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Porchet Léonore · Nationalrat · 2025-09-24

Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-09-24

Wortprotokoll

Souvent, quand ils savent que je viens ici, des amis qui ne savent pas exactement ce que je fais au Parlement me disent[NB]: "Ah, tu vas défendre la veuve et [PAGE 1793] l'orphelin". C'est une expression française très connue - il y a même une référence biblique -, qui veut dire "se consacrer à la protection des plus faibles et des opprimés". C'est justement un appel à la justice et à la compassion. Et bien, cet appel n'a jamais été aussi vrai et important qu'aujourd'hui. Ce qui est proposé aujourd'hui n'est rien moins que la suppression de la rente de veuf et de veuve à vie, la suppression de la rente pour enfant, la suppression du supplément de veuvage. Ce sont des coupes antisociales, injustifiées, qui frappent les personnes les plus vulnérables de notre société.

Nous allons, évidemment, soutenir le versement d'une rente pour les couples non mariés. C'est un point important. C'est une avancée, mais cette petite ouverture ne compense pas la violence du reste du projet. Permettez-moi de partager, moi aussi, un des nombreux témoignages que nous avons reçus[NB]: "La mort tragique de mon mari, en 2012, a brisé nos vies. Du jour au lendemain, j'ai dû tout porter seule. La fatigue était permanente, chaque jour, un combat. La rente de veuve, jusqu'à mes 65 ans, était ma sécurité. Elle m'a permis de reconstruire ma vie, de suivre une formation, de travailler à temps partiel pour soutenir mes enfants. Aujourd'hui, cette annonce de réforme me replonge dans la peur et l'insécurité. On me dit que cette rente cessera lorsque mon plus jeune fils aura 25 ans. Après 20 ans d'efforts et de présence pour mes enfants qui ont perdu leur père, on balaye d'un trait la promesse faite. C'est une injustice et une trahison profondes." Cette femme raconte aussi sa difficulté, aujourd'hui, à trouver un travail pour un salaire correct, après tant d'absence sur le marché du travail pour s'être occupée des siens. Ce témoignage illustre concrètement ce que signifie supprimer la rente de veuve[NB]: un choc émotionnel doublé d'un choc financier, une fragilisation, en particulier des femmes et des familles, qui ont déjà tant donné.

En 2024, près de 200[NB]000 personnes ont touché une rente de veuve ou de veuf. Avec cette réforme, toutes celles et ceux qui ont moins de 55 ans perdront cette rente dans deux ans ou à la majorité de leur enfant. S'ajoutent à cela les plus de 400[NB]000 retraités qui dépendent du supplément de rente pour veuve ou veuf, un supplément qui sera supprimé pour les nouveaux rentiers. Si l'on ajoute encore la suppression de la rente pour enfant, ce sont 25[NB]000 familles supplémentaires qui seront touchées par cette réforme injuste. Cette mesure frappe des milliers de personnes, surtout des femmes, déjà fragilisées par le temps partiel, des carrières interrompues et la charge des enfants. De plus, ce projet mélange artificiellement deux débats. La suppression de la rente à vie, du supplément de veuvage et de la rente pour enfants, et le déplafonnement des rentes AVS pour les couples mariés, porté par l'initiative du Centre. Souvenez-vous que le Conseil des États avait trouvé un compromis pour financer la 13e rente AVS et le déplafonnement des rentes des couples mariés en renforçant l'AVS - un compromis clair et équilibré. Mais la majorité de la commission - la majorité de notre conseil, je l'espère, ne le fera pas - a choisi de lier artificiellement la suppression des rentes de veuve à l'amélioration des rentes pour les couples mariés. Concrètement, on prétend moderniser l'égalité en coupant des prestations vitales aux veuves pour financer de nouvelles rentes pour les couples au sein desquels les deux personnes sont encore vivantes. On sacrifie les veuves pour financer les couples de personnes vivantes.

Ce projet est présenté comme une modernisation, mais il s'agit en fait d'un nivellement par le bas. Nous aurions pu aller vers le haut et garantir une rente de survivant digne pour toutes et tous, femmes et hommes, et reconnaître le travail invisible des femmes et le besoin de reconstruction après le décès de son ou sa partenaire. C'est pourquoi je vous appelle à soutenir les propositions de renvoi de la minorité I (Meyer Mattea) et de la minorité II (Prelicz-Huber). Ce sont des propositions qui corrigent la trajectoire et réintroduisent de la solidarité et de la justice dans cette réforme.

Ce projet ajoute à la souffrance du veuvage une fragilisation économique majeure. Nous avons le choix aujourd'hui[NB]: protéger toutes les personnes dans les moments les plus difficiles ou laisser tomber les plus vulnérables - pour le groupe des Verts, le choix est clair.