Lexipedia

Roduit Benjamin · Nationalrat · 2025-06-12

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-06-12

Wortprotokoll

L'initiative populaire "200 francs, ça suffit !" traduit un ras-le-bol palpable au sein de la population. Dépassant son rôle de service public pour exercer un contre-pouvoir, la RTS a le don d'entretenir les rancoeurs en traitant des sujets d'actualité avec certaines oeillères, pour ne pas dire des oeillères certaines. Débats aux intervenants douteux, traitement de l'information de manière polarisée et journalistes aux orientations partisanes à peine voilées : les griefs peuvent être nombreux et sont tenaces.

Faut-il pour autant couper la tête de ce service - je le répète - public, en sachant pertinemment que le corps de l'audiovisuel ne tarderait pas à s'effondrer ? Faut-il vraiment condamner, sans tenir compte des répercussions, juste pour l'exemple ? Doit-on faire payer à toute la branche certains choix de la SSR qui ne plaisent pas à tous ? Victor Hugo aurait pu écrire "Les derniers jours de ce condamné", mais j'espère qu'il en sera autrement et que la raison sortira gagnante.

Dans les faits, la redevance passerait de 1,25 milliard à 630 millions de francs par année. Le choix est clair : voulons-nous un service public fort dans le domaine de l'information et du débat d'idées, ou voulons-nous tendre vers des chaînes privées et un débat biaisé et contrôlé par de riches magnats inspirés par Elon Musk ? La commission du Conseil national, en avril de cette année, a estimé que l'offre journalistique de qualité dans nos quatre régions linguistiques dépend du maintien de la redevance à son niveau actuel. Elle ajoute très justement qu'un service public indépendant et complet est nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie directe, mais également à la cohésion sociale en Suisse.

Prenons une nouvelle fois des faits : avec une réduction de moitié du budget, c'est une refonte totale de la SSR qui est demandée et pas la suppression de quelques émissions discutables ou la mise à l'écart de quelques journalistes honnis. Les premières coupes - ce n'est un secret pour personne - interviendraient dans l'offre globale et dans la structure fédéraliste de l'entreprise au profit d'une centralisation ignorant les réalités locales. De multiples entreprises connexes sont concernées par ces aspects et, par conséquent, des milliers d'emplois. Vous avez les chiffres de Cinésuisse : 5600 employés et 750 millions de francs annuels de valeur ajoutée brute créés par la production cinématographique directement[NB]liée[NB]au[NB]travail de la SSR. Pour rappel, en 2023, environ 50 millions ont été investis dans des films et des séries suisses.

Afin de calmer le jeu, le Conseil fédéral a jugé bon de faire un pas dans le sens de l'initiative, avec sa réduction progressive à 300 francs d'ici 2029 et un relèvement de la limite du chiffre d'affaires à 1,2 million pour les entreprises. La SSR touchera ainsi 120 millions de moins par année. C'est déjà pas mal. Il l'a fait par voie d'ordonnance et pas par un contre-projet direct ou indirect. C'est peut-être cette manière de faire qui peut gêner. D'un point de vue démocratique, le Conseil fédéral limite les options du Parlement, en repoussant une discussion pourtant nécessaire sur les contenus et sur la portée du mandat de service public. On sait que la commission du Conseil [PAGE 978] national a essayé par deux fois de proposer un contre-projet, sans succès.

On peut notamment regretter que la redevance des entreprises ne soit pas complètement abolie. Sur le principe, faire contribuer l'économie est très contestable et n'a pas vraiment de sens. De plus, le barème actuel ciblant les entreprises en fonction de leur taille sans tenir compte de leur capacité contributive est contesté par le Tribunal fédéral et devra tôt ou tard être modifié.

Cependant, contentons-nous, sans jubiler, de la solution proposée par le Conseil fédéral, qui est plus pragmatique et susceptible de réunir une majorité. Au final, on refusera cette initiative brutale aux répercussions graves pour tout un secteur et des milliers de familles suisses, mais également, bien sûr, de manière tout aussi ferme, le contre-projet de la gauche, qui souhaite financer la radio et la télévision par le biais d'un fonds indépendant alimenté par la TVA. On ne peut quand même pas baisser le pouvoir d'achat de la population au motif que l'information sacro-sainte de la RTS serait un bien de consommation vital ! Comme souvent, ce qui est acceptable et raisonnable se trouve au centre.