Hurni Baptiste · Ständerat · 2025-09-15
Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-09-15
Wortprotokoll
Je sais qu'il est tard, qu'on a tous envie de terminer cette séance, mais ce que réclame cette initiative de mon canton, c'est finalement que chacun dans ce pays prenne ses responsabilités et que la solidarité confédérale ne reste pas lettre morte.
Imaginez la situation. Le centre fédéral de Boudry, situé dans une agglomération de 6000 habitants, peut accueillir en théorie jusqu'à 480 personnes au maximum. Mais, au plus fort de la crise migratoire ukrainienne, en 2022, le centre a accueilli non pas 800 personnes, mais 900 personnes. Aucun centre en Suisse, même pas ceux de Berne, de Bâle ou de Zurich, ne peut en accueillir autant. Il s'agit aussi du plus important centre de Suisse et aucun autre centre n'a eu un tel dépassement de la population envisagée. C'est dire si mon canton, dans cette situation, a montré qu'il voulait faire sa part dans le domaine migratoire, qu'il était prêt à aider, qu'il était prêt à être solidaire. Mais ce n'est pas tout. Le canton de Neuchâtel accueille aussi, encore pour quelques semaines, et j'y reviendrai, le centre des Verrières, qui est le seul centre spécialisé du pays qui s'occupe des requérants récalcitrants. La part du système d'asile qui repose sur le canton de Neuchâtel est extrêmement importante. Démographiquement, elle est complètement disproportionnée.
Alors, oui, je remercie la Confédération, dans les moments les plus tendus, d'être intervenue, d'avoir reconnu certains frais de sécurité, d'avoir maintenu le dialogue. On ne peut pas dire que la Confédération n'a rien fait. Mais c'est, il faut le dire, insuffisant, très insuffisant, car en cas de nouvelle crise migratoire majeure, la situation se reproduira et elle n'est adéquate pour personne.
D'abord, pour les requérantes et les requérants d'asile qui sont accueillis, lorsque le centre est surpeuplé, de manière extrêmement discutable. Le centre neuchâtelois, par exemple, a connu des épidémies de gale - en Suisse[NB]! -, de punaises de lit et d'autres choses négatives. Et tout cela, parce qu'il n'est simplement pas prévu pour accueillir 900 personnes. Ensuite, ça n'est pas adéquat pour la population de Boudry, qui, malgré son immense solidarité, que je tiens ici à souligner et à saluer, a subi de plein fouet les exactions d'une minorité, et j'insiste sur le terme minorité, de requérants problématiques. Quand le centre est surpeuplé, il n'y a malheureusement plus de possibilité d'encadrer les requérants posant problème, puisque la sécurité est tout occupée à essayer de s'occuper des personnes en trop dans ce centre. Enfin, pour la Confédération, ça n'est pas non plus idéal, car la politique d'asile menée dans des centres surpeuplés va à l'inverse du but répété à de réitérées reprises ici. Les procédures se prolongent, les gens sont accueillis dans des conditions qui ne sont pas acceptables, la population alentour est à cran.
Le texte qui vous est proposé me paraît frappé du coin du bon sens. Il y est simplement demandé que chacun fasse sa part dans ce dossier, que les procédures d'asile se fassent dans des centres à taille humaine et que ce ne soit pas que quelques cantons qui doivent assumer toute la charge pour le pays. Toutes ces propositions s'inscrivent dans une même vision, une même ambition, celle de rendre notre système d'asile plus adapté et, à terme, de mieux répondre à sa mission, plus adapté à la fois aux besoins des requérants d'asile et aussi aux besoins de la population environnante,[NB]plus[NB]humain[NB]grâce[NB]à un meilleur accueil, plus efficace sur le long terme, car d'une taille mieux adaptée à nos possibilités.
Cette adaptation passe immanquablement par une évolution structurelle. Actuellement, ces centres sont des mammouths bureaucratiques et humains, difficiles à harmoniser avec les localités d'accueil, difficiles à encadrer de manière optimale. Cette situation pose un défi dans la gestion des centres et dans leur capacité à cohabiter avec la population. Quand il y a des crises migratoires, le système n'est tout simplement pas résilient, car il repose uniquement sur quelques centres. Nous voulons développer un réseau de centres plus petits et équitablement répartis entre les différents cantons. Nous voulons que leur installation tienne compte de la taille de la commune et permette ainsi une meilleure acclimatation. La gestion en serait facilitée, elle serait plus petite et donc sous contrôle.
Nous demandons aussi un meilleur accompagnement social des requérants d'asile au sein des centres pour permettre de mieux encadrer et de pacifier les situations en amont, au bénéfice de toutes et tous. Dans la même idée, l'amélioration des moyens de soutien médicaux et psychologiques dans les centres d'asile est une priorité, toujours pour diminuer la violence et canaliser les situations potentiellement problématiques. Enfin, il s'agit de développer une gestion optimisée des situations impliquant des personnes potentiellement dangereuses, c'est-à-dire des procédures d'action plus rapides pour agir face à des individus violents qui mettent en danger les autres requérants d'asile, en premier lieu, ainsi que la population, évidemment.
Malgré l'avis unanime de la commission et du Conseil fédéral, je vous demande d'entendre cet appel à l'aide, car c'est vraiment un appel à l'aide d'un canton qui, encore une fois, en a fait beaucoup pour la politique d'asile et continue à en faire beaucoup. C'est un appel fort et unanime qui dépasse les clivages partisans, puisque ce texte, je le rappelle, a été voté à l'unanimité, je le répète, à l'unanimité du Grand Conseil neuchâtelois. C'est-à-dire que le PLR, le Centre, le POP, les Vert'libéraux, l'UDC et le PS, tous les élus de ces partis, ont voté cet appel.
Le risque, à ne pas écouter cet appel à l'aide, à ne pas écouter les cantons qui font leur travail, c'est qu'ils ne le fassent plus. D'ailleurs, la commune des Verrières - je vous parlais du centre pour requérants récalcitrants des Verrières - a dénoncé le contrat la liant à la Confédération pour ce centre, simplement parce que la Confédération n'entendait pas les appels de cette commune. Dans quelques semaines, ce centre sera fermé sans que la Confédération n'ait de solution à cet égard. Si nous ne faisons rien, si nous n'acceptons pas ce genre d'initiative équilibrée des cantons, il y a fort à parier que les cantons qui en font le plus - le canton de Neuchâtel, mais il y en a d'autres - s'impatientent et dénoncent les conventions les liant à la Confédération, fermant les uns après les autres nos centres d'asile.
Je vous remercie vraiment, au nom de la solidarité confédérale, de soutenir cette proposition. [PAGE 873]