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Chappuis Isabelle · Nationalrat · 2025-06-05

Chappuis Isabelle · Nationalrat · Waadt · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-06-05

Wortprotokoll

Il y a quelques années, un virus a mis notre société à l'arrêt. Depuis, la biologie est entrée dans une nouvelle ère, celle de la programmation du vivant, où l'intelligence artificielle permet de concevoir des agents pathogènes, par exemple de nouveaux virus, avec une rapidité et une précision inouïes. Aujourd'hui, la menace biologique n'est pas seulement naturelle, elle peut être délibérée, ciblée. Elle peut être invisible et elle s'intègre dans des stratégies de guerre hybride mêlant cyber, désinformation et attaques biologiques.

La biologie de synthèse, cette discipline qui permet de concevoir et fabriquer des organismes vivants à partir de plans génétiques d'ADN, est désormais considérée comme une menace stratégique. Les briques d'ADN sont disponibles en ligne, leurs usages sont difficilement traçables et leurs impacts potentiels sont massifs et absolument effrayants. Les technologies qui, hier, exigeaient des moyens étatiques sont aujourd'hui à la portée des laboratoires privés.

Pourquoi proposer ce postulat aujourd'hui ? Parce que les barrières techniques pour produire des agents biologiques dangereux diminuent. Parce que l'IA, l'intelligence artificielle, permet de simuler, d'optimiser et de rendre ces manipulations beaucoup plus rapides. Et parce que les doctrines militaires évoluent : les attaques biologiques pourraient être intégrées dans des conflits hybrides ou être utilisées par des acteurs non étatiques.

Mais la Suisse n'est pas sans moyens. Elle dispose de bases solides pour devenir un modèle de protection biologique : le laboratoire de Spiez, qui fête ses 100 ans cette année et qui fait partie des institutions les plus reconnues dans le monde pour la détection et l'analyse des agents NRBC - nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques - ; le centre de compétences NRBC de l'armée, qui renforce la doctrine de défense dans ce domaine ; la stratégie NRBC qui a été adoptée en 2019 et qui doit maintenant entrer dans une phase opérationnelle renforcée ; nos écoles polytechniques fédérales et leurs excellentes recherches ; des entreprises innovantes qui développent des capteurs pour agents pathogènes et des systèmes de détection précoces.

Malgré ces bases solides, et même si le Conseil fédéral recommande le rejet du postulat en invoquant l'existence de conférences et de plans, la réalité montre de réelles lacunes. La fameuse stratégie NRBC de 2019 n'a pas encore permis la mise en oeuvre d'un système national de détection biologique. La surveillance des eaux usées est encore très limitée. Seuls trois virus sont aujourd'hui suivis, sans cadre légal ni financement pérenne.

Aucun monitoring sanitaire n'est en place dans les aéroports. En cas d'attaque biologique, les collaborations entre services d'urgence ne sont pas encore à la hauteur du défi, comme l'a souligné le Center for security studies de l'EPFZ. Pendant que nous hésitons, d'autres pays avancent : les États-Unis, la Chine, l'Union européenne, le Royaume-Uni ou encore la Norvège ont déjà élevé la biosécurité au rang de priorité stratégique. Une task-force internationale sur le bioterrorisme recommande d'ailleurs aux gouvernements de renforcer sans délai leurs capacités de détection rapide face aux menaces biologiques. Et nous ? Nous avons l'expertise, nous avons la confiance internationale, nous avons des institutions [PAGE 873] reconnues, mais il nous manque encore une capacité coordonnée d'anticipation et de détection précoce.

Ce postulat, accepté par votre commission par 17 voix contre 0 et 7 abstentions, demande de l'action. Il propose de réaliser une analyse des capacités nationales d'anticipation et de détection précoce. Il vise à renforcer notre souveraineté biologique en coordonnant les efforts fédéraux et cantonaux. Ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité ! La population suisse attend que nous puissions détecter à temps les risques et pas seulement les subir. Ce que nous proposons est un système d'alerte biologique, connecté, agile, réactif : un filet de sécurité pour demain.

Je vous invite à soutenir ce postulat, car se préparer est difficile, mais ne pas être prêt serait une erreur stratégique.