Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · 2003-09-24
Maitre Jean-Philippe · Nationalrat · Genf · Christlichdemokratische Fraktion · 2003-09-24
Wortprotokoll
La révision qui nous est proposée intervient comme une sorte de miroir de notre société actuelle. Une société qui manque de points de repères et qui doute. Comme les réponses sont difficiles parce qu'elles nous renvoient à nos propres contradictions, on préfère se réfugier dans la résignation. Et voilà même qu'on nous offre maintenant une nouvelle version du politiquement correct: la démission!
Le groupe démocrate-chrétien, à une nette majorité, propose de ne pas entrer en matière, et cela pour trois raisons au moins.
La première réside dans la valeur que nous attachons à la démocratie directe. Souvenez-vous, il y a eu "Jeunesse sans drogue", c'était en septembre 1997. L'initiative populaire proposait l'abstinence et la répression: elle a été rejetée par 71 pour cent du corps électoral. Quelques mois plus [PAGE 1501] tard, en novembre 1998, il y a eu l'initiative Droleg qui proposait la libéralisation de toutes les drogues. Cette initiative populaire a également été balayée par 74 pour cent du corps électoral. Cela signifie quoi? Que le peuple suisse, dans sa sagesse, n'a voulu ni du "tout-répressif" ni du "tout-permissif". Or, quelques mois après, le Conseil fédéral propose de dépénaliser le cannabis, comme si le peuple n'avait rejeté qu'une seule de ces deux initiatives. Cette mémoire sélective est politiquement inacceptable.
La deuxième raison du refus d'entrer en matière de la majorité du groupe démocrate-chrétien résulte de l'écoute attentive des pédagogues. Ils attestent qu'aujourd'hui, des jeunes, consommateurs plus ou moins réguliers, présentent de sérieuses difficultés. Ils sont apathiques; leur capacité de concentration est affaiblie; ils n'ont plus aucun ressort. Les effets dévastateurs constatés aujourd'hui avec la consommation du cannabis résultent vraisemblablement - il y a encore des discussions sur ce point, mais les médecins ont attiré notre attention là-dessus - de la très forte augmentation de la teneur en THC dans le cannabis.
Un troisième point de notre réflexion semble avoir été totalement sous-estimé dans les débats en commission et il relève de la politique en matière de criminalité. Les pays qui nous entourent n'ont aucune intention de libéraliser la consommation de ce type de drogue. Avec ce projet, la Suisse ferait donc cavalier seul. Alors je vous le dis, il n'y a pas besoin d'avoir fait un doctorat en criminologie pour constater que notre pays deviendrait dans ces conditions une plaque tournante de l'approvisionnement illicite; et les cantons frontaliers seraient très directement touchés. Puisqu'on parle de cantons frontaliers, j'aimerais vous rappeler qu'à Genève, l'ancien procureur général Bernard Bertossa a fait de très sérieuses mises en garde. Et nos collègues socialistes, qui sont si prompts à vénérer ce magistrat, devraient au moins de temps à autre l'écouter.
Proposer la dépénalisation du cannabis est une manière de fuite en avant, une réponse à courte vue, aussi myope que celle qui prétendrait régler le problème exclusivement par la répression.
Nous vous proposons de ne pas entrer en matière.