Hurni Baptiste · Ständerat · 2024-09-25
Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-09-25
Wortprotokoll
J'ai bien entendu votre appel, Madame la présidente, et je serai le plus bref possible, mais permettez-moi quand même de vous dire brièvement que cette interpellation est en quelque sorte un cri du coeur ou un coup de gueule - c'est selon - contre l'anglais tout puissant qui commence à s'installer aussi dans notre pays. Que la nouvelle image unique de Suisse Tourisme à l'étranger - et le Conseil fédéral d'ailleurs dans sa réponse se réjouit qu'il y ait une image unique de la Suisse - soit uniquement en anglais, avec le mot "Switzerland", cela me paraît totalement aberrant. Et je dois vous avouer, Monsieur le conseiller fédéral, que le fait que ce soit vous - je sais bien que vous n'êtes que le porteur de la réponse du Conseil fédéral - qui venez de la même minorité linguistique que moi, qui m'expliquez que c'est une très bonne nouvelle que la promotion de la Suisse se fasse uniquement en anglais, eh bien cela m'attriste beaucoup.
Alors, j'assume le fait qu'il s'agit peut-être d'un combat d'arrière-garde, tant l'anglais semble aujourd'hui à la page, mais j'aimerais tout de même rappeler deux ou trois choses. Les pays qui nous entourent et qui font aussi de la promotion touristique - et si on pense à la France, à l'Allemagne ou à l'Italie, on ne peut pas dire que ce sont des poids plumes en matière touristique - n'ont pas abandonné leur langue dans la promotion de leur image touristique, puisque tous ces pays, que ce soit dans leur logo ou dans leur appellation, utilisent évidemment leur langue. Alors oui, en Suisse, nous avons quatre langues nationales, mais le fait d'avoir quatre langues nationales ne doit pas impliquer, à mon sens, la solution de facilité, qui consiste à ne pas choisir entre elles et, finalement, à tout faire en anglais.
J'aimerais également vous dire, Monsieur le conseiller fédéral, que je n'ai absolument rien contre la langue anglaise, puisque j'ai fait une longue partie de mes études à Londres. Je suis aussi conscient que le Conseil fédéral n'est pas Suisse Tourisme, et que vous ne pouvez pas décider de ces choses, mais ce qui m'inquiète plutôt dans cette histoire, c'est votre réponse: vous dites qu'il n'y a aucun problème et que cette image publique unique en anglais est positive.
J'aimerais aussi dire que cela devient une habitude, en Suisse, que ce soit le fait de l'Etat ou que ce soit le fait des privés, que lorsqu'on a une grande entreprise, pour simplifier les choses, on la nomme en anglais. On peut évidemment penser à Swiss, notre compagnie aérienne, ou à Swisscom, pour ne citer que deux exemples. Cela m'inquiète, parce que ce que je vois venir, c'est bientôt ne plus avoir la Poste, mais "Swiss Postal Service", ou ne plus avoir les CFF, mais la "Swiss Train Company".
Vous m'aurez compris, j'ai bien compris que le Conseil fédéral ne pouvait pas imposer une autre image publique, mais, à ce stade, disons pour faire simple que j'apprécierais vraiment que le Conseil fédéral soit sensible à cette ode, à cet amour pour notre diversité et nos quatre langues nationales et, qu'à chaque fois que c'est possible, nous les mettions en avant. Je pense que c'est un outil pour la promotion touristique ailleurs qu'en Suisse que de valoriser ces différences culturelles et ces différences linguistiques qui font la force de notre pays, et non pas sa faiblesse.
Voilà, Madame la présidente, j'ai fait aussi vite que faire se pouvait, et j'ai terminé.