Lexipedia

Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · 2025-06-12

Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2025-06-12

Wortprotokoll

Affaiblir la SSR pour économiser 135 francs, c'est vendre notre cohésion nationale aux grandes chaînes étrangères à prix cassé. Nous avons été près de 80 conseillères et conseillers nationaux à nous exprimer sur cette initiative "200 francs, ça suffit !". C'est la preuve aussi que notre démocratie fonctionne bien, que le débat est important. Je ne vais évidemment pas refaire le débat ici et entrer dans tous les détails - parce que nous l'avons finalement construit ensemble sur presque 8 heures, ces discussions sont importantes -, mais j'aimerais revenir ici sur trois éléments qui m'ont particulièrement frappée dans les interventions de certains et certaines d'entre vous : tout d'abord, la question du pouvoir d'achat ; ensuite, le prix de la redevance ailleurs en Europe ; enfin, notre fameuse démocratie directe.

S'agissant du pouvoir d'achat, on nous dit que les ménages économiseraient 135 francs. C'est l'argument qu'on entend d'ailleurs le plus dans les prises de parole en faveur de cette initiative. Par rapport à ces 135 francs, la question que l'on se pose, c'est de savoir où ils iront ensuite. Si la SSR devait être amputée d'un tiers de ses moyens, il faudrait bien compenser. Ce que la SSR offre aujourd'hui à toutes et à tous gratuitement ou presque devrait demain être acheté ailleurs. Je pense ici à l'accès au sport : combien d'événements gratuits sur les chaînes publiques aujourd'hui ? Combien de compétitions, de matchs, de championnats rendus accessibles à toutes et à tous ? Demain, sans la SSR, ce seront des abonnements à des plateformes privées, à des chaînes cryptées. Je pense naturellement aussi à la culture : aux concerts, aux documentaires, aux films, aux séries suisses qui, sans financement public, ne seront plus produits ; ils ne seront ni achetés ni diffusés.

Et que dire de l'information ? Aujourd'hui, la SSR est un repère d'information fiable, indépendante, plurilingue ; elle garantit à chacun et à chacune d'entre nous, dans toutes les régions du pays, un accès équitable à l'actualité, aux débats, aux enjeux de société. Elle est un pilier de notre démocratie, nous avons été plusieurs à le rappeler ici. Je le dis : si on casse ce pilier pour économiser 135 francs - 135 francs par année, ce sont 35 centimes par jour -, on risque fort d'en dépenser 300, même jusqu'à 500, voire plus, dans d'autres plateformes, privées cette fois-ci, parce que le sport, la culture et les médias de qualité, tout cela deviendra payant. Ce seront toujours les mêmes qui seront exclus, celles et ceux qui n'auront pas les moyens de s'abonner ailleurs.

Le deuxième élément sur lequel j'aimerais revenir est celui de la redevance ailleurs en Europe. Il a été mentionné à plusieurs reprises qu'ailleurs c'était moins cher : en France, en Italie, en Allemagne. C'est là que l'argument devient franchement trompeur. La Suisse n'est pas la France, ni l'Allemagne ou l'Italie. C'est un pays plurilingue, où quatre langues officielles vivent ensemble ; c'est un pays fédéral, décentralisé, multiculturel, et la SSR, c'est ce qui aide à faire tenir tout cela ensemble. Dans chaque région linguistique, la SSR [PAGE 985] produit des contenus adaptés, dans la langue locale, avec une rédaction propre ; c'est un effort colossal et particulièrement précieux pour nous, ici, en Suisse, et il n'a pas d'équivalent en Europe. Vous ne trouverez pas d'équivalent à Paris, à Berlin ou à Rome ; vous ne trouverez pas ceci, parce que c'est une spécificité de notre pays. Parce que nous avons en Suisse fait le choix de la cohésion nationale. En Suisse, nous avons aussi fait le choix de l'équité culturelle et de l'unité dans la diversité. C'est quelque chose qui est propre à la Suisse, et la SSR joue un rôle central sur cette question. Mais cela a naturellement un prix. C'est un prix qui est juste, un prix pour préserver notre identité, pour éviter que la Suisse romande ne se tourne uniquement vers TF1 ou France 2, que le Tessin ne vive qu'au rythme de la RAI ou que la Suisse alémanique ne soit submergée par les chaînes allemandes, sans parler même du romanche, qui serait tout simplement réduit au silence.

J'aimerais encore dire quelques mots sur notre démocratie directe, parce que c'est aussi un élément important ici, et sur le rôle de la SSR en matière d'information dans un pays qui vote si souvent, comme le nôtre. On le sait, on vote en Suisse quatre fois par an ; on élit souvent aussi ; des dizaines de sujets sont mis en discussion ; la population est appelée à se prononcer sur des objets parfois complexes. On sait ici l'importance de vulgariser et de s'exprimer, car ce sont des objets qui peuvent être techniques et sensibles. On a dès lors besoin de la garantie d'une information qui soit neutre, multilingue, avec un accès à tous et à toutes, pour que le débat ait lieu dans toutes les régions de notre pays et dans de bonnes conditions.

À ce titre, la SSR joue un rôle central face aux slogans, on le sait, face aux réseaux sociaux, face aux campagnes d'influence.

On nous dit souvent, et c'est la dernière chose que j'aimerais vous dire ici, après ces heures de débat, que les entreprises devraient être exonérées. C'est d'ailleurs une des propositions de cette initiative : les entreprises devraient être exonérées. Mais on oublie que ce sont justement ces entreprises qui bénéficient d'un environnement stable, d'un environnement avec une démocratie forte, d'une population qui est bien informée grâce à ce service public. Ce sont tous des éléments importants pour la stabilité de notre propre économie, importants aussi pour la stabilité de notre tissu économique. Il est important d'avoir une information de qualité, de ne pas tomber dans les "fake news" et d'avoir ce rempart qui est aujourd'hui essentiel.

Alors, encore une fois, la SSR, ce n'est pas juste une télé. La SSR, ce n'est pas juste une radio. La SSR, c'est un ciment national. C'est un lien entre les régions, entre les cultures. C'est une colonne vertébrale de notre vivre ensemble. On tient à ce vivre ensemble et j'espère que chacun, chacune d'entre vous ici présent y tient aussi.

Alors, oui, il faut être vigilant sur les coûts. Oui, il faut de l'efficacité, probablement davantage d'efficacité. Mais, non, il ne faut pas casser ce qui fonctionne, ce qui nous unit et ce qui nous distingue. Ne tombons pas dans le piège de l'économie à court terme, refusons cette initiative, préservons un service public fort, indépendant et accessible à tout un chacun ! Affaiblir les médias publics, c'est affaiblir les contre-pouvoirs, c'est affaiblir notre démocratie.

Encore une fois, je vous invite à refuser cette initiative.