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Maillard Pierre-Yves · Ständerat · 2025-12-04

Maillard Pierre-Yves · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-12-04

Wortprotokoll

Pendant l'été, quelques-uns des membres de notre Parlement ont été sollicités par des vignerons venant surtout de Suisse romande, mais pas seulement. Il y avait également des vignerons de Suisse alémanique dans ce mouvement qui s'appelle les Raisins de la colère et qui regroupe quelques centaines de producteurs. J'ai personnellement assisté à une rencontre dans une grande salle communale dans le canton de Vaud avec des dizaines de producteurs qui s'étaient réunis et qui exprimaient une angoisse et une tristesse face à la situation actuelle comme on en connaît assez peu dans notre pays et dans ce domaine. Des vignerons m'ont dit que c'était probablement la dernière fois qu'ils faisaient des vendanges. Des faillites sont annoncées, mais aussi des arrachages de vignes, des abandons d'activités.

Face à ce constat, face à cette situation, on doit dire qu'on est vraiment à nouveau, encore une fois, inquiets d'une perte de savoir-faire, d'une perte de capacités de production dans notre pays. Cette perte de savoir-faire, cette perte de capacité de production concerne un domaine à forte valeur ajoutée, avec un fort caractère identitaire pour notre pays. Ce sont également des paysages qui sont concernés par cette culture du vin, des paysages très importants, reconnus internationalement, comme ceux qui sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco dans mon canton, par exemple. Tout ceci est fragilisé et mis en danger par la situation de la vini-viticulture.

Cette perte de savoir-faire s'ajoute à une autre qu'on a déjà consommée et digérée dans notre pays, c'est la perte des capacités de production du verre. Mais il y a toute une série de branches et de secteurs dans lesquels nous sommes menacés de ne plus savoir produire, de ne plus savoir comment fabriquer des produits de qualité qui sont appréciés par notre population, tout simplement parce qu'on laisse les règles du marché aller trop loin et s'imposer avec trop de dureté à ces secteurs.

Dans sa réponse, le Conseil fédéral donne quelques pistes. Une rencontre a eu lieu au mois d'août. Des outils sont proposés. Mais, Monsieur le conseiller fédéral, je dois malheureusement vous demander d'en faire plus et demander à l'Office fédéral de l'agriculture de sortir des sentiers battus, d'aller plus loin dans la réflexion et dans les mesures à prendre, faute de quoi nous allons perdre des pourcentages importants de celles et ceux qui produisent du vin chez nous et qui s'occupent de notre paysage.

La chute de la consommation est très forte, mais elle est beaucoup plus forte pour les vins d'origine suisse que pour les vins d'origine étrangère. Ce n'est pas lié à la qualité, parce qu'on ne peut pas imaginer qu'en si peu de temps nos vins aient perdu de la qualité. C'est donc essentiellement une chute de consommation qui est liée au prix. Aujourd'hui, dans toute l'Europe, il y a des surproductions de vins et les pays qui nous entourent soutiennent des prix très agressifs qui sont proposés dans notre pays. On parle aujourd'hui de vins étrangers qui sont vendus à quelques dizaines de centimes le litre aux distributeurs. Dans ces conditions, il est impossible pour un producteur suisse de régater. On ne peut pas attendre des producteurs suisses, malgré les paiements directs, qu'ils réduisent leurs coûts de production pour atteindre des prix pareils.

On est donc dans une situation structurelle extrêmement difficile qui exige que l'État se bouge et qu'il le fasse de manière beaucoup plus active que ce qui est décrit dans la réponse du Conseil fédéral. Bien sûr, ce n'est pas simple. Je crois qu'il faut l'admettre. L'interprofession elle-même amène des propositions, mais il est difficile de dégager un consensus dans la branche. Je ne suis donc pas en train de dire que c'est facile, Monsieur le conseiller fédéral - je pense que vous en êtes conscient. Mais nous avons besoin de mesures urgentes.

Les pistes qui ont été élaborées par la table ronde vont dans le bon sens. Par exemple, le fait de lier l'importation de vins étrangers à la mise en valeur et à la vente de vins suisse, ce système "un pour un" qui est évoqué dans la table ronde, est probablement une bonne piste. Mais cela prendra du temps à se mettre en place. Il faudra aussi réfléchir à nos contingents de vins étrangers[NB]; ils ont été fixés à une époque où la consommation était beaucoup plus forte et, d'après ce qu'on me dit, ils ne sont presque jamais entièrement utilisés. Dans les faits, cela veut quasiment dire que nous n'avons plus de contingents, puisque le volume total autorisé de vin importé n'est même pas consommé. Il faudrait donc rediscuter du niveau de ces contingents. Il faudrait peut-être aussi discuter un jour d'une façon, pour la branche, de mieux maîtriser les quantités, à l'instar de ce qui se fait pour un certain nombre de fromages, par exemple pour le gruyère AOP. Il faudra discuter une fois des paiements directs. La vini-viticulture consomme à peu près 1,5 pour cent de l'ensemble des paiements directs de Suisse. C'est[NB]quand[NB]même[NB]extrêmement[NB]faible pour une activité qui requiert une grande intensité. Il y a donc des choses à faire pour le moyen terme, mais il faut prendre des mesures urgentes.

Le Conseil des États a voté un budget[NB]; le budget à disposition n'est pas extrêmement élevé, mais nous avons proposé 10 millions de francs de plus à fonds perdu pour des mesures dites structurelles. Il faudra trouver comment les concrétiser. Je vous invite vraiment, Monsieur le conseiller fédéral, à chercher rapidement, avec votre office et avec la branche, comment utiliser ces moyens. J'espère que le Conseil national les confirmera. J'espère que les cantons vont eux aussi mettre quelques moyens à disposition en complément des moyens fédéraux. Avec les 10 millions de francs fédéraux, plus éventuellement une somme équivalente des cantons, on peut arriver à près de 20 millions de francs disponibles rapidement[NB]; cela représente quand même près de 50 pour cent des paiements directs habituellement donnés à la vini-viticulture. Il y a donc de quoi faire, mais il faut vraiment qu'on se bouge pour éviter des faillites évitables et pour éviter cette perte de savoir-faire.

C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité intervenir en vous encourageant, Monsieur le conseiller fédéral, à vraiment ne [PAGE 1200] pas laisser cette branche dans la difficulté dans laquelle elle se trouve.