Poggia Mauro · Ständerat · 2025-03-18
Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-03-18
Wortprotokoll
Le sujet que nous abordons aujourd'hui, à travers les différents textes qui nous sont soumis, va certainement au-delà de l'application de l'article 1 des Conventions de Genève, qui oblige les Etats signataires à ne pas soutenir une partie qui viole le droit. Qu'y a-t-il de plus contraire au droit que de générer intentionnellement une crise humanitaire en affamant une population, en la privant de soins et d'abri pour la pousser à la fuite? Non, chers et chers collègues, au-delà du droit international, il en va de notre identité helvétique, forgeron du droit humanitaire. En cela, c'est vrai que cette décision est symbolique, car l'UNRWA ne va pas disparaître selon la décision qui sera prise aujourd'hui.
Où est donc passé l'esprit d'Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge, bouleversé par le spectacle des blessés restés sans soins sur le champ de bataille de Solferino? Nos concitoyennes et nos concitoyens ne comprennent pas, et ils ont raison. Le but de l'UNRWA est de répondre, on l'a dit, aux besoins essentiels des réfugiés palestiniens en matière de santé, d'éducation, d'aide humanitaire et de services sociaux. Les réfugiés palestiniens sont ainsi les seuls réfugiés au monde à ne pas dépendre du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, qui serait bien incapable de s'en occuper.
On l'a rappelé: l'UNRWA a été créée à la suite de la première guerre israélo-arabe de 1948 par la résolution 302 de l'Assemblée générale des Nations Unies du 8 décembre 1949. Le mandat de cet organisme, qui devait être temporaire - on l'a rappelé aussi -, a été constamment renouvelé par l'Assemblée générale des Nations Unies. En quelque sorte, l'UNRWA incarne la culpabilité internationale et son incapacité à régler politiquement et diplomatiquement un problème dans la région. En 1967, au lendemain de la guerre des Six Jours, Israël lui-même a signé un mandat avec l'UNRWA pour s'occuper des Palestiniens sur les territoires occupés, ne pouvant évidemment les prendre en charge lui-même.
L'UNRWA dispense aujourd'hui ses services dans 59 camps. Elle est de loin la plus grande agence des Nations Unies, avec un personnel de plus de 30[NB]000 personnes, dont 99 pour cent sont des réfugiés palestiniens eux-mêmes, recrutés localement et oeuvrant comme enseignants, médecins ou travailleurs sociaux. Comment peut-on imaginer que ces réfugiés eux-mêmes ne soient pas directement concernés et impliqués par la souffrance d'un peuple dont ils font partie? A moins de sombrer dans une réalité alternative, l'UNRWA est seule - on l'a dit et on l'a répété - à pouvoir faire ce travail. Le CICR l'a confirmé. Sans l'UNRWA, pas d'aide humanitaire, sans aide humanitaire, pas d'avenir, sinon la construction d'une vengeance dont les réseaux terroristes sauront tirer profit un jour.
Ce n'est pas pour rien d'ailleurs que la volonté d'interdire cette agence à Gaza appuie le discours d'un déplacement de la population palestinienne hors de ce territoire. L'UNRWA incarne le droit au retour des réfugiés palestiniens avec l'aval du droit international, c'est pour cela que certains considèrent que l'UNRWA doit être démantelée. Plus d'UNRWA, plus de droit au retour, plus de droit au retour, plus de solution à deux Etats.
C'est vrai, on l'a rappelé: notre chef du département lui-même, en 2018, disait, à mon avis maladroitement, que l'UNRWA faisait davantage partie du problème que de la solution. On le voit bien, il y a une ambivalence dans notre discours officiel.
Sous quel prétexte vient-on essayer de nous convaincre de supprimer l'aide à l'UNRWA? Une douzaine de collaborateurs, sur 30[NB]000, je le répète, auraient soutenu l'ignoble et criminelle attaque du 7 octobre 2023. Et sous quelle forme? Le gouvernement israélien refuse toute explication et refuse de remettre les preuves. Le pire des criminels, devant un procureur qui refuserait de présenter ses charges, serait acquitté. Ici, c'est tout le contraire: plus l'accusation est vague et plus la culpabilité est établie.
Ce qui est le plus incompréhensible dans ce Parlement, c'est le fait que cet alignement sur une propagande dont on connaît l'origine soit soutenu par certains pour qui notre souveraineté, notre indépendance et notre neutralité sont les mères de toutes les batailles. Comment justifier que la Suisse, neutre et dépositaire des Conventions de Genève, qui sont censées protéger notamment les civils lors des conflits, soit seule aux côtés des Etats-Unis à soutenir, par une décision juridiquement et moralement injustifiable, la condamnation au dénuement et à la disparition d'une population déjà exterminée par des bombardements à large échelle, qui ont d'ailleurs repris de plus belle aujourd'hui?
Aujourd'hui, l'histoire regarde la Suisse - certes au niveau des symboles, mais l'histoire est aussi composée de symboles. C'est notre identité et notre crédibilité internationale qui se jouent. Choisissons le bon côté de l'histoire, il est encore temps.
Je vous demande de suivre la minorité et le Conseil fédéral, et de rejeter cette motion.