Fivaz Fabien · Ständerat · 2026-03-02
Fivaz Fabien · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2026-03-02
Wortprotokoll
Je remercie le Conseil fédéral pour sa réponse, mais permettez-moi de ne pas être satisfait et même d'être inquiet. Lorsque j'ai déposé cette interpellation, nous étions en décembre 2025. Le document de la "National Security Strategy" venait de paraître, mettant en lumière une vision du monde inquiétante de la part des États-Unis. Nous sommes désormais en mars 2026 et cette vision n'est plus une vision, c'est une réalité. Les inquiétudes pointées dans l'interpellation sont plus que jamais en train de se concrétiser.
On peut parler d'ingérence au Venezuela, de tentatives répétées d'annexion du Groenland, de chantages et de pressions auprès des partenaires de l'Union européenne, ou du discours de Davos, qui sonne comme une attaque frontale contre l'Union européenne, mais aussi contre la Suisse. On peut parler encore du retrait de nombreux traités internationaux, notamment environnementaux - et pas des moindres -, de la création du Conseil de la paix, une farce à[NB]laquelle[NB]la[NB]Suisse s'est malheureusement associée. Sur le plan économique, on peut encore noter les changements incessants des droits de douane, insoutenables pour nos entreprises, qui montrent surtout à quel point l'administration Trump foule aux pieds le droit international. Notre monde sera donc plus autocratique, plus unilatéral et marqué par la force plutôt que par le dialogue.
Dans ce contexte, permettez-moi de trouver que la réponse du Conseil fédéral n'est pas vraiment à la hauteur des enjeux. Elle aligne des banalités et énumère d'anciens rapports dont l'élaboration date, à mon avis, d'une autre ère. Je ne mets pas en doute leur qualité, mais ils mériteraient au moins d'être mis à jour. En lisant votre réponse, Monsieur le conseiller fédéral, j'ai parfois eu l'impression - et j'espère que ce n'est pas le cas - que vous vous moquiez de moi. Le Conseil fédéral dit s'engager "en faveur d'un multilatéralisme efficace fondé sur le droit international", mais il fait preuve d'une passivité dans la plupart des dossiers internationaux, en Suisse comme dans ses relations avec les autres pays.
Il préfère faire l'autruche[NB]: se planquer, en espérant que personne ne le remarque. Cependant, l'attentisme est précisément ce sur quoi l'administration Trump compte pour déployer son plan de déstructuration des relations internationales fondées sur les droits humains et la coopération. Ne pas se positionner clairement, par exemple, contre les attaques envers l'Union européenne, revient à abandonner nos partenaires. Ne pas condamner la tentative de destruction de l'ONU à travers le Conseil de la paix ou, pire encore, y participer en tant qu'observateur, est une insulte au multilatéralisme.
La Suisse est fondée sur des symboles forts, notamment les droits humains et le multilatéralisme. Notre pays est trop petit pour peser dans un ordre mondial basé sur la force. Notre voix porte donc seulement lorsqu'elle défend proactivement et publiquement le droit international et dénonce systématiquement les atteintes aux droits humains et au multilatéralisme.
Ces derniers mois, nous avons également eu l'occasion d'observer les tentatives brutales d'ingérence politique et économique de l'administration américaine dans notre politique intérieure, dans nos propres affaires. Alors que mon interpellation souligne la nécessité d'anticiper ces risques, le Conseil fédéral préfère, lui, attendre et augmenter, en attendant encore davantage, notre dépendance vis-à-vis des États-Unis. À mon avis, les événements récents exigent un plan clair et des scénarios mis à jour pour faire face aux pressions venues des États-Unis. Ils exigent une politique ferme et la création d'une alliance avec des pays, en premier lieu l'Union européenne, qui croient encore à un ordre mondial basé sur le dialogue et le droit international. Dans ce dossier, malgré les avancées importantes, je décèle malheureusement encore et toujours une frilosité qui fait craindre le pire dans une campagne qui s'annonce difficile.
Sans engagement ferme de la part du Conseil fédéral, je crains le pire.