Beck Serge · Nationalrat · 2003-10-01
Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2003-10-01
Wortprotokoll
Est-il vraiment besoin, au sortir du débat qui a vu l'adoption du message relatif à l'encouragment de la formation, de la recherche et de la technologie et de son enveloppe financière quadriennale de 17,3 milliards de francs (02.089), de plaider pour ce domaine? Et pourtant, ici encore, les libéraux souhaitent que le gouvernement et le Parlement sachent, malgré la nécessité avérée du programme d'allègement budgétaire 2003, faire preuve de discernement.
La formation et la recherche sont les mamelles de la croissance économique. Récemment encore, avant l'intérêt monomaniaque pour la croissance boursière et ses dérapages spéculatifs, la part du chiffre d'affaires d'une entreprise consacrée à la recherche et au développement était l'un des indicateurs essentiels de son potentiel, et je prévois qu'il le redevienne.
Les comparaisons internationales nous montrent l'érosion de l'effort de la Suisse dans ce domaine depuis 1990. L'effort conjoint public-privé pour ce secteur était encore de 2,8 pour cent du produit intérieur brut en 1990, et il n'a plus été que de 2,6 pour cent en 2000. De même, la part relative du budget de la Confédération consacrée à la formation, à la recherche et à la technologie a chuté de 7,7 pour cent du budget en 1990 à 7,2 pour cent en 2002.
La Suisse est, parmi les pays leaders d'Europe occidentale, seule, avec la France, à avoir connu une décroissance continue dans le domaine de ses investissements pour la formation et la recherche sur la période 1990/1995/2000. Nombreux sont en effet les pays européens qui ont connu une diminution de la part de leur produit intérieur brut consacrée à ce secteur entre 1990 et 1995. Mais depuis lors, soit au cours des cinq à six dernière années, la quasi-totalité d'entre eux a corrigé nettement cette tendance. C'était d'ailleurs l'une des intentions du message FRT, et je crois que le Conseil fédéral a tort de ne pas en rester à ses premières intentions.
L'une des intentions visait à rattraper, par un taux de croissance annuel moyen de 6,5 pour cent selon la nouvelle base de calcul, le retard que nous avons pris au cours de la dernière décennie. Mais après superposition des mesures d'économies en rafales, le programme d'allègement budgétaire 2003 ramène la croissance moyenne à 4,5 pour cent. Heureusement, le Conseil des Etats a réajusté le tir et a reporté ce taux à 5 pour cent. Mais il convient de se poser la question de savoir si cela est vraiment suffisant, au moment où le taux d'encadrement des étudiants dans nos universités est alarmant, en particulier dans les sciences humaines qui comptent jusqu'à 110 ou 120 étudiants par professeur. Entre 1980 et 2001, le nombre d'étudiants a crû de 55 pour cent. Il a crû encore de 12 pour cent depuis 1995. Certes, je ne pense pas que le critère quantitatif soit forcément positif. Je crois que nous avons, dans ce domaine aussi, comme dans tous les domaines d'activité de la Confédération, à rechercher davantage la qualité et l'efficacité. Mais l'on ne peut à la fois adhérer au processus de Bologne, qui tend à multiplier encore les études universitaires de niveau "bachelier", et réduire la qualité de l'encadrement par des restrictions financières.
Mais, assez de chiffres! Finalement, le développement de la formation et de la recherche est un choix de principe, j'ai presque envie de dire un choix philosophique, mais mieux encore, un choix politique pour un pays qui doit cultiver sa plus grande richesse: la matière grise. C'est le passage obligé pour un retour à la croissance économique, et le message du Conseil fédéral le dit - il est dommage que notre gouvernement ne se relise pas lui-même plus souvent.
Les statistiques douanières le démontrent d'ailleurs: le seul secteur de nos exportations qui soit en croissance est celui des produits de haute technologie. Comment voulez-vous continuer à développer ce secteur si nous ne consacrons pas à la formation, à la recherche, au développement de nouveaux produits des moyens essentiels? Comment ne pas voir le prodigieux retour sur investissement dans les hautes écoles, que constitue par exemple le développement du Bassin lémanique au niveau de l'économie des sciences de la vie? Serono, Medtronic sont-elles venues s'installer dans la région uniquement parce que la vue sur le Mont-Blanc dope le résultat des entreprises? Non, ces entreprises nous ont apporté, par leur implantation, des centaines d'emplois! Des emplois hautement qualifiés ont été créés et la croissance, finalement, n'est pas autre chose que cela. La qualité du personnel a été l'un des éléments clés de ces implantations, y compris pour les personnes issues de la formation professionnelle.
D'autres indicateurs encore doivent nous prévenir comme un signal d'alarme: le taux de demandes de brevets des résidents dans notre pays a régressé depuis 1990 du deuxième rang mondial au dixième rang. Les économies qui sont prévues dans le domaine "Formation, recherche et technologie" par le programme d'allègement budgétaire ne sont pas autre chose qu'une mesure procyclique. Cela est foncièrement regrettable, c'est un manque total de vision politique que de s'engager sur cette voie.
Finalement, au moment où nous avons enfin accès, Monsieur le Conseiller fédéral Villiger, aux programmes de recherche européens - pour lesquels, certes, nous paierons notre contribution -, devrons-nous décliner par la suite une implication pratique de nos hautes écoles dans ces projets, voire, de cas en cas, le leadership de l'un ou l'autre de ces projets, parce que dans leur structure de base, nos hautes écoles manqueront de moyens suffisants? Cela n'est pas du tout raisonnable.
J'aimerais mentionner - vous constaterez que j'ai de bonnes lectures - un article qui a paru hier concernant les recettes des jeunes radicaux. Eh bien, ceux-ci affirment que les vaches sont des emblèmes de la Suisse, mais que la formation l'est tout autant; et ils affirment que le budget de la recherche en Suisse stagne depuis quinze ans. Durant la même période, ce budget a été augmenté aux Etats-Unis et en Finlande tandis qu'il a été triplé au Japon. Vous voyez que même les radicaux voient clair.
Je souhaite pour ma part que notre assemblée ait le même avis et renonce à des économies dans ce domaine.
Nous n'avons pas à développer dans le programme d'allègement budgétaire 2003 une politique procyclique, mais plutôt à faire preuve d'un discernement minimum qui nous permette de retrouver rapidement la croissance.