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Dandrès Christian · Nationalrat · 2025-03-05

Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-03-05

Wortprotokoll

Je salue l'action politique de la Jeunesse socialiste qui, une fois de plus avec cette initiative, questionne et dénonce les grands processus économiques et sociétaux qui marquent profondément cette période. Les initiatives de la Jeunesse socialiste posent à chaque fois la question sociale. En Suisse, ils sont assez rares à le faire. C'est pour cela que je pense que c'est un débat fondamental. La logique d'accaparement des richesses en Suisse par une poignée de personnes est dénoncée. Cette initiative fait écho aux autres initiatives déposées précédemment: l'initiative "1:12 - Pour des salaires équitables", qui concernait les salaires, et l'initiative 99 pour cent.

Aujourd'hui, cette initiative pose une question très politique, parce que derrière les inégalités qui prennent aujourd'hui des proportions absolument terrifiantes, les questions fondamentales posées sont celles de la dignité humaine, de la démocratie, de la cohésion sociale et de la cohésion nationale. Ce sont des éléments de base de la démocratie. Même les radicaux, qui ont fondé l'Etat fédéral, avaient saisi cet enjeu. Pour citer un radical issu de mon canton, James Fazy, sa doctrine était: "liberté humaine et justice sociale", avec ces deux éléments côte à côte. On est assez loin de ce qui est en train de se passer dans la période que nous vivons. On ne peut pas construire un pays sans un projet commun minimal. On ne peut pas avoir de projet commun minimal si, d'un côté, la majorité de la population se paupérise et n'a pas de perspective d'amélioration de ses conditions de vie pour elle-même ou pour la génération future. Quelle unité également si, de l'autre côté, parce qu'il y a une polarité de l'échelle sociale, une minorité de personnes accapare l'essentiel[NB]de[NB]la[NB]richesse[NB]produite, les fonctions de pouvoir, les meilleures places et refuse des éléments de redistribution minimale?

Je crois qu'on doit rappeler que la génération de nos enfants sera la première pour laquelle on consacrera moins d'efforts que pour la génération précédente. Ce qui caractérise cette période, c'est la gigantesque concentration des richesses et du pouvoir qui va avec, dans les mains d'une poignée de ploutocrates. Derrière, on a un modèle [PAGE 111] économique. Ce modèle économique n'est pas la libre concurrence du XIXe siècle: ce sont les mécanismes de monopole. C'est effectivement cela qui permet à ces fortunes de répercuter systématiquement à la fois l'augmentation de leurs bénéfices et de leurs marges de profit à chaque étape du processus d'élaboration de la valeur et enfin de pouvoir facturer cela au consommateur final, qu'il soit une entreprise ou une personne physique.

L'autre, c'est le versement des dividendes de manière extraordinaire. Un article a été publié récemment en lien avec les études d'Henderson, qui sont les études sur les dividendes versés dans le monde. On a eu, entre 2023 et 2024, une hausse des dividendes de 6,6 pour cent. Aujourd'hui, ce sont 1750 milliards de francs qui sont versés sous forme de dividendes. Ce n'est pas le capital fictif, dont parlait M.[NB]Bühler tout à l'heure, lié à la politique expansionniste de la Banque centrale européenne ou d'autres banques centrales ou de la Réserve fédérale américaine. Ce sont des dividendes qui sont sortis, c'est de l'argent qui est ponctionné sur la richesse qui a été effectivement produite.

Cette initiative touche, à mon avis, quelque chose d'intéressant, parce qu'elle a une approche également sociologique et qu'elle s'oppose au renforcement de véritables dynasties de possédants. Je ne sais pas si cela a été dit ici, mais on doit le rappeler: on ne devient pas riche dans ce pays, on naît riche, parce que les inégalités sociales, c'est un système. Les grandes fortunes - cela a été dit abondamment - s'héritent, tout comme d'ailleurs une certaine forme de précarité, qui ne découle jamais ou très rarement de comportements individuels. Il y a une vraie polarisation sociale. On doit rappeler aussi que l'ascension sociale, en particulier en Suisse, lorsqu'elle existe, se fait la plupart du temps sur des trajets courts. Ce sont des choses assez limitées. En plus, cette ascension sociale tend à s'estomper, parce qu'aujourd'hui, vous pouvez aller à l'université, avoir un diplôme universitaire, ce n'est pas une garantie d'ascension sociale.

J'ajoute quelques mots encore, si vous me permettez. Pour ces ploutocrates, comme pour Marie-Antoinette et Louis XVI dans l'Ancien Régime, le problème c'est le transfert de génération - on a beaucoup discuté ici, notamment, des fondations de familles - et la question des successions. C'est bien de cibler les successions en rappelant aussi qu'on ne va pas détruire la substance d'une entreprise. L'entreprise continuera d'exister. Il n'y aura pas forcément plus de ponctions que ce qui est déjà le cas aujourd'hui sous forme de dividendes.

C'est donc une bonne initiative. Elle pose bien les problèmes, mais elle les aborde uniquement sous un angle - et c'est un aspect critique - de redistribution. On va prendre un peu plus aux propriétaires de Chanel, et on va le donner, via le travail qui est fait pour l'assainissement des immeubles, par exemple, à d'autres entreprises qui vont effectivement effectuer ce travail. On est donc vraiment face à une approche de redistribution. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais je m'arrête là. Je crois qu'avec ce dernier point, on touche quelque chose d'important.