Aellen Cyril · Nationalrat · 2025-09-10
Aellen Cyril · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2025-09-10
Wortprotokoll
Vous constaterez que commencer un débat sur l'AVS avec le groupe socialiste qui aimerait travailler un peu plus longtemps, c'est quand même assez piquant[NB]; je ne pouvais pas ne pas le relever.
En mars 2024, le peuple suisse a décidé d'octroyer aux retraités une 13e rente AVS qui devra être versée au plus tard en décembre 2026. Le principe est clair, le délai est fixé, et personne ici ne songe à remettre en cause ce choix démocratique. Une question n'a toutefois pas été soumise au peuple, ou en tout cas pas directement[NB]: celle du financement. C'est à nous qu'il revient aujourd'hui d'y répondre.
Les initiants avaient, pour certains, prétendu que le fonds AVS était suffisant et avaient, pour d'autres, esquissé quelques pistes - hausse des cotisations sociales, augmentation de la TVA -, mais elles n'ont jamais été formellement tranchées par le peuple. Le débat s'impose donc.
Il doit avoir lieu sans que la solution évoquée porte uniquement sur les recettes. La position du groupe libéral-radical est sans ambiguïté[NB]: c'est non à l'affaiblissement du pouvoir d'achat par une hausse de la TVA, c'est non à une réduction des salaires par une augmentation des cotisations sociales. Soyons honnêtes[NB]: la 13e rente est une mesure "arrosoir". Elle profite à des retraités qui en ont besoin - et c'est légitime -, mais aussi à des personnes qui n'en ont pas besoin, parce qu'elles disposent déjà d'une retraite ou d'une fortune confortable, ou parce qu'elles vivent à l'étranger, dans des pays où le coût de la vie est bien plus faible qu'en Suisse.
Nous ne remettons pas en cause la volonté populaire, mais nous devons éviter que cette décision crée demain une injustice pour nos enfants et pour les travailleurs d'aujourd'hui. On peut faire semblant de croire qu'un financement supplémentaire est indolore, mais la réalité est tout autre[NB]: ce sont nos habitants, nos salariés, nos entreprises qui paieront l'addition. Les salaires de nos travailleurs ne sont pas extensibles[NB]; leurs poches ne sont pas sans fond. Quand un président américain menace nos exportations d'une taxe de 39 pour cent, tout le monde crie au scandale et redoute un effondrement de notre économie. Mais quand on impose 5 milliards de francs de charges supplémentaires aux entreprises et aux travailleurs, certains osent prétendre que cela serait indolore. C'est faux. Une hausse des cotisations sociales pénaliserait notre économie autant - sinon plus - qu'une taxe étrangère. Et si, au sein de cet hémicycle, un seul groupe doit le dire, alors ce sera le groupe libéral-radical. Quant à la TVA, croire que son augmentation n'aura aucun impact est une erreur. Elle pèsera directement sur le budget des ménages, déjà soumis à une lourde pression.
Le groupe libéral-radical l'a démontré[NB]: une hausse de la TVA pour financer la 13e rente reviendrait, pour un revenu moyen, à 700 francs supplémentaires par ménage et par an. Cela n'est pas acceptable. Et permettez-moi de souligner une autre incohérence[NB]: quand les primes d'assurance-maladie augmentent de 3 ou 4 pour cent, toute la classe politique crie au scandale, mais quand il s'agit de financer la 13e rente avec une charge annuelle bien plus lourde pour les ménages, alors plus personne ne dit rien. Pourquoi ces deux poids, deux mesures[NB]? Le pouvoir d'achat mérite d'être défendu dans tous les cas, pas seulement quand cela nous arrange.
On peut continuer à pratiquer la politique de l'autruche. On peut nier les réalités démographiques[NB]: des jeunes qui étudient plus longtemps et cotisent plus tard[NB]; une espérance de vie qui augmente chaque année[NB]; des retraités en bonne santé de plus en plus nombreux et de plus en plus longtemps[NB]; une natalité en chute libre. On peut ignorer tout cela et continuer à faire peser sur les épaules des travailleurs, des contribuables et en particulier de nos enfants le coût de nos décisions manquant de courage. Ce serait irresponsable.
Nous avons un autre choix[NB]: respecter la volonté du peuple en versant la 13e rente, mais en réformant en profondeur l'AVS pour garantir son financement à long terme. Cela passe par des réformes structurelles, par un mécanisme de frein à l'endettement de l'AVS, par des mesures qui tiennent compte de la démographie et de l'économie réelle de notre pays. C'est cela, la responsabilité politique. C'est cela, l'engagement du groupe libéral-radical[NB]: défendre le pouvoir d'achat des ménages, protéger la compétitivité de nos PME et garantir l'équité entre les générations.
Pour toutes ces raisons, le groupe libéral-radical refusera d'entrer en matière sur ce projet de financement injuste et déséquilibré. Nous ne céderons pas à la facilité d'une fuite en avant qui fragiliserait notre économie et l'avenir de nos enfants.