Schmied Walter · Nationalrat · 2003-06-05
Schmied Walter · Nationalrat · Bern · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2003-06-05
Wortprotokoll
Zu meinem Kollegen Decurtins: Wenn der Saal leer ist, dann hört man mindestens sein eigenes Selbstgespräch.
Monsieur le Président de la Confédération, dans le cadre du débat portant sur le rapport de gestion du Conseil fédéral, j'ai choisi de consacrer mon temps de parole à votre ancien département. Il est vrai que vous assumiez - tout comme M. Deiss, conseiller fédéral, aujourd'hui - une lourde responsabilité à la tête de l'économie publique d'un pays de 7 millions d'habitants, situé au centre d'un continent, marginalisé par une topographie des plus accidentées et situé à l'écart des grands débouchés maritimes qui font la part belle à tous les gouvernements d'Etats qui ont un titulaire du portefeuille de la marine.
Si la Suisse a connu jadis la prospérité, et si elle soutient encore juste les comparaisons internationales, le phénomène est dû essentiellement à la volonté de plusieurs générations successives. Elles avaient compris que leur chance de réussir résidait dans l'art de faire mieux que les pays voisins; elles ont su relever le défi qui devait les conduire finalement à un nombre impressionnant d'idées brevetées, à une formation de pointe, à une prise en charge efficace des problèmes en tous genres, à une gestion prévoyante et responsable des biens et des fonds publics, à une politique du travail et à une sécurité sociale exemplaires. L'énumération n'est pas exhaustive, loin s'en faut.
Chaque pays, avec plus ou moins de réussite, aspire donc à la prospérité; mais celle-ci passe obligatoirement par une économie forte, et la Suisse ne fait pas exception à la règle. En ce début du XXIe siècle, le défi consiste toujours et encore à concilier les extrêmes, à connaître les intérêts particuliers à court terme d'une part, et les visions à long terme d'autre part.
Après avoir eu l'occasion d'évoquer déjà les questions d'ordre crucial telles que les conditions-cadres nécessaires au maintien des petites et moyennes entreprises, j'aborderai aujourd'hui délibérément les questions d'aménagement du paysage et de la politique de ravitaillement de la population suisse, vues sous l'angle de l'alimentation et de la survie de l'agriculture et de sa mission complémentaire concernant l'entretien du paysage, cette dernière étant le support par excellence d'un secteur vital d'exportation comme le tourisme.
A l'heure de clamer haut et fort la nécessité de préserver l'indépendance du pays dans les secteurs les plus divers comme "Armée XXI", la politique énergétique - que l'on se souvienne du débat sur la loi sur le marché de l'électricité -, la politique des transports - tentative de sauvegarde de la compagnie d'aviation suisse -, la politique de protection civile, et j'en passe, il y a lieu d'évoquer la nécessité impérative d'être en mesure de garantir en tout temps l'alimentation de la population résidant en Suisse. Le souci qui est le mien, et implicitement celui du groupe de l'Union démocratique du centre, peut paraître bien étrange en ces temps modernes où le terme de surproduction en biens alimentaires influence par trop les chroniques.
Mais ne nous méprenons pas: l'agriculture implique une approche différenciée par rapport aux secteurs traditionnels de [PAGE 870] l'économie. Elle réagit à d'autres critères dont il y a lieu de bien tenir compte dès l'instant qu'on attend d'elle qu'elle remplisse les exigences du jeu de la multifonctionnalité. La Suisse peut bien évidemment tenir compte des possibilités d'importer à vil prix les denrées alimentaires acquises sur le marché international. Mais, ce faisant, nous exposons progressivement le pays à de nouveaux risques dont il faudra de plus en plus tenir compte à l'avenir. Et ces risques sont de divers ordres. La population suisse est tributaire de deux grands distributeurs qui se partagent actuellement 80 pour cent du marché de l'alimentation après le rachat de Waro par l'un d'eux. Monsieur le Président de la Confédération, ne pensez-vous pas qu'au vu d'une telle concentration qui n'a pas d'égal en comparaison internationale, le principe de la libre concurrence vient de céder le pas à la pratique du monopole de l'alimentation, échappant ainsi à votre contrôle et à celui des consommateurs?
Mais il y a plus grave encore. La Suisse se situe aujourd'hui déjà au onzième rang mondial en matière d'importation de produits alimentaires, comme vient de le confirmer hier encore M. Deiss, conseiller fédéral, lors d'une discussion ouverte. Cette situation de dépendance vis-à-vis de l'étranger, proche ou lointain, doit commencer à nous inquiéter, dès lors que la Suisse n'a aujourd'hui qu'un très faible taux d'autoapprovisionnement - à peine 65 pour cent.
Pour le groupe de l'Union démocratique du centre, il est donc exclu de céder aux exigences des pays exportateurs de produits alimentaires excédentaires dans le cadre du nouveau round de négociation à l'OMC. Nous désirons une politique agricole responsable, respectueuse des intérêts de la Suisse et de ceux de sa population. Cet enjeu doit être préservé aujourd'hui et dans le futur. Les exigences qu'impose la "PA 2007" aux structures de l'agriculture suisse ne sauraient être en aucun cas surpassées dans le cadre du débat portant sur l'élargissement de l'UE aux pays de l'Est - l'Union des 25 -, et, j'insiste sur ce point, encore moins dans le cadre du débat qui se tient actuellement au sein de l'OMC.
En conclusion, je vous saurais gré, Monsieur le Président de la Confédération, d'intégrer ces réflexions dans votre programme d'action et je vous en remercie par avance.