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Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2024-04-17

Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2024-04-17

Wortprotokoll

Cette intervention parlementaire a été déposée à la suite de l'agression russe en Ukraine, dans un contexte, peut-être faut-il le rappeler, où il y avait des angoisses quasiment existentielles quant à l'approvisionnement en carburants, en combustibles et en électricité en Suisse et dans le monde. Beaucoup se sont posé la question de savoir ce que l'on pouvait faire à très court terme, à court terme et à moyen terme pour endiguer les risques de pénurie et pour proposer des solutions immédiatement efficaces pour garantir un approvisionnement suffisant en électricité, carburants et combustibles. C'est dans ce contexte que cette proposition a été faite.

Elle ne vient pas des cercles écologistes les plus excités. Elle vient de l'Agence internationale de l'énergie, qui est une organisation très respectable, qui fait des propositions souvent très respectables, y compris aux yeux des pays exportateurs de pétrole, par exemple, et qui a immédiatement dit dans une prise de position écrite, qui, sauf erreur, est sortie quelques jours ou quelques semaines après l'agression russe en Ukraine, qu'il fallait prendre des mesures immédiates. Et parmi ces mesures immédiates, il y avait la possibilité de réduire la vitesse sur l'autoroute, une mesure très facile à mettre en oeuvre. Passer de 120 à 110 kilomètres à l'heure permet d'économiser - toujours selon l'Agence internationale de l'énergie - des millions de barils de pétrole chaque jour.

Cette mesure n'est pas nouvelle dans l'arsenal des idées et des outils qu'on peut mettre en oeuvre dans le cadre de la politique énergétique. Vous vous souvenez peut-être, pour celles et ceux d'entre vous qui ont suivi ces débats à l'époque, qu'elle avait déjà été décidée lors du choc[NB]pétrolier[NB]dans[NB]les[NB]années 1970 par le Conseil fédéral, lorsqu'il s'agissait aussi de réduire notre dépendance aux énergies fossiles.

A cela s'ajoute le fait que, bien évidemment, dans la discussion que nous menons de façon générale et de façon très intensive ces temps-ci pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles, la mesure a une pertinence indépendamment d'une situation de crise telle que celle qui a été provoquée par l'agression russe en Ukraine. Dans un avis du Conseil fédéral à une interpellation qui a été déposée il y a de cela plus d'une dizaine d'années, le Conseil fédéral disait déjà à l'époque que nous pourrions obtenir grâce à une telle mesure 2 à 3 pour cent d'économies de carburant et donc de gaz à effet de serre émis en Suisse. Une étude française qui a été menée bien plus récemment a indiqué qu'un passage de 130 kilomètres à l'heure à 110 kilomètres à l'heure sur l'autoroute représentait une économie d'environ 15 pour cent par kilomètre parcouru de carburant et donc 15 pour cent en moins de gaz à effet de serre émis.

Tout cela implique des inconvénients très franchement moindres, pour ne pas dire insignifiants. Si on fait le calcul pour un trajet dans la région que je connais, un trajet Lausanne-Genève, sur un axe autoroutier très fréquenté, on parle de quelques minutes de rallongement du temps de trajet. Il s'agit d'une mesure facile à mettre en oeuvre et qui permet beaucoup d'économies.

Je conclus en disant que le Conseil fédéral lui-même avait envisagé cette mesure dans le paquet de mesures mis en consultation contre la pénurie d'électricité. C'est intéressant: il avait imaginé cela dans un premier temps très sérieusement, et ensuite il y avait renoncé parce qu'il estimait que cela n'avait pas un impact suffisamment grand - disait-il à l'époque, en début 2023 - compte tenu de la consommation des voitures électriques.

Le Conseil fédéral s'était donc concentré sur le parc automobile électrique en disant que la baisse de consommation électrique n'était pas suffisamment grande grâce à cette mesure. Mais, comme je l'ai dit à l'instant, une telle mesure, si elle est reprise dans un contexte différent, si elle est pérennisée sous une forme ou une autre, permettrait non seulement de réduire la consommation d'électricité, mais aussi et surtout de réduire la consommation d'énergies fossiles, en l'occurrence de carburant, et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Je conclus en disant que, bien sûr, le contexte n'est plus le même: à l'époque, il s'agissait de prendre des mesures urgentes, immédiatement efficaces. Peut-être qu'une généralisation du passage à 100 kilomètres par heure serait excessive - je ne doute pas une seconde que cela serait excessif aux yeux du Conseil fédéral. Néanmoins, il s'agirait d'une mesure ciblée, intelligente, par exemple sur certains secteurs où la fluidité du trafic est difficile, ou qui pourrait parfois valoir comme alternative à l'élargissement des autoroutes.

Je vous remercie pour le bon accueil que vous ferez à ce texte et pour votre attention.