Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2025-06-11
Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-06-11
Wortprotokoll
En 2023, j'ai le souvenir de m'être retrouvé un soir dans une salle de cinéma dans la campagne vaudoise pour la projection d'un film sur les jeunesses campagnardes. Un film magnifique, dont je vous recommande le visionnement d'ailleurs, qui s'intitulait "Jeunesses !" et qui a été filmé en plusieurs épisodes, en format documentaire. Lors de la présentation du film, les producteurs et les réalisateurs ont dit qu'ils remerciaient la redevance, parce que c'était aussi grâce à la redevance que ce genre de production cinématographique pouvait être effectué dans notre pays.
Je vous raconte cette anecdote, parce que, au fond, quand on y réfléchit deux secondes, on arrive assez rapidement à la conclusion que la redevance et le travail fourni par les médias de service public dans notre pays sont aussi et surtout ce qui contribue au miracle helvétique. Le miracle helvétique est cette espèce de recette magique que nous envient beaucoup de pays voisins, ce fonctionnement en démocratie avec des cultures, des langues extraordinairement différentes ; c'est un pays serein, paisible - on peut le voir en comparaison internationale -, avec un degré élevé de confiance envers les institutions, quelque chose que l'on retrouve très peu,[NB]voire[NB]pas[NB]du[NB]tout, dans les pays voisins. Tout ceci tient du miracle, en quelque sorte, mais se fonde sur toute une série de piliers fondamentaux, dont les médias de service public en sont un.
La question que l'on se pose aujourd'hui, c'est[NB]: pourquoi veut-on affaiblir les médias de service public[NB]? J'avoue très humblement que j'ai beaucoup réfléchi à cette question et que je n'ai toujours pas les réponses à cette question, mais je ne peux pas m'empêcher de dire qu'il y a un certain nombre de constantes dans les attaques formées contre les médias de service public. On l'a vu avec Silvio Berlusconi, à l'époque, en Italie[NB]; on l'a vu avec Viktor Orbán en Hongrie[NB]; on le voit avec Donald Trump. C'est systématiquement ce type de gouvernement autoritaire qui fait des attaques contre les médias l'un de ses chevaux de bataille. Derrière cela, il y a des raisons évidentes et assez graves qu'il convient de dénoncer avec la dernière énergie, celle que nous allons mettre d'ailleurs, aussi, dans la campagne référendaire. On s'en prend aux médias, parce que les médias représentent le contre-pouvoir par excellence. Ils représentent le lieu, par excellence, où l'on critique les décisions prises de façon hâtive, les décisions unilatérales ou, justement, les décisions des gouvernements autoritaires. Les médias représentent le lieu où l'on exerce le contre-pouvoir pour protéger la diversité, pour éviter la pensée unique et pour éviter la démagogie. C'est le rempart contre la démagogie et contre toutes les tentatives pour affaiblir la démocratie. Quand on voit, au fil de l'histoire, à quel point ces gouvernements autoritaires s'en sont pris aux médias de service public, nous sommes obligés de reconnaître que l'attaque portée aujourd'hui en Suisse contre la SSR procède d'une même logique. Il faut la combattre avec la dernière énergie, parce qu'il en va de notre démocratie et de notre vivre ensemble. Si ce miracle helvétique est possible, si tout ceci tient ensemble malgré nos différences, malgré nos divergences, malgré les langues différentes, c'est notamment grâce aux médias de service public.
Encore deux mots pour répondre à deux choses dites dans ce débat qui me paraissent totalement absurdes et sur lesquelles j'avais envie de revenir. La première chose qui a été dite lors du début du débat, c'est que, oui, certains médias privés font preuve de davantage de neutralité que la SSR qui, elle, serait partiale et servirait uniquement les théories de certains partis politiques ou de certains cercles. Rien n'est plus faux que ceci. Rien de ceci n'est vrai. Qui parmi les médias privés - sur lesquels je ne veux évidemment pas porter de critique, j'ai aussi beaucoup de respect pour leur travail, il faut porter tous les médias ensemble - dispose de voies de droit vers une instance des plaintes neutres qui peut traiter des plaintes lorsqu'il y a un désaccord sur le contenu, lorsqu'il y a un soupçon ou un reproche d'impartialité ? Cela n'existe pas. C'est une spécificité des médias de service public de la SSR, qui est une instance qui fonctionne bien, qui reçoit toute une série de plaintes chaque année, qui en traite beaucoup, qui en admet certaines et en rejette d'autres ; c'est bien ainsi.
Le deuxième point sur lequel je voulais revenir, c'est qu'on a beaucoup critiqué que la redevance était prélevée sur la tête des entreprises. Évidemment, une entreprise ne peut pas être elle-même devant son écran pour regarder la télévision le samedi soir, mais une entreprise a aussi un intérêt à ce que son communiqué sur sa dernière invention, sur ses dernières modifications au sein de sa structure, soit repris, diffusé, commenté et critiqué par les médias de service public.
C'est donc dans l'intérêt du pays et aussi des entreprises qu'il faut rejeter cette initiative. C'est ce que je vous invite à faire.