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de Montmollin Simone · Nationalrat · 2025-12-17

de Montmollin Simone · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2025-12-17

Wortprotokoll

La beauté de notre démocratie est que l'on peut poser plusieurs fois la même question au peuple en espérant obtenir une réponse différente. Nous voilà donc à traiter une nouvelle fois des questions déjà longuement débattues et tranchées entre 2021 et 2024 à la faveur des quatre initiatives populaires "pour une eau potable propre et une alimentation saine", "pour une Suisse libre de pesticides de synthèse", "Non à l'élevage intensif en Suisse (sur l'élevage intensif)" ou "pour l'avenir de notre nature et de notre paysage (initiative biodiversité)". Toutes imposaient à l'agriculture un changement radical. Le peuple a chaque fois tranché, en refusant ces initiatives à plus de 60 pour cent. Chaque fois, le message était clair[NB]: non aux ruptures extrêmes, oui au progrès[NB]; car, oui, notre agriculture évolue déjà.

Le Parlement accompagne ce processus et définit les conditions-cadres pour réduire les émissions, s'engager en faveur du bien-être animal, protéger les eaux et ainsi accélérer la transition vers plus de durabilité. Cette transition se fait avec les paysannes et paysans, en phase avec les attentes des consommatrices et consommateurs[NB]; pas contre eux. Surtout, cette transition se fait avec bon sens et cohérence.

Or, cette initiative remet en cause ce chemin ambitieux déjà entrepris en fragilisant les priorités. Plus fondamentalement, en voulant transformer drastiquement notre système alimentaire, ce sont surtout nos comportements qu'elle entend corriger. En 10 ans, il faudrait atteindre un taux d'autoapprovisionnement de 70 pour cent, alors que nous sommes à 50 pour cent. C'est un objectif techniquement possible, mais à quel prix[NB]? Les initiants reconnaissent eux-mêmes qu'il faudrait que la population adopte une alimentation quasi exclusivement végétale et indigène. Il faudrait pour cela renoncer à l'élevage en plaine, voire plus haut, récupérer des surfaces agricoles, y compris, éventuellement dans des zones [PAGE 2409] aujourd'hui protégées, et augmenter significativement les rendements. Or, les conditions imposées par les mêmes initiants - semences reproductibles et limitation d'intrants, par exemple - réduisent de facto les moyens pour atteindre cet objectif.

Une fois de plus, cette initiative révèle le fossé entre idéalisme et réalisme. Chez nous, élevage et cultures végétales ne sont pas adversaires[NB]: ce sont deux piliers complémentaires d'un équilibre agronomique et de notre équilibre. Supprimer l'un au profit de l'autre au nom d'une idéologie, fût-elle vertueuse, fragiliserait l'ensemble.

Dès lors, cette initiative aborde une autre question, celle de notre liberté de choix et de société[NB]: qui doit décider ce que l'on met dans son assiette[NB]? L'État ou chacune et chacun d'entre nous[NB]? C'est précisément ici que cette initiative opère un glissement silencieux. Sous couvert d'intentions vertueuses - lutte contre le réchauffement climatique et protection de l'environnement -, elle légitimerait un interventionnisme étatique massif dans nos vies[NB]; un interventionnisme qu'une minorité embarrassée souhaite tout de même porter dans un contre-projet.

Or, les consommatrices et les consommateurs ne sont pas des enfants qu'il s'agirait d'éduquer. Si l'on commence à constitutionnaliser notre façon de manger, qui décidera demain de ce qu'est la bonne conduite s'agissant des loisirs, des modes de transport et de la consommation en général[NB]? Cette façon de gouverner contribue à fracturer la société au lieu de la rassembler.

Alors, dire non à cette initiative, ce n'est pas refuser la transition écologique. Elle est en marche. Ce n'est pas nier les faits scientifiques. La science décrit la réalité, documente l'impact environnemental de l'alimentation, mais elle ne décide pas à notre place de la manière dont nous devons vivre et ce que nous devons manger. Une société adulte ne confond pas données scientifiques et morale. Entre les faits et les normes, il y a toujours un choix de valeurs[NB]: quelle liberté voulons-nous préserver[NB]? Quelle place donnons-nous à nos cultures culinaires, à nos traditions rurales et à l'économie de nos régions[NB]? Transformer une vérité scientifique en obligation de comportement, c'est transformer la science en idéologie et nier le principe même de la durabilité, qui repose sur trois piliers: environnement, économie et social.

Nous n'avons pas besoin de cette initiative ni de son contre-projet. La diversité de nos modes de vie est une richesse à préserver et le rôle de l'État est de protéger ces libertés, pas de surveiller nos assiettes.