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Crottaz Brigitte · Nationalrat · 2025-06-11

Crottaz Brigitte · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-11

Wortprotokoll

À première vue, qui serait contre une baisse de facture, moins de charges et donc plus de pouvoir d'achat ? Voilà le refrain simpliste des initiants de l'initiative "200 francs, ça suffit !". Toutefois, derrière ce slogan vendeur, cette initiative a un projet plus inquiétant, celui d'un affaiblissement méthodique de notre service public audiovisuel, avec une atteinte directe à la qualité de l'information, à la diversité culturelle, à la cohésion nationale et à notre démocratie. Il est pour le moins surprenant d'entendre les défenseurs de l'initiative invoquer leur volonté d'augmenter par ce biais le pouvoir d'achat de la population, alors que ce sont les mêmes qui refusent de maîtriser les coûts des loyers ou de plafonner les primes d'assurance-maladie à 10[NB]pour[NB]cent[NB]du[NB]revenu,[NB]mesures qui permettraient réellement d'agir sur le pouvoir d'achat, plutôt que l'économie de 28 francs par mois et par ménage qui serait effectuée grâce à cette initiative.

Cette initiative prétend que 200 francs, ça suffit. Mais non, ça ne suffit pas pour financer un journalisme rigoureux, indépendant et enraciné dans toutes les régions linguistiques du pays ; ça ne suffit pas pour garantir que chaque citoyenne et chaque citoyen ait accès à une offre médiatique de qualité. Diminuer la redevance annuelle de 335 à 200 francs par ménage et supprimer purement et simplement la contribution des entreprises représente une coupe de plus de 400 millions pour la SSR - une saignée budgétaire sans précédent. L'information, mais également les offres culturelles et sportives, seraient particulièrement menacées. On nous assure que la SSR pourrait continuer à remplir un service indispensable à la collectivité. Or, qui définit ce qui est indispensable et pour qui ? Ce flou sémantique est une aubaine pour ceux qui veulent en finir avec la SSR sous sa forme actuelle. L'objectif n'est pas caché : réduire la taille du service public, recentrer ses missions et laisser le champ libre aux acteurs privés. Peu importe que ces derniers soient animés par la recherche du profit ou peu soucieux des minorités linguistiques ou des exigences démocratiques. À nos yeux, ce qui est indispensable pour notre démocratie directe et notre cohésion sociale, c'est un service public médiatique fort avec une mission de pluralité politique servant de contrepoids dans le paysage médiatique. Sa fragilisation accentuerait la désinformation et la polarisation de la société.

Le Conseil fédéral, pourtant sensible aux préoccupations économiques, propose lui-même de rejeter cette initiative. La Commission des transports et des télécommunications du Conseil national propose de même le rejet de cette initiative et souligne, à juste titre, que la redevance actuelle est la condition sine qua non pour garantir une offre quadrilingue, indépendante et pluraliste. Elle rappelle que la SSR n'est pas seulement une prestataire de programmes, mais aussi un acteur essentiel de notre vie démocratique. Une démocratie directe comme la nôtre ne peut survivre sans des outils d'analyse critique, sans un espace d'informations partagées, ce qui est aujourd'hui mis en péril par la désinformation galopante. L'ère numérique a décuplé les canaux de diffusion, mais pas la véracité des contenus. Dans ce contexte de "fake news", d'algorithmes de polarisation ou de manipulation de l'opinion, le rôle d'un service public fort n'est pas un luxe : c'est un garde-fou et un rempart contre les dérives populistes. Ceux qui dénoncent les prétendus biais de la SSR sont souvent les mêmes qui préfèrent ces plateformes opaques. Ils ne veulent pas plus de liberté d'expression, mais moins de contradictions, moins de nuances et moins de réalités.

La Suisse mérite mieux. Elle mérite une SSR capable de couvrir aussi bien les grands enjeux que les affaires locales[NB]; une SSR qui informe, qui relie, qui fait vivre nos langues, nos cultures et notre esprit critique. Affaiblir ce lien, c'est faire le jeu du repli, de l'individualisme et du chacun pour soi. À l'heure où les crises s'enchaînent, où la confiance dans les institutions se fragilise, voire disparaît, couper dans le financement de l'information publique est un non-sens. Loin de renforcer la liberté, l'initiative ouvre la porte à un désert médiatique dans lequel seules les voix les plus bruyantes, les plus riches et les plus radicales sauront se faire entendre. Nous devons résister à cette illusion d'économie, dire non à cette attaque idéologique et réaffirmer haut et fort que l'information de service public est un pilier de notre démocratie[NB]; un pilier que nous ne devons ni fragiliser ni brader.

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