Walder Nicolas · Nationalrat · 2025-06-18
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2025-06-18
Wortprotokoll
Dans un monde marqué par l'affaiblissement du multilatéralisme, le recul démocratique et la montée de courants illibéraux, la Suisse ne peut plus se contenter du rôle de spectatrice. Elle doit prendre fermement position, avec lucidité et courage, guidée par la boussole du droit international. Dans bien des contextes, en tant que dépositaire des Conventions de Genève, elle en a même expressément le devoir. Or, l'actuelle politique extérieure du Conseil fédéral manque de clarté. Certes, les principes sont inscrits dans des documents stratégiques, mais les actes, eux, peinent à suivre et, s'il arrive que la position soit exprimée, c'est la cohérence qui fait trop souvent défaut.
Prenons l'exemple de l'Europe. Le Conseil fédéral affirme vouloir renforcer notre ancrage européen - nous nous en réjouissons. Alors, pourquoi tant d'hésitations face à l'enjeu central que représentent les Bilatérales III ? Pourquoi ne participons-nous pas au Fonds européen pour la démocratie ? Sur des dossiers clés comme la transition énergétique, le numérique ou la sécurité, pourquoi renforcer notre dépendance par rapport à la Chine, avec l'extension de l'accord de libre-échange, ou aux États-Unis, comme le prévoit le mandat de négociation sur les tarifs douaniers, au lieu de coopérer avec nos voisins européens, par exemple dans le cadre de l'"European Green Deal" ? Dans un contexte de mise en péril de notre souveraineté industrielle et numérique, la Suisse reste passive. Alors que nos partenaires bâtissent des stratégies de résilience, nous signons des contrats avec des géants du numérique proches de Donald Trump, sans participer aux efforts européens de régulation. Cette naïveté n'est bonne ni économiquement ni en matière de souveraineté ou de sécurité.
La même ambiguïté prévaut sur le multilatéralisme. La Suisse se dit attachée à la Genève internationale, mais reste muette face aux attaques américaines contre l'ONU, le HCR, le CICR, l'OMS et tant d'autres organisations vitales de premier ordre. Où sont les initiatives concrètes pour renforcer ces institutions ? Où sont les efforts diplomatiques pour défendre le multilatéralisme et notre rôle d'État hôte[NB]?
Pourquoi cet objectif ne figure-t-il pas dans le mandat de négociation avec Washington ? Où sont les mécanismes de soutien fédéraux, alors que le canton de Genève et les acteurs privés, eux, se mobilisent ? Cette posture passive ne suffit plus. Si la Suisse entend, demain encore, jouer un rôle sur la scène internationale, elle doit montrer un réel engagement. Cela passe par le renoncement à certaines coupes ciblées et, plus généralement, par l'augmentation des moyens alloués à la coopération internationale. Au Proche-Orient, l'ambiguïté persiste. Bouleversée, comme nous tous, par les souffrances à Gaza, la Suisse s'éloigne pourtant de sa tradition d'impartialité fondée sur le droit international. Elle a condamné avec fermeté les actes sanglants du Hamas le 7 octobre 2023, mais refuse de réagir avec la même clarté face aux crimes de guerre commis quotidiennement par Tsahal. Le Hamas est désormais interdit en Suisse, mais aucune sanction ni suspension d'accords commerciaux, y compris militaires, n'est envisagée à l'égard du gouvernement Netanyahou. Et il n'y a toujours aucune reconnaissance de l'État palestinien. Cette neutralité à géométrie variable brouille notre engagement en faveur du droit international et nuit à notre crédibilité.
Enfin, sur l'environnement, nous avons salué l'inscription de la priorité climatique dans la stratégie 2024-2027, un choix cohérent avec la position du Conseil fédéral qui reconnaît que le dérèglement climatique est un enjeu majeur qui appelle une réponse rapide et coordonnée au niveau international. Mais où sont les avancées concrètes ? Malgré l'urgence, cette priorité reste largement théorique. Pire encore, refuser d'organiser une COP en Suisse ou réduire notre présence dans ces enceintes internationales donne une image de désengagement.
Sur les accords de libre-échange aussi, nos clauses environnementales restent dérisoires en l'absence de mesures réellement contraignantes. Notre financement climatique provient largement des budgets existants de la coopération au développement. Il ne s'agit pas d'un effort additionnel, mais d'un redéploiement au détriment d'autres objectifs de la Statégie pour le développement durable 2030, qui, pour la plupart, ne seront pas atteints.
Qu'attend donc le Conseil fédéral pour allouer des ressources à la hauteur de ses ambitions[NB]?
En résumé, par cette interpellation, le groupe des Verts demande au Conseil fédéral de doter notre politique extérieure d'une colonne vertébrale forte, lisible et crédible, et ce en particulier dans quatre domaines : renforcer nos alliances européennes ; réaffirmer une neutralité et une impartialité fondées sur le droit international ; défendre activement le multilatéralisme, la coopération internationale et la Genève internationale ; agir avec ambition pour le climat et la justice climatique. Énoncer des priorités ne suffit pas : il faut un véritable engagement. Cela suppose parfois d'accepter quelques concessions budgétaires ou commerciales. Il en va aussi de la crédibilité de notre pays sur la scène internationale, d'où notre présente interpellation.