Lexipedia

Golay Roger · Nationalrat · 2024-06-03

Golay Roger · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2024-06-03

Wortprotokoll

Tout est dit dans la principale modification constitutionnelle proposée: "La nature et sa capacité de renouvellement constituent les limites posées à l'économie nationale. Les activités économiques ne peuvent utiliser des ressources et émettre des polluants que dans la mesure où les bases naturelles de la vie sont conservées."

Les initiants sont des personnes à l'évidence bien conscientes de la gravité des enjeux climatiques sur notre planète. Ce sont aussi des personnes volontairement inconscientes, donc totalement méprisantes, des besoins élémentaires exprimés par celles et ceux qui habitent notre planète. L'avantage de l'oukase des initiants ne serait rien moins que la sauvegarde du monde. C'est ce qu'ils laissent deviner en disant que l'objectif de l'initiative est la préservation à long terme des bases naturelles de la vie; soit.

Mais quel prix les initiants toléreraient-ils de faire payer à la Suisse? Celui d'en faire un pays pauvre? Pauvre et heureux, c'est peut-être son credo. Ce n'est pas le mien.

Je crois que nous devons oeuvrer pour le maintien de la prospérité de la population suisse. Je crois que nous devons aussi encourager, avec les moyens dont nous disposons, une planète sur laquelle les humains ne meurent pas de faim, se développent paisiblement et accèdent à la connaissance de manière équitable.

Aujourd'hui, quinze pays environ satisfont les exigences posées dans l'initiative pour la Suisse. Parmi eux, on trouve surtout des pays comme l'Afghanistan, Haïti et Madagascar. Si ces pays respectent les limites environnementales, c'est que leur capacité à se développer économiquement est considérablement plus faible que leur évolution démographique ou leur cadre de vie: système politique défaillant, catastrophes environnementales, conflits ethniques, etc. Il est inutile de dire que les habitants de ces pays sont tous affamés de prospérité et ne trouvent aucune satisfaction à atteindre les objectifs, décrits dans l'initiative, qui contraindraient la Suisse.

Cela étant clairement énoncé, bien sûr que la Suisse doit continuer à réduire son empreinte environnementale. Mais elle ne doit pas pour autant se placer au niveau des pays en développement. Par rapport aux pays qui respectent les limites environnementales, la Suisse a une performance économique par habitant plus de 80 fois supérieure, en moyenne. Son empreinte environnementale est, quant à elle, seulement cinq fois plus importante. La croissance et la pollution sont décorrélées. La Suisse a ainsi plus que doublé sa création de valeur industrielle depuis 1990, tout en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre de près de moitié. Grâce au progrès et à l'innovation, nous nous rapprochons toujours plus des limites environnementales et donnons ainsi l'exemple. Mais nous ne pouvons pas accélérer massivement le rythme sans endurer de grands retours en arrière.

C'est là le message que je veux adresser aux initiants, dont je rejette totalement la proposition. On ne fait pas le bonheur des gens malgré eux, ni en Suisse ni ailleurs. Ailleurs, là où règne encore la famine et où les gens n'ont pas accès aux soins modernes, c'est un développement économique qui est désiré. Ici, c'est le maintien de notre confort de vie qui est désiré. Pour parer le danger qui pèse sur notre planète en raison du changement climatique induit par l'activité humaine, nous devons massivement investir dans la recherche et acquérir la technologie. Nous devons ensuite en utiliser rapidement les fruits.

L'initiative proposée fait fausse route et, qui plus est, n'est pas réalisable. Elle est utopique. La Suisse s'est fixé des objectifs ambitieux dans de nombreux domaines, et il faudra encore des efforts importants pour les atteindre, sur lesquels nous devrions nous concentrer avant de nous laisser aller à la poursuite d'une chimère de plus.

En conclusion, nous devons recommander le rejet de cette initiative idéologique et régressive.