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Porchet Léonore · Nationalrat · 2025-06-11

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-06-11

Wortprotokoll

Quel est le prix d'une information indépendante, de qualité, plurilingue et objective ? Sans doute bien plus cher que les 335 francs que nous payons aujourd'hui. Pourtant, c'est ce que cette initiative et son contre-projet veulent remettre en cause. En divisant de moitié le financement de la SSR, c'est bien un affaiblissement brutal du service public que nous aurons à assumer, un affaiblissement dont les effets ne se limiteront pas à quelques économies budgétaires. Cet affaiblissement touchera au coeur de notre démocratie, de notre diversité culturelle et de notre cohésion nationale. Dans un monde saturé de désinformation, l'information sourcée, vérifiée et plurilingue est un trésor, un joyau que la Suisse a su préserver jusqu'à présent et que nous serions bien malavisés de sacrifier, d'autant plus que la confiance du public envers la SSR est remarquable : 73 pour cent de taux de confiance et 83 pour cent de la population qui utilise ses offres chaque semaine. Cela signifie que soutenir la SSR n'est pas un luxe, mais une nécessité démocratique.

J'aimerais annoncer mes intérêts. Je codirige le festival BDFIL, le plus grand festival de bande dessinée de Suisse. À ce titre, nous collaborons chaque année avec la RTS pour mettre en avant la production suisse de bande dessinée. C'est aussi à ce titre que je voudrais insister aujourd'hui sur un aspect essentiel du débat[NB]: le rôle irremplaçable de la SSR pour la culture suisse et, donc, pour notre pays tout entier. Parce que, oui, la culture n'est pas une décoration, ce n'est pas "nice to have"[NB]; la culture, c'est un pilier de notre identité collective et la SSR est l'un de ses plus puissants relais. [PAGE 947] Quelques chiffres suffisent à en mesurer l'ampleur[NB]: 266 millions de francs investis en 2023 dans les programmes culturels, sociétaux et de formation, 187 films, séries et documentaires suisses soutenus dans le cadre du Pacte de l'audiovisuel, des émissions en direct depuis des événements culturels spécifiques de nos régions. Je prends l'exemple du Carnaval de Monthey, de la Fête cantonale des fédérations vaudoises de jeunesse campagnarde à Givrins et de presque tous les festivals de musique et de littérature, dont BDFIL.

Ce n'est pas un hasard si la culture suisse est visible, dynamique, plurielle. C'est le fruit d'un engagement public fort. Sans la SSR et l'irrigation qu'elle apporte aux médias locaux, qui portera la diversité des voix suisses[NB]? Qui portera à notre connaissance ce que nous créons, ce qui est à notre disposition pour rêver, découvrir, réfléchir[NB]? Qui donnera à entendre les dialectes, à voir les documentaires régionaux, à soutenir la création musicale, littéraire, cinématographique suisse[NB]? Ce que cette initiative appelle des économies, c'est en fait un recul massif de la production culturelle indépendante et pluraliste. Et, surtout, ce sont les régions périphériques, les minorités linguistiques et les jeunes talents qui en payeront le prix fort. Aucun autre média national ne propose une offre en quatre langues, produite dans chacune de nos régions culturelles. Ce plurilinguisme, cette égalité d'accès à un coût estimé à 40 pour cent du budget de la SSR. Mais c'est le prix de l'équité, de la cohésion et de la démocratie vivante. La philosophe Hannah Arendt, connue pour son travail sur le totalitarisme, nous rappelait que la liberté d'opinion est une farce si l'information sur les faits n'est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l'objet de débats. Alors, comment prétendre nourrir un débat démocratique éclairé dans le pays berceau de la démocratie directe en coupant les moyens de celles et ceux qui rendent les faits accessibles, en disant que cet outil précieux de la démocratie ne vaut rien ou presque rien, que la pluralité de langues, d'opinions et de visions de notre pays ne vaut rien ou presque rien[NB]?

Chères et chers collègues, ce que nous défendons ici, ce n'est pas un modèle passéiste ou coûteux, c'est la capacité, pour chaque Suisse, pour chaque Suissesse, où qu'il ou qu'elle vive, de s'informer, de comprendre, de créer, de participer. C'est le choix d'une culture vivante, exigeante, accessible à toutes et à tous. C'est le refus d'un appauvrissement démocratique, social et culturel.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à rejeter avec conviction l'initiative populaire "200 francs, ça suffit ! (initiative SSR)" et son contre-projet.