Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2026-06-04
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-06-04
Wortprotokoll
Avec ce postulat, je ne demande pas la lune, aucune grande réforme, pas d'idéologie, juste un rapport avec un objectif, au-delà de tout ce qui différencie la Suisse d'Israël[NB]: en savoir plus sur l'impact sur la société civile et particulièrement sur l'économie de la mobilisation durable d'un grand nombre de réservistes de Tsahal, avec l'idée d'en tirer les enseignements nécessaires pour notre pays et pour notre armée de milice.
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a mobilisé 360[NB]000 réservistes, soit 8 pour cent de sa population active. C'est énorme et le coût pour l'économie israélienne a été et reste sans doute gigantesque. On parle de plusieurs milliards de dollars ou, du moins, ce sont les montants dont on parlait il y a près de deux ans, au moment où j'ai déposé ce postulat, parce que je n'ose imaginer ce qu'il en est depuis le déclenchement des opérations sur l'Iran et au Liban.
La question est de savoir si nous sommes préparés, chez nous, à assumer une telle charge, si d'aventure nous devions l'assumer. Notre armée repose sur la milice. En cas de mobilisation massive, les secteurs civils les plus critiques, si j'ose dire, trinqueraient[NB]: la santé, la sécurité ou les transports. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'armée. Elle le sait et pourtant nous n'avons aucun chiffre, ou pratiquement aucun chiffre. Regardons les faits[NB]: en moyenne, en Suisse, à peu près 10 pour cent du personnel soignant habite à l'étranger. Ajoutez à cela les 10 pour cent de jeunes Suisses mobilisés et vous arrivez à une perte de 20 pour cent du personnel soignant, qui serait absent de son travail en cas de mobilisation. C'est évidemment énorme, bien plus critique que ce qu'on a vu en Israël.
Que nous répond le Conseil fédéral[NB]? En gros, cela ne représenterait que 2,7 pour cent de la population active, donc pas de souci. Toutefois, c'est une sorte de supercherie statistique, parce qu'on ne parle pas d'un avocat, d'un jardinier, de quelqu'un qu'on peut remplacer facilement[NB]; on parle de médecins, d'électriciens de réseau, de chauffeurs, d'ouvriers et d'autres opérateurs de l'industrie, bref de personnel qu'on ne remplace pas en trois jours.
Prenons l'exemple très concret de Bâle, ville frontalière. Si l'armée suisse devait mobiliser en masse, un médecin sur deux dans les hôpitaux de Bâle disparaîtrait. Un sur deux, cela signifie la fin de beaucoup d'opérations programmées et la fin d'une partie des soins spécialisés. On ne passerait tout juste pas en mode triage ou médecine de guerre. On ne peut pas imaginer que ce soit cela le plan. Pendant ce temps, le Conseil fédéral semble penser que tout va bien et qu'on peut continuer comme cela, sans chiffres, sans modèle et sans vraies prévisions. Pourtant, on sait que les secteurs civils seraient sous grande tension, mais on ferme un peu les yeux. Ce n'est pas de la prudence, cela confine plutôt à une forme d'irresponsabilité. On ne peut pas défendre un pays simplement avec des oeillères[NB]; on ne peut pas se préparer à l'imprévisible si on refuse de regarder la réalité en face. Sur ce point, le Conseil fédéral préfère se cacher derrière de trompeuses moyennes nationales plutôt que d'affronter les faits.
Ce que je vous demande aujourd'hui est simple, c'est d'avoir le courage de poser les bonnes questions, d'exiger la transparence et de montrer que le Parlement, lui, au moins, est prêt à essayer d'anticiper et de prévoir pour notre sécurité.