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Docourt Martine · Nationalrat · 2024-06-03

Docourt Martine · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-06-03

Wortprotokoll

Le 27 mai 2024 a été le jour du dépassement de la Terre en Suisse, le jour où notre pays a épuisé les ressources naturelles nécessaires à notre survie pour toute l'année 2024. Tous les indicateurs sont clairs: la Suisse vit au-dessus de ses moyens en ce qui concerne l'utilisation des ressources naturelles. Si l'ensemble de la population mondiale vivait comme celle de notre pays, il faudrait presque trois planètes pour générer les ressources naturelles suffisantes. Nous ne pouvons pas continuer ainsi.

L'empreinte de la Suisse est au-dessus de la moyenne mondiale. Elle est liée à la consommation d'énergie, aux combustibles fossiles, générateurs d'émissions de gaz à effet de serre. Mais elle est aussi due à notre mode de consommation et de production. La biocapacité de la Suisse, c'est-à-dire notre capacité à régénérer les ressources et à absorber les déchets, est limitée. Le territoire est petit, le relief est accidenté. Alors, nous importons une grande partie de nos [PAGE 1011] ressources naturelles, aliments, énergies, matières premières, ce qui contribue à notre déficit écologique. Même si des améliorations ont déjà été réalisées, nous pouvons faire mieux. Car, devons-nous le rappeler, quand il n'y a plus, il n'y a plus. Quand il n'y a plus, il n'y a plus. Une gestion durable des ressources naturelles est essentielle et il y a plusieurs raisons cruciales à cela. Cela touche à l'environnement et au climat, mais aussi à l'économie et à notre société.

Au niveau environnemental, une gestion durable aide à préserver les habitats naturels et les espèces, évitant ainsi l'extinction et la perte de biodiversité. Une gestion durable assure le maintien de nos écosystèmes et des sols fertiles pour la purification de l'eau, la régulation du climat et la pollinisation des cultures. Au niveau économique, une gestion durable maintient nos forêts et nos pêcheries à des niveaux où elles peuvent se régénérer, assurant ainsi leur disponibilité à long terme. Une gestion durable ouvre la réflexion sur l'utilisation du pétrole, ressource non renouvelable, par exemple, afin de prolonger sa disponibilité et de réduire notre dépendance.

Au niveau social, voulons-nous d'un pays où il faudrait se battre pour avoir accès à l'eau potable ou à la nourriture? Voulons-nous d'un pays où la qualité de l'air mettrait en danger la santé des habitantes et des habitants? Nous ne voulons pas de cela pour notre pays, et fort heureusement, ce n'est pas le cas.

Il s'agit aujourd'hui de poursuivre nos efforts pour maintenir la qualité de vie, le sentiment de sécurité et de stabilité en Suisse, ce qui passe par la gestion durable et équitable de nos ressources, mais aussi de celles que nous touchons à l'étranger. Vous l'avez compris, la gestion durable est[NB]une[NB]question[NB]de[NB]justice que nous devons aux générations futures.

Malgré cet état de fait, le Conseil fédéral n'a pas voulu recommander d'accepter l'initiative pour la responsabilité environnementale des Jeunes Verts suisses. Cette initiative vise pourtant à intégrer dans la Constitution le principe selon lequel l'économie doit respecter les limites écologiques et à établir des mesures pour que la Suisse atteigne cet objectif de durabilité dans un délai de dix ans, avec une attention particulière aux principaux domaines environnementaux. Pire, le Conseil fédéral se gargarise des avancées réalisées dans le domaine de l'environnement. Les arguments du Conseil fédéral sont toujours les mêmes.

Parlons un peu du délai de 10 ans mentionné dans le texte de l'initiative. Etre dans l'attentisme ne peut que nous conduire à la catastrophe. C'est en agissant rapidement que nous pourrons réellement faire face aux enjeux de durabilité incontournables pour notre pays. Et pourquoi ne pas avoir proposé un contre-projet donnant un délai plus long? C'est un fait, nous devrons réguler et inciter à de nouvelles habitudes de consommation. Attendre nous obligera à prendre des mesures coercitives lourdes de conséquences pour la population et la confiance qui nous est accordée. Il reviendrait aussi au Conseil fédéral et à la majorité du Parlement de s'engager pleinement pour une reconversion écosociale de l'économie. Or, à ce jour, rien n'est mis en oeuvre en la matière. Ce serait pourtant le seul moyen d'éviter aux salariés de payer le prix fort de ces évolutions.

Accordons donc des moyens à la formation et à la formation continue dans les secteurs touchés et pour toutes les populations. Les inégalités sociales existent déjà dans ce domaine, et attendre ne fera que les faire augmenter. C'est toujours le même refrain chanté en sourdine: il s'agit de ne pas mettre en péril la liberté économique. Pourtant, on le sait très bien, si nous fixons des objectifs ambitieux en matière de gestion durable des ressources, ce sera aussi une opportunité pour l'économie de devenir écosociale.

La Suisse manque cruellement d'une politique industrielle. Je ne parle pas d'une politique industrielle du siècle passé, mais bien d'une politique industrielle progressiste qui intègre des objectifs dans les domaines de la protection de l'environnement et de la gestion durable des ressources et des garanties de conditions de travail dignes. Alors entendez-le: il y a urgence d'agir, et si nous n'agissons pas rapidement, les conséquences seront d'autant plus dévastatrices pour l'environnement, mais aussi pour notre société et pour l'économie.

Il est donc nécessaire de recommander d'accepter cette initiative.