Polla Barbara · Nationalrat · 2003-09-18
Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2003-09-18
Wortprotokoll
Comme on vous l'a expliqué, le parthénote comporte 46 chromosomes par dédoublement du matériel ovocytaire, mais en l'absence de matériel génétique mâle. En fait, il existe dans la nature un mécanisme qu'on appelle l'"imprinting" génomique qui interdit le développement embryonnaire en l'absence de chromosomes des deux sexes. Il faut, pour le développement embryonnaire, que des chromosomes des deux sexes soient présents dans l'embryon. Les parthénotes ne peuvent donc pas se développer, ou tout au plus jusqu'au stade de l'implantation très précoce. Il est vrai que ce phénomène d'"imprinting" génomique peut avoir des implications importantes pour la compréhension de certains cancers. Il est activement étudié - notamment au National Institute of Health des Etats-Unis -, mais les connaissances que nous avons à l'heure actuelle sur les parthénotes sont tellement limitées que, comme l'ont dit mes préopinants, ou en tout cas M. Gutzwiller, je pense qu'il est vraiment prématuré et inadéquat de légiférer.
Cette question aura toute sa place dans le travail que nous allons faire prochainement - que nous ne pourrons pas retarder beaucoup plus longtemps - sur la recherche sur les embryons et sur la recherche sur l'être humain en général, mais pas ici puisque cette loi ne porte que sur les cellules souches embryonnaires. Une autre possibilité concernant les parthénotes - une fois que les connaissances seront acquises - serait éventuellement, si la conclusion est qu'il faut effectivement interdire leur production ou leur utilisation, de l'inscrire dans la loi sur la procréation médicalement assistée puisque c'est là aussi que figure l'interdiction de créer des chimères et des hybrides.
J'aimerais encore rappeler que la parthénogenèse peut rarement être spontanée et qu'elle se retrouve dans certaines tumeurs humaines, notamment des tumeurs ovariennes. Evidemment, on ne peut pas imaginer qu'on va interdire des erreurs de la nature et, d'une manière plus générale, qu'on puisse légiférer sur elles.
Je l'ai dit hier, l'un des avantages très importants de la Suisse et la raison pour laquelle les recherches de ce type doivent vraiment être effectuées dans notre pays, c'est notre double compétence remarquable au niveau scientifique et éthique. Mais ces compétences, qu'elles soient scientifiques ou éthiques, ne sont pas des compétences spontanées; ce sont des compétences qui doivent s'exercer. Or - et tous les préopinants l'ont mentionné - la Commission nationale d'éthique pour la médecine humaine elle-même le souligne, elle n'a en fait pas encore eu l'opportunité, vu que cet objet n'est arrivé dans le champ des investigations scientifiques et éthiques que depuis peu de temps, d'examiner la question, de se prononcer, de pouvoir nous donner un avis.
D'une certaine façon, le fait de légiférer sur les parthénotes serait décider que nous court-circuitons la commission d'éthique et que nous ne lui laissons pas le temps de nous donner un avis. Ce serait témoigner un certain mépris par rapport à l'avis d'une commission d'éthique que nous avons mise en place parce que nous estimons justement que nous avons besoin de ses compétences et de son avis avant de pouvoir légiférer. On ne peut pas légiférer avant de savoir. En l'occurrence, il nous faut faire preuve de modestie et laisser le temps aux personnes compétentes, dans les domaines éthique et scientifique, de pouvoir nous donner un avis, avis sur lequel nous pourrons ensuite baser notre opinion avant de légiférer.
Je pense qu'il est urgent d'attendre, ce n'est pas souvent que je le dis, et je vous remercie de soutenir la proposition de minorité Gutzwiller.