle qu'un examen avec les cantons des mesures afin de combattre cette pénurie, dont certaines ont déjà été présentées sans succès dans le masterplan 2012-2014, était nécessaire, notamment en optimisant la répartition entre les régions et les spécialités. D'où sa recommandation, adoptée tacitement par les deux chambres en décembre dernier, de soutenir les postulats Hurni 23.3864 et Juillard 23.3678.

Mais vous le savez bien, la pénurie n'attend pas et depuis la crise du COVID-19, la dépendance de la Suisse vis-à-vis des médecins titulaires d'un diplôme étranger s'est encore accrue, alors que les pays voisins sont aussi en proie à une pénurie et retiennent leurs médecins.

C'est donc bien du côté de la formation en Suisse que nous devons nous donner les moyens de préparer nos jeunes aux professions médicales. Je dis bien "en Suisse". Vous connaissez tous ces situations d'étudiants compétents et motivés qui poursuivent leur formation en Roumanie à la suite d'un premier échec. C'est peut-être intéressant pour la Suisse d'un point de vue financier, mais c'est inacceptable du point de vue de la maîtrise d'une offre de santé fondée sur la qualité et les compétences. Ce sujet sera thématisé lors d'un prochain voyage de notre groupe d'amitié à Bucarest en avril prochain.

Quant à la qualité et aux compétences des étudiants recalés - chaque année près du deux tiers des étudiants inscrits, soit 4000 étudiants concernés -, permettez-moi, en tant qu'ancien recteur de lycée-collège, de m'indigner. Vous connaissez tous la qualité des études gymnasiales en Suisse et celle de notre maturité. Il n'est pas acceptable que dans cette filière, le taux d'échec soit aussi excessif par rapport à d'autres domaines d'études tout aussi exigeants. De plus, on peut émettre de sérieux doutes quant à l'aptitude de ces procédures de sélection à produire de bons médecins. Une part de formation clinique intervenant plus tôt dans le cursus et complétée par des entretiens structurés intégrant des composantes sociales liées à la profession éviterait certainement des abandons.

En fait, le noeud du problème se trouve dans le fait de limiter l'accès aux études médicales pour des raisons financières dues au manque de places d'études dans les universités et de stages cliniques en milieu hospitalier et ambulatoire. Or, si l'on veut tenir compte des besoins concrets dans une région ou un domaine de spécialité, il s'agit, avec les cantons - j'insiste -, de se donner des moyens, pas forcément coûteux, mais efficaces, comme des règles de sélection assouplies, le recrutement de plus de formateurs, des instruments de formation et des modèles de travail modernes, ainsi qu'une valorisation des médecins assistants.

La population, qui pâtit de cette pénurie de médecins, attend dans ce sens des mesures fortes et visibles.

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